La magie des mots
Patrick Chesneau
Le magicien des mots !
30 Octobre 2026
FRANCE/ THAÏLANDE
Pain au chocolat versus chocolatine...
La querelle patissière va-t-elle gagner la Thaïlande?

Pour camper le décor et comprendre l’enjeu de ce différend, c’est comme si prospérait une bisbille féroce en Isaan entre les tenants du som tam ancestral et les propagandistes d’un som tam nouveau style. On aurait remplacé, au nom de la modernité, les minuscules crevettes qui craquent à la première bouchée par des grillons ramollis dans le jus de citron.
Deux écoles culinaires s’affrontent dans les calebasses. Avec un nom déposé pour chaque variante.
Qu’on se rassure, ce scénario n’est que pure fiction.
Il n’en va pas de même à 11.000 kms.
En plein terroir de France, se livre une vraie guerre. Picrocholine à souhait.
Elle s’installe dans la durée et toujours pas d'armistice en vue.
Théatre des combats, les milliers de boulangeries-pâtisseries que compte la France.
Précisément sur les présentoirs où l’on dépose avec minutie les spécialités gourmandes.
Deux camps n’en démordent pas.
Les fondus du pain au chocolat contre les fanas de chocolatine.
Une bagarre à la fois de sapidité et de sémantique.
La rivalité est loin d’être uniquement académique, débordant jusque dans les assiettes de porcelaine et les coupes à dessert.
On le sait, la Thaïlande est une grande nation gastronomique et les sujets du Roi sont volontiers gourmands.
Très au fait des modes internationales en la matière.
Dans ce carrousel, la France occupe une place de choix dans les coeurs et les gosiers du peuple siamois même si pour la plupart ils connaissent peu les plats traditionnels français. Faute d’un accès facile dans les campagnes. De plus, les restaurants français sont hors de leur portée pécuniaire.
Mais tous ceux qui côtoient d’assez près la culture française par le biais d’échanges suivis ont eu un aperçu substantiel de ce qu'est la cuisine de France. Dont les desserts.
Un association comme TIF, Terres d’Isan et de France, ancrée à Kalasin, ne ménage pas ses efforts pour favoriser la découverte des attraits culinaires français par les Thaïs. En particulier, les lycéens et les étudiants.
Sur un plan plus général, depuis belle lurette déjà, les gourmets siamois dévorent des yeux de très tentants gâteaux dans les vitrines de boutiques plutôt huppées.
Et cela à Bangkok, dans les stations balnéaires devenues nids à touristes comme Pattaya, Koh Samui ou Phuket, dans les repaires de retraités français que sont Hua Hin ou Chiang Mai mais aussi dans les grandes villes de province du genre Khon Kaen ou Udon Thani.
Liste non exhaustive bien sûr.
Les consommateurs thaïlandais ont appris à pousser la porte de boulangeries tenues par des Français. Et à déguster des viennoiseries, l’un des noms génériques accolés aux spécialités gourmandes de ces établissements.
A déguster en savourant un café de marque.
En clair, ils se sont familiarisés avec les desserts à la française, le plus souvent confectionnés sur place selon un savoir faire importé de l'Hexagone.
En parallèle, des pâtissiers thaïlandais sont revenus au pays après avoir suivi une formation à Paris ou en région. En proportion non négligeable, ces maîtres du goût ont été initiés patiemment, quand ils étaient de simples salariés, par leur employeur français exerçant en Thaïlande. Pour devenir plus tard des pâtissiers thaïlandais particulièrement émérites. Aidant, de ce fait, au déclenchement d’un véritable engouement pour les gâteaux français dans les segments à fort pouvoir d’achat de la clientèle thaïe.
Tout a commencé par les croissants, ขนมปังครัวซอง en thaï ( prononcer Khanom pan krouassant ). Incontestable produit d’appel.
Puis, les plus curieux se sont mis à explorer les rayons, aboutissant à des produits moins convenus.
Fatalement, ils sont tombés sur les pains au chocolat. Dans leur version grand public, on les appelle ขนมปังไส้ช็อคโกแลต ( prononciation approximative Khanom pan sa-i tchokolate ). Voyant que le succès était permis par un public de plus en plus large, certaines pâtisseries situées dans les lieux de haute fréquentation farangset ont proposé un pain au chocolat haute qualité appelé
แปงโอช็อกโกแลต ( prononcer Peng o tchokolate ).
Les connaisseurs thaïs ont donc mordu à l’hameçon de la nouveauté. Ils sont aujourd'hui des familiers des pâtisseries de France.
Reste que des échos de la controverse tricolore leur sont parvenus.
Par le biais d’amis, de parents en France, de connaissances et de nombreuses vidéos Youtube et Tik Tok.
Alors, pain au chocolat ou chocolatine?
D’entrée de jeu, ils ont du mal à comprendre les tenants et les aboutissants de cette empoignade.
Elle leur semble, a priori sans objet.
Fort logiquement, ils peinent à se prononcer et rechignent vigoureusement à se ranger dans un camp contre un autre.
Pour l’heure, ils assistent un peu médusés à cette rixe verbale.
En France, à ce jour, aucune viennoiserie candidate à un rôle de médiation autour d’un breuvage matinal n’a réussi à rabibocher les belligérants.
Il ne manquerait plus que les pâtes feuilletées partent en croisade à leur tour.
Les Français n’ont peut-être aucune disposition pour les pugilats d’une telle nature.
Mais ils sont entraînés, à leur corps défendant, dans une révolution de palais.
Tout le monde est enrôlé.
Même les orphelins du casse-croûte jambon beurre pris en sandwich entre deux camps armés jusqu'aux dents.
Les papilles de la nation ont beau déglutir, il leur faut supporter, endurer, avaler les campagnes de dénigrement qui traversent le monde en principe raffiné des arts de la table à la française.
Le poids des traditions est déterminant.
Qui est détenteur des meilleures recettes venues du fond des âges?
Le contexte n’est évidemment pas serein. Les convives sont à couteaux tirés et chacun essaie de tirer la nappe à soi.
Il faudra mettre les bouchées doubles pour digérer les vieilles rancoeurs et sceller la paix.
Outre la volonté, tout cela requiert un bonne dose de courage.
Autrement dit, avoir de l'estomac.
Dans ce contexte parfois maussade, il serait souhaitable que les pâtissiers thaïlandais ne soient pas impliqués à l’insu de leur plein gré.
Les délices hexagonaux sont pour eux une référence.
Ils ont appris à traiter leurs clients, en particulier français, comme de vrais coqs en pâte.
Belle prouesse si loin de la mère patrie.
Compte tenu la culture culinaire du Royaume, il ne fallait certainement pas être du genre poule mouillée pour se lancer dans pareil métier de boûche aux saveurs farangset.
Aujourd'hui, on l’a dit, ils se refusent à choisir entre deux variantes patronymiques d’un même gâteau.
Sage attitude qui autorise un solide scénario de sortie de crise.
Peut-être leur aptitude au compromis prôné par le bouddhisme et leur génie créatif permettront de créer un nouveau dessert ralliant toutes les obédiences gustatives.
Patrick Chesneau
Article 13
BANGKOK / Eloge d’une ville étourdissante
Et si la Cité des Anges pouvait, toute entière, contenir en un bibelot? Une vasque décorée, à la dimension d'un verre.
On la garderait à vie au fond d'une malle. Là où viennent s'entasser nos souvenirs les plus merveilleux.

Découvrir la capitale du Royaume de Siam jusque dans le moindre recoin relève d'une exigence hors d'atteinte. Trop d'alvéoles à inventorier dans cette ruche tropicale. Mais chacun sent intuitivement que le seul fait de la cotoyer, au plus près de sa vérité, aide à tutoyer la beauté.
En préalable, il est impératif de faire fi d'un défi. Comment surmonter l'épreuve posée par les maux qui l'accablent? Ils découlent du gigantisme urbain: absence d'aménagement prévisionnel, déficit de planification, omniprésence du béton, du verre et de l'acier, pollution atmosphérique, risque de submersion, embouteillages en mode dantesque.
Et pourtant...en dépit de tous ces miasmes, elle reste aux yeux des férus de vitalité, d'excentricité et de pétulance, un élixir de jouvence. Cocktail détonnant aux vertus insoupçonnées. A condition de savoir en faire une complice, Bangkok dévoile volontiers ses charmes, surannés ou d'une modernité exacerbée. Influant sur le métabolisme humain à la manière d'une pharmacopée empirique. Effet réjuvénateur garanti. Au diapason des migrations pendulaires de ses quinze millions d'habitants, la sillonner, c'est lire un grimoire hérité du fond des âges. D'abord ésotérique, il livre peu à peu ses mystères. Patience récompensée. Ténacité exaltée.
Cette mégapole m'enivre. Je la bois des yeux en rasades. Au fil de mes déambulations, elle irrigue mes veines. Je m'en imprègne. Elle me submerge au centuple.
Ville simultanément compacte et diaphane. Sombre et irisée dans une climatologie inédite. D'abord mentale.
Le parcours initiatique commence en arpentant les allées bric-à-brac et les klong surpris à serpenter dans la myriade des quartiers antédiluviens.
J'aime les artères frénétiques qui la perforent de part en part. Je me délecte des ruelles ombragées où le temps s'étire. Cinétique du ralenti. Je confesse volontiers ma tendresse pour les canaux plus intimistes. A l'instar des vaisseaux sanguins, ils convoient l'énergie du quotidien, charriant vers le coeur de la ville insatiable les foules joyeuses et vociférantes qui viennent la servir.
Univers de sonorités en fracas et de chocs visuels. Dans cette fluidité, je me sens cellulairement exister. Ce qui n'est jamais acquis d'avance dans un tel amas de fragments, de copeaux, de parpaings. Mais l'épure est là. Toujours. Les grumeaux
deviennent friandises. Le rébarbatif devient gouleyant.
Allégresse infinie à musarder dans les parcs où tout se fige deux fois par jour, à 8H et 18H, temps de l'hymne national. Ville métronome qui invente une poésie de strophes expérimentales. Dans le parc Lumpini, poumon verdoyant en plein quadrilatère des affaires, jubilation envahissante à se laisser distraire par les varans débonnaires. Créatures surgies de la préhistoire, elles s'esbaudissent avec placidité. Pataudes et impavides aux clameurs d'une métropole connectée au futur high tech.
Succession de tableaux. Au bout d'une allée, au détour d'une aire piétonne, derrière un échangeur autoroutier, c'est à chaque fois la certitude d'un changement de décor intégral.
Prenons, par exemple, ces trottoirs cabossés, hérissés de centaines d'échoppes de fortune. Lieux de sapidité intense. La street food prolifère à hauteur de macadam. Elle nourrit les estomacs piailleurs dix fois par jour. Petit bonus, elle enchante les âmes. Bien plus que du lien social.
Les marchés qui ne ferment jamais leurs étals chargés de victuailles odoriférantes servent de sauf-conduit pour pénétrer en territoire sensoriel extrême. Là encore, sons, tons, couleurs, fragances. Tout s'entrechoque. Se mélange. Envahissant. Délicieux tournis. Loin d'une simple addition de ressentis. C'est un charivari qui emporte la raison.
Krungthep Maha Nakorn est une perpétuelle épreuve de vérité. Dans un indicible désordre. Au gré d'ineffables inspirations. Pérégrinations en songthaew ou en métro, aérien et souterrain. Héler un taxi bariolé avant d'être happé, englouti, englué dans le maillage des thromboses automobiles. Les rugissements des tuk tuk organisés en norias vrombissantes me transportent. Puis, en me courbant, je les aperçois soudain. Elles, les bar girls des quartiers interlopes. Orchidées capiteuses, délice et tourment des hommes fourbus venus de loin. Fantasmes exubérants. Pourvoyeuses de récits vénéneux. Pour un peu, elles m'inciteraient à croire à la probabilité de l'amour. Même tarifé.
Matérialité de la sensualité dans l'Asie raffinée.
La ville-fusion décuple ma capacité à envisager la transcendance. La scansion énivrante née du bitume chauffé à blanc m'envahit sans coup férir. Irradie. Du cortex à la voûte plantaire. Tout y passe. Mon imaginaire s'enflamme. Je me consume dans le dédale d'une sulfureuse lascivité. Elle m'enjoint de trouver refuge dans la brume des songes quand elle se fait plus alanguie. Il suffit alors de se propulser au sommet du plus haut des rooftops pour siroter d'étranges breuvages. Ballets de bulles sous les étoiles. Un opuscule s'ouvre invariablement au crépuscule. La magie est dans l'air. Alentour, s'allument comme en effleurant un interrupteur géant des rideaux de lumières. Les façades des immeubles s'empourprent. Les cieux deviennent un dôme irisé enveloppant à petites touches feutrées la ville bénie de Bouddha.
Wat Paknam Phasi Charoen, figure tutélaire du haut de ses 69 mètres, veille sur le peuple industrieux en contrebas. Les ouailles touchées par la grâce dans les temples rutilants s'élévent dans le mouvement ascendant de la foi bouddhiste. Inextinguible dévotion et réincarnation autorisée.
La Cité des Anges arbore son karma.
Krunthep Maha Nakorn, pourvoyeuse d'une esthétique éblouissante. Enrubannée d'une grâce toute orientale. Rare noblesse. Celle de la spiritualité. A ingérer brut, en circuit court, avant de laisser les sentiments caracoler. A toute heure. Avant de se rassasier, cette fois pour de vrai, sur le coup des 3 H du matin, abruptement tenaillé par une faim comminatoire. Besoin simultané d'étancher sa soif. Alors, direction le 7 Eleven le plus proche. Ils pullulent.
Dans cette dissymétrie des protubérances, on peut, bien sûr, se sentir en milieu hostile. Immaîtrisable biotope urbain. Il est courant d'être décontenancé par une succession d'effets miroir. Sur quel pied danser? Ville trépidante, épuisante, éprouvante...Nonobstant. The Big Mango est dotée d'une sublime faculté: l'entregent historique. Ce qui lui permet d'imbriquer les époques dans un kaleïdoscope inépuisable. A l'arrivée, c'est une saga apaisante. Toutes les saisons passées et présentes cohabitent dans une fresque frissonnante. A condition d'avoir accès aux rudiments de la psyché thaïe. La ville s'insinue tel un onguent. Fait oeuvre cathartique malgré son maelström d'inspiration génétiquement orientale.
La spiritualité et la sérénité d'un wat côtoient l'épidémie de fièvre acheteuse répandue dans le shopping mall attenant. Siam Paragon, Central Embassy, EmQuartier ou IconSiam. Dans Rattanakosin, le berceau des origines, on est présenté à la magnificence du Grand Palais et de l'esplanade Sanam Luang qui le jouxte. Une panoplie très fournie de monuments somptueux déclenche le ravissement. Résidents comme visiteurs. Wat Arun, Wat PraKew, Wat Pho.... Litanie d'une architecture ciselée. En recherche permanente d'équilibre et d'harmonie. Variations constantes dans un registre très particulier, le tremblement des émotions. Ainsi, les tours de verre et d'acier qui tentent de griffer le ciel toisent les masures en bois ancestrales disséminées aux abords du fleuve Chao Phraya. Ruban liquide. Voie mythique.
Au pied d'une rangée d'édifices longilignes, dont Makanakorn Tower culminant à 314 mètres et Baiyoke Tower 2, les pop and mom shops, impérissables épiceries traditionnelles, fournissent les boissons énergisantes dont raffolent les motosai ( taxis-motos ) en gilet orange.
Où que je regarde, cette mosaïque citadine me requinque. Me revitalise. Me galvanise.
Elle est un lieu de malices. Pas de farces et attrapes. Son ambiance concassée la rend authentique. Ville-phare sans fard. So far so good. Mais parée d'enluminures. Foisonnement chromatique.
Un ruissellement. Les yeux s'ébrouent. Rien n'y fait. On ne peut toute entière la dévorer.
Bangkok ignore le subterfuge. On l'aime ou on la fuit. Ses contempteurs sont voués à l'exil. Sinon, ils s'étiolent. Pas de faux-fuyant possible. Seule parade, la prise de distance à tire d'ailes. En effet, la symbiose est ici permanente entre tradition et modernité. C'est même une marque de fabrique. Reste que les réfractaires à cette maïeutique incomparable doivent s'en extraire au plus vite. Ils ne peuvent résister. Contrastes et paradoxes sont d'une extrême acuité. Poussée à un degré qu'aucune autre capitale ne peut égaler. Par symétrie, ceux qui restent sont chaque jour rétribués de leur engouement initial.
Rien ne peut endiguer l'appétit né depuis tant d'années d'une réalité augmentée à chaque coin de soi ( so-ï, rue en thaï). La beauté en 3 D. Corne d'abondance. Le fiel et le miel s'y entremêlent. Saveurs aigres, acides, amères mais aussi douces, pulpeuses et veloutées. On peut amadouer Bangkok. Pas la domestiquer.
Inaltérable passion.
Article 12
Au pays du sourire, les coeurs pleurent la Reine Mère Sirikit.

Toutes les chaînes on perdu leurs couleurs.
Les écrans du Royaume marquent ainsi le début d'une longue période de deuil.
L'affliction est muette et les couleurs qui traduisent le mieux la douleur, la peine, le chagrin sont le noir et le blanc.
Profondeur et pureté de l'âme.
La symbolique chromatique est essentielle dans le code culturel et social liant entre eux les 70 millions de sujets du Roi.
Il est d'ailleurs demandé à tous les citoyens thaïlandais de se vêtir en noir pendant les trois mois à venir.
Cette signalétique indique instantanément que l'exceptionnelle contrée du wai, du sabai sabai et du mai pen rai, dont la contribution à la beauté du monde est immense, a été subitement frappée d'un grand tourment.
Cette fois-ci, la nation thaïe dans son entier pleure la Reine Mère Sirikit. Décédée, à l'Hôpital Chulalongkorn de Bangkok, le 24 octobre à l'âge de 93 ans.
Elle était l'épouse du Roi de légende, Roi culte, Roi adoré Bhumibol Adulyadej ( prononcer Poumipone Adouliadè ),
Rama IX le Grand, dont le règne a embrassé 7 décennies. Et mère du monarque actuel, Rama X.
Dans les 77 provinces de ce sompteux pays, elle restera à jamais l'incarnation d'une figure aimante, bienveillante, animée d'une inépuisable sollicitude envers les plus humbles.
Au firmament de sa vie, sa grâce et son élégance ont suscité admiration et fierté. Du Mékong à la mer Andaman.
Le peuple siamois lui voue respect, amour et dévotion. Un rapport filial d'une intensité rarement égalée sur l'échelle de Richter des sentiments humains.
L'anniversaire de la Reine Sirikit, le 12 août, détermine la date de la fête des Mères en Thaïlande.
Nul doute que la mémoire de cette Reine francophone et francophile, ayant rencontré son époux, le futur Roi, à Paris, sera honorée avec une inextinguible ferveur.
Révérence et déférence.
Mais surtout, dans la litanie des siècles qui sédimentent l'histoire de la Thaïlande, elle restera à jamais un personnage de référence.
Une boussole du coeur et de l'âme.
Patrick Chesneau
Article 11
ATM, je t'aime

Dans ce panorama des pratiques économiques, une question est sontanément débattue dans l’espace public comme sur les forums de discussion farang:
" Pourquoi les distributeurs de billets sont-ils collés les uns aux autres en Thaïlande ? "
Aucune étude sérieuse n'a, à ce jour, été réalisée sur ce sujet précis. Tentons alors une approche dans laquelle la dimension académique n'exclut pas quelques éléments plus iconoclastes. Voire fictionnels.
Les ATM essaiment volontiers en milieu urbain. Rarement au fin fond des campagnes. Ils sont des dizaines de milliers dans toutes les provinces. Plus de dix mille pour la seule Bangkok Bank, principale banque de Thaïlande.
L'ordonnancement des distributeurs répond prioritairement à un souci d'optimisation de l'espace. Au fur et à mesure que la Thaïlande devenait une puissance industrielle majeure sur la scène asiatique, sont entrées en vigueur des lois encadrant l'activité commerciale. Elles poussaient à une concentration des lieux de commerce et d'échange monétaire.
Mouvement allant de pair avec le renchérissement continu du foncier.
Plus encore que dans les autres villes du Royaume, c'est une donnée cruciale à Bangkok. Mégapole tentaculaire.
15 millions d'habitants en constantes migrations pendulaires.
En conséquence, chaque mètre carré compte. Gagner de la place, urbanistiquement parlant, est une nécessité vitale. Pas question de multiplier les bacs à sable ou les jardins aménagés au pied de chaque borne. Risquons un zeste d'humour. Afin que l'emprise au sol soit la plus minime possible, n'est-il pas étonnant que les DAB thaïlandais n'aient pas été empilés les uns sur les autres, à la verticale. Façon paroi à escalader. En mode varappe.
Pour l'étage le plus haut, on accèderait à l'ATM d'extrême altitude au moyen d'un système de poulies, de treuils et de nacelles. Un peu comme les chasseurs de nids d'hirondelles dans les falaises riches d'anfractuosités de la région de Krabi, cap plein sud, façade Andaman.

Les distributeurs forment la grande famille. ATM ( Automatic Teller Machine en anglais ). Immédiatement reconnaissable car il s'agit d'une noria multicolore en milieu urbain. On pourrait presque parler d'art figuratif tant leur présence est avant tout chromatique. Gage de gaieté dans le quotidien des citadins affairés. Cette catégorie de machines à services déconcentrés présente une particularité. Tous les membres-automates ont grandi en parallèle. Les uns avec les autres. Ils ont, de longue date, acquis l'habitude de travailler ensemble. De concert. Côte à côte. Bancaire rime en l'occurrence avec grégaire. Générations disparates mais union dans un coude à coude éprouvé. Ils logent dans des enseignes différentes, brandissent des logos d'une variété graphique considérable mais passent leur temps à débiter des histoires pécuniaires qu'eux seuls comprennent. S'échangent de sybillines anecdotes de découvert. On les crédite d'une vraie sociabilité puisqu'ils remplissent des tâches rigoureusement semblables. Il suffit de se présenter à eux muni d'une carte de débit, plastifiée et infestée de puces. Toutes proviennent des mêmes élevages électroniques. Situés majoritairement à l'étranger, région Asie du Sud-Est et Extrême Orient. Dans leur secteur d'activité, les ATM du Siam fonctionnent du pareil au même. Partageant le même recours à des numéros de code individualisés. Qu'ils dénomment PINCODE. Selon un mode identique, tous délivrent des liquidités, sous forme de coupures. En sens inverse, ingurgitent les billets que la clientèle leur demande de stocker avant répartition entre des millions de comptes courants. Ils peuvent aussi actualiser des livrets bancaires. Pratiquent à l'occasion des opérations de change élémentaires. Euros, Dollars ou Yens contre baths. Mimétisme opérationnel fascinant. Similitude de comportement!
Il arrive que des relations plus ou moins passionnelles se nouent avec des usagers. Les ATM rechignent en effet dans quelques cas de figure très documentés à les qualifier de simples clients. Foin de pulsions mercantilistes débridées, ils finissent par reconnaître les plus fidèles. Ceux qui viennent " retirer " de l'argent à intervalles réguliers quand ce n'est pas carrément à la même date chaque semaine, chaque mois. Au fil du temps, ils acquièrent une connaissance presque intime de leurs particuliers favoris. Ils repèrent les méthodiques, les négligents, les angoissés qui mitraillent abondamment les alentours du regard pour décourager une éventuelle tentative de braquage.
Ils peuvent quasiment décrire leur mode d'introduction de la carte dans l'orifice. Détendus, le geste sûr ou nerveux, anxieux...vaste typologie. Une galerie de portraits illustrant une sorte de comédie humaine. Il y a ceux qui se remémorent aisément leur identifiant et ceux qui doivent consulter quinze fois un pense-bête constellé de notes dans un fouillis décryptable à grand peine. Ce sont les chiffres d'un miracle leur permettant d'accéder au compte escompté. Leur façon de pianoter sur le cadran. Masquant les touches de leur main ou pas. Allant jusqu'à noter une différenciation dans les niveaux de retrait. Selon les volumes en jeu, ils peuvent identifier des besoins de dépenses inédits.

Regroupés, ils mesurent leur poids collectif. Beaucoup d'entre eux sont tentés de dénoncer les cadences infernales auxquels ils sont soumis par une forte proportion d'épargnants à l'attitude exagérément consumériste. Ils revendiqueraient volontiers de meilleures conditions de travail. Souvent parqués en sous-sol où il fait trop chaud ou trop froid quand la climatisation est poussée à fond. Soumis aux intempéries ( canicule ou mousson ) dans une soï ( prononcer so-i, rue en thaï) ordinaire. Ou alors postés comme des soldats de plomb dans des galeries commerciales bondées et bruyantes. Dans leur profession, les ATM ne disposent pas de la possibilité juridique de faire grève. Il n'empêche. L'inquiétude les gagne. Ils savent qu'en Europe, le nombre de leurs collègues DAB est en diminution constante. Menacés qu'ils sont là-bas par le mouvement accéléré des fermetures d'agences et la propagation envisagée de l'euro numérique. Les ATM du cru craignent pour leur maintien à effectif constant dans les couloirs du MRT, du BTS, des lignes monorail de Bangkok, dans les allées des centres commerciaux géants. Appréhension renforcée par l'hypothèse crédible de voir la Thaïlande intégrer d'ici peu l'OCDE, organisation économique et financière. Aucune révolte ne pointe à l'horizon mais un tel scénario ne peut être totalement écarté en cas de bouleversements économiques pénalisants. Parmi l'armada nombreuse des ATM, ceux qui sont affiliés aux grands établissements bancaires de la place n'hésiteraient sans doute pas à invoquer le droit de retrait.
Je vous fiche mon billet qu'ils y ont déjà pensé...
Patrick Chesneau
Article 10
- Aux amants impénitents, Bangkok toujours reconnaissante.
Article 9
Mélodie en sous-sol à Bangkok,
Article 8
THAÏLANDE
Dans le monde globalisé, la seule pratique du français ne suffit plus pour voyager sans encombre. D'où la perplexité de nombreux touristes francophones au Royaume de Siam. Quand on ne connait aucune langue étrangère, comment se débrouiller au pays du sourire? Par quel moyen se faire comprendre? Quel outil doit-on apprivoiser avant de partir au bout du monde? Et si le rêve virait au cauchemar par impossibilité de communiquer? Existe-t'il un mode d'emploi pour éviter le " lost in translation " susceptible de gâcher tant de situations?
D'abord, choisir sa destination à l'intérieur du Royaume de Siam. C'est ce qui permet de poser un principe de base. Lors de vacances à Bangkok, Pattaya, Hua Hin, Phuket, Krabi ou dans les îles du sud, une version siamoise de l'anglais " commercial " est largement usitée par les locaux habitués au contact avec les visiteurs allogènes. Marque déposée: le thaiglish. En revanche, pour une tribulation dans les montagnes du nord ou à travers les rizières de l'Isaan, sans doute vaut-il mieux apprendre en préalable quelques rudiments de thai. Le plus dur est la prononciation. Tant de sons et de tons indéchiffrables à l'oreille du Farang profane. D'où le besoin crucial d'une pratique assidue. Embûches et anicroches langagières ne manquent pas. Les chausse-trappes sont légion. Débusquer l'accent idoine est certes une épopée palpitante. Et harassante. Reste que l'épreuve, malgré son lot de défis à relever, n'a rien d'insurmontable. Avec patience et résolution, aucune difficulté n'est rédhibitoire. Quelques semaines d'apprentissage suffisent à atteindre un niveau basique dans l'une des langues majeures de l'Asie du Sud-Est. Suffisant pour satisfaire aux usages de la bienséance et pourvoir aux besoins essentiels: manger, jeter son dévolu sur des plats typiquement thaïs de l'incontournable usine à délices appelée street-food en tentant d'échapper à la dose incompressible de piment rouge vif. D'où le cri du coeur consacré: " mai sai prik " ( prononcer mae sae prik. Surtout sans chilli ). S'enquérir de la géolocalisation des toilettes dans un restaurant à la bonne franquette en cas de subite diarrhée tropicale: " Hong nam yu thinaai? " ( hongue name you tinaye? ). Dormir dans un hôtel bon marché en précisant une préférence intransigeante pour une chambre calme, donnant sur une arrière-cour plutôt qu'une pièce attenant à la rue, forcément bruyante dès 4 heures du matinsous cette latitude. Dans le bric-à-brac des exemples possibles, maitriser une panoplie de phrases élémentaires aidera à naviguer entre les étals odoriférants d'un marché de nuit ou, en cas d'acquisition vestimentaire, facilitera le choix d'une chemise bariolée, émaillée de fleurs style Songkran ( le nouvel an thaï ) de la bonne taille. Une combinaison de mots clés et d'expressions courantes amènera plus facilement à s'enquérir d'un prix sans être ridiculement niais: " Anee tawray? " ( anii taoraï ? Ça, ça coûte combien? ). Et à pouvoir se déplacer en faisant croire au chauffeur de tuk tuk que les clients à la mine un tantinet perplexe, en train de tressauter sur la banquette arrière, sont en fait coutumiers des allers-retours Sukhumvit-Grand Palais. Ce qui revient à déjouer une brochette d'arnaques tarifaires trop outrancières. Indicible plaisir que de pouvoir marchander quelques babioles et autres souvenirs glanés en cours d'excursion au marché flottant Damnoen Saduak.
Tout à l'avenant....
A savoir absolument: les amateurs de plaisirs noctambules ne seront, quant à eux, jamais décontenancés. Même les plus rétifs à l'acquisition des langues vivantes. L'explication tombe sous le sens. Génératrices de bonheurs fugaces, les bar girls sont volontiers polyglottes. Leurs charmes tarifés sont au coeur d'un vibrant dialogue des cultures. Indexés sur les principales bourses mondiales. Conversion instantanée. C'est leur version tactile du dialogue entre les peuples. Les seuls chocs autorisés sont corporels, pas culturels.
Pour le reste, changement de décor. Hormis les endroits de concentration touristique où les locaux en proportion non négligeable baragouinent tant bien que mal un semblant d'anglais, business oblige, il en va tout autrement dans le reste du Royaume. Dans les jangwat ( prononcer djang-ouate, les provinces ) l'immense majorité des thaïs ne parlent pas un mot de l'idiome de Shakespeare et des cow boys des plaines de l'Ouest américain. A part peut-être " Hello, how are you? " Et encore...En Isaan, c'est un mode d'échange ignoré de 95% des chawnaa (tchaona, les paysans ). Même à Bangkok, mégapole trépidante s'il en est, opulente de ses quinze millions d'habitants, propulsée vers un futur hyper connecté, l'anglais est peu usité hormis dans le secteur du tourisme. Y compris chez les jeunes. Qu'ils soient étudiants le cas échéant ne change rien à cet état de fait. A l'occasion de démarches administratives, fonctionnelles ou pratiques ( par exemple à la banque ), il est exceptionnel de tomber sur un agent, un préposé, un(e) employé(e), maniant correctement l'anglais. Cette inappétence linguistique est source prolifique de confusion et de quiproquos. A résoudre par le sourire plutôt que l'agacement. S'énerver est le plus sûr moyen de voir un thaï se fermer comme une huître, voire de s’esquiver, plantant son partenaire in situ. Il opère ce repli tactique tel un félin en pleine jungle se retirant d’un affrontement scabreux. Mot d'ordre impératif: ne jamais infliger à un Siamois de perdre la face. La rupture de contact est alors instantanée et irrémédiable. Adoptez la seule posture qui vaille: " Jai yen yen " ( djaï yène yène, on se calme. Tranquille ).
Balbutier sans trop bredouiller un échantillon de mots thaïs permet de marquer respect et déférence à l'endroit des hôtes siamois. En retour, fusent en général des attitudes empreintes de grande tolérance. Le mot " gentillesse " , souvent galvaudé, est en l’espèce fort approprié.
Le postulat est donc bien établi:
En Thaïlande, on parle thaï. Surtout dans les strates sociales du petit peuple. C’est une évidence renforcée par les conditions de vie très modestes de la masse laborieuse dont les efforts visent avant tout la survie pécuniaire.
Lapalissade que beaucoup semblent vouloir ignorer. Il convient avant tout de se mettre au diapason des autochtones. Ce sont eux les acteurs du quotidien partagé. Scénario étendu à la durée complète de la villégiature. L'anglais est la seule langue étrangère qui soit officiellement reconnue par les autorités mais ne peut en aucun cas remplacer le mode de communication vernaculaire. C’est au mieux un expédient commode dont la vertu première est de dépanner dans le dédale des formalités bureaucratiques et dans les éventuelles transactions commerciales.
Parade recommandée en cas de lacune persistante dans le sabir chatoyant de ce coin d'Orient mystérieux: avertir d'un air enjoué les interlocuteurs rencontrés au hasard de tribulations impromptues:
" Phûût phasaa thai mai geng " ( Poute passa thai maï guèngue, je ne parle pas bien thai ). Cela entraine, quasi automatiquement, un rire relayé par une réponse bon enfant d'une surprenante aménité. Amorce d'un échange infiniment réjouissant. Pour tous ceux habitués à des visages plus maussades en Occident, cette empathie spontanée fait chaud au coeur.
Inoubliable.
Patrick Chesneau
Article 7
Fiction
Dans le sud du Royaume de Siam, une contrée étrange. Qui incendie l'imaginaire.
Sans doute faudrait-il alors les exfiltrer vers des pâturages plus nourriciers. Khao Yai ou le parc naturel de Kui Buri, peuplé de gaurs et d'éléphants, pourraient être de bons points de chute pour ces pittoresques bestioles étonnamment sauvegardées. On croyait les temps immémoriaux révolus à jamais. Ils resurgissent en Thaïlande méridionale.
" Amazing Thailand " ont dû penser les dinosaures.
Article 6
THAÏLANDE
Larmes intarissables
Article 5
Les délices thaïlandais du prêt-à-manger
Article 4
L’Isaan, terre obsédante
Il n’est pas rare que tout un village se retrouve au coude-à-coude, assis à même le sol autour d’une natte tressée. C’est à qui engloutira le som tam (plat traditionnel très populaire à base de salade de papaye verte) le plus incendiaire.
La brûlure des piments rouges vifs est à peine adoucie par la chair fondante de minuscules poissons grillés et surtout par l’indispensable kaw niaw (kao niao, le riz gluant que l’on malaxe à pleines mains). Sous les doigts naissent des boulettes qu’il faut humecter dans un assortiment de sauces.
Trône en majesté : le nam prik plaa ra, cette pâte de poisson fermenté à l’origine de brasiers mémorables. Seules les bouches ignifugées surmontent une telle épreuve.
Pour se donner du cœur à l’ouvrage, les gosiers accueillent de longues rasades d’alcool de riz à 40°, genre Ya Dong ou Lao Khao. La bière Chang coule à flot.
Par souci de coquetterie, les hommes ajustent le pa kao ma (sarong local) chamarré qui enserre les reins avant de reprendre le labeur harassant.
Quand l’astre suprême signifie qu’il a assez rayonné pour la journée, faisant mine d’aller se coucher sur la ligne de crête, le petit peuple industrieux des campagnes plie bagages et rentre au bercail. Fourbu mais rasséréné à l’idée du travail accompli.
Vient l’heure des ablutions au côté d’énormes jarres remplies à ras bord. L’eau étonnamment fraîche apaise les maux du corps. Invariablement, de soir en soir, les hameaux s’animent.
Article 3
Il y a deux ans, notre ami Patrick s'inquiétait suite à la déclaration du premier ministre de l'époque d'ouvrir notre belle et grande région d'Isan au tourisme de masse et rédigeait pour l'occasion un texte plein de bon sens… Rassurons-nous🙏, en 2025 notre région reste aussi belle et pure et encore à découvrir
il faut sauver l’Isaan de la prédation touristique.
Le rouleau compresseur
Cette terre espère évidemment une élévation de son niveau de ressources.
Choc des cultures, abandon progressif des traditions ancestrales, apparition d’une insécurité jusqu’alors inconnue, multiplication des faits de délinquance.
Article 2
Patrick nous propose ici sa perception oh combien perspicace et empathique de l’Isaan. Nous l’accueillons aujourd’hui sur ‘’nos terres’’ et nous réjouissons de vous faire partager sa vision et son ressenti de cette région qui accueille nombre d’entre-nous.
L'Isaan, terre obsédante





