Petites et grandes histoires de Thaïlande
Elle rassemble des articles de fond, documentés et suivis, destinés à celles et ceux qui souhaitent mieux comprendre les racines et les évolutions de ce pays au-delà des représentations habituelles.
Une part essentielle de ces contenus repose sur les travaux de M. Bernard de Guilhermier, que nous tenons à remercier chaleureusement pour la qualité, la rigueur et la générosité de ses textes consacrés à l’histoire de la Thaïlande. Ses articles constituent une base précieuse pour appréhender les grands repères historiques du royaume.
Cette rubrique accueille également une série d’articles consacrés au patrimoine religieux et architectural local, et plus particulièrement aux temples, nombreux et souvent méconnus, qui témoignent de la richesse culturelle et spirituelle du pays.
À travers ces publications, cette page se veut un lieu de transmission, de mémoire et de partage, à destination des curieux, des voyageurs, des résidents et de tous les passionnés de la Thaïlande.
LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA
Deuxième partie



Plus ponctuellement, leur évolution au fil des siècles dans le nord du pays a fait l’objet d’une belle analyse du professeur A.B. Griswold (3).


ou de Ceylan,




Wat phraphutthabatnamthip (Sakonnakhon) :








La troisième posture

est celle de Bouddha se livrant à l’ascétisme. Il est toujours assis en Samâdhi, les mains reposent l’une sur l’autre, il est émacié, c’est le fruit de six années de jeûne prolongé.
La quatrième attitude

représente les songes du futur Bouddha. Il adopte la position du Sihasaya (สีหไสยา) également connue des praticiens du yoga. C’est la position du lion, couché sur le côté droit, le bras gauche le long du corps, le bras droit replié et la main droite posée sur l’oreiller. Nous ne le trouvons couché que dans cinq postures. Il y eut cinq songes prémonitoires sur l’acquisition de l’éveil. Elle est l’image des bouddhistes née l’année du coq.





est celle de Bouddha jetant à l’eau l’écuelle. C’est la seule position oú nous le voyons agenouillé, les yeux baissés, la main droite en avant dirigée vers le sol. Il jette à l’eau une écuelle d’or qui a remonté la courant jusqu’au repaire du roi des Nagas.


est celle de Bouddha acceptant une brassée d’herbes . Il est cette fois-ci debout la main gauche le long du corps, la main droite tendue pour recevoir une brassée d’herbes d’un brahmane. C’est l’une des 23 postures oú nous le voyons debout.
La neuvième attitude

est celle de la victoire sur Mara (le démon) toujours assis en Samâdhi, vénérée par les bouddhistes nés le sixième mois lunaire. Nous en avons longuement parlé, n’y revenons pas (1).
La dixième posture

le représente, toujours en Samâdhi, le suprême complet éveil ou le Bouddha en méditation après sa victoire sur Mara. Les deux mains reposent sur son giron, la droite sur la gauche, paume au-dessus. Il vient d’accomplir les quatre stades de méditation qui libèrent l’esprit avant de parvenir au suprême et complet éveil. C’est le Bouddha du jeudi.
La onzième position

est celle de Bouddha contemplant l’arbre de la Bodhi. C'est l’une de celle où il est debout. Nous la connaissons déjà, c’est celle du dimanche (1). Elle est destinée aux bouddhistes nés un dimanche puisque c’est la représentation consacrée à ce jour-là.
La douzième posture :

la marche sur le promenoir des joyaux, représente Bouddha debout, avec le pied droit posé sur le sol et le gauche relevé, les mains sont croisées devant le bassin et les yeux baissés. Il marche dans les airs sur le promenoir des joyaux pendant sept jours.
La treizième posture

suit la précédente, elle est celle de Bouddha méditant dans la demeure des joyaux en position de Samâdhi. C’est sa quatrième semaine de méditation et il est entouré d’une auréole lumineuse émanant de son corps. Elle est vénérée des bouddhistes nés le septième mois lunaire.
La quatorzième attitude

est celle de Bouddha protégé par le roi des Nagas. Il est assis en Samâdhi sous la capuche du roi des Nagas qui protège le bienheureux de la pluie. L’image doit être vénérée des bouddhistes nés un samedi.
La quinzième attitude

nous représente Bouddha mangeant un myrobolam. Assis en Samâdhi après 49 jours de jeûne. Ce fruit délicieux lui a été présenté par le Dieu Indra.

La seizième posture

représente le bienheureux toujours assis en Samâdhi : Bouddha fusionnant quatre bols à aumône en un seul. Sa main gauche est posée sous le bol et sa main droite dessus dans le geste de la fusion des offrandes de deux caravaniers et de quatre rois.
La dix-septième posture

représente, toujours assis en Samâdhi Bouddha recevant de la nourriture. Les yeux modestement baissés, il tend les deux mains pour recevoir son repas après avoir façonné les quatre bols en un seul.
La dix-huitième posture

représente, toujours assis en Samâdhi, Bouddha faisant don du cheveu-relique. C’est la remise des huit cheveux qui servirent de reliques. Nous en avons également longuement parlé (6).

La dix-neuvième position

est celle de la réflexion. Le maître est debout, les mains croisées sur la poitrine, la droite sur la gauche. C’est la statue du vendredi,et donc la préférée des bouddhistes nés un vendredi. Elle a donné lieu à de très doctes et subtiles considérations de Marie Gattelier (7).
La vingtième position

représente Bouddha prononçant le premier sermon. Il n’est pas debout comme ou pourrait le penser mais toujours assis en Samâdhi. La main droite est élevée à la hauteur de la poitrine, les doigts forment le cercle de l’enseignement, la gauche repose sur son giron. Elle est spécialement vénérée des bouddhistes nés le huitième mois lunaire.
La vingt et unième posture

représente Bouddha ordonnant son premier disciple. Encore et toujours assis en Samâdhi, la main gauche repose ouverte sur son giron et la droite élevée les doigts pliés en signe d’appel.
La vingt deuxième attitude

est celle de Bouddha participant à un repas Encore et toujours assis en Samâdhi, il tient le bol à aumône de la main gauche et plonge la main droite à l’intérieur du bol pour y puiser la nourriture. L’image est spécialement vénérée des bouddhistes nés le neuvième mois lunaire.
Á SUIVRE .....
SOURCES
Il existe de nombreuses sources Internet exclusivement en thaï, par exemple le site thaï qui va de http://www.mcukk.com/buddhasilpa/detail.php?id=1 à http://www.mcukk.com/buddhasilpa/detail.php?id=55 donne de très longues explications sur ces positions

« Dictionnaire français-thaï d’archéologie et d’histoire de l’art » de Khaisri Sri-Aroon (พจนานุกรม ฝรั่งเศส-ไทย ศัพท์เฉพาะโบราณคดี และประวัติศาสตร์ศิลปะ / ไขศรี ศรีอรุณ). L’auteur est professeur et présidente de l’Université Silpakorn. La publication est bilingue – français-thaï – et date de 1992.
De la même en 2009 (première édition en 1999) « Les statues du Bouddha en Thaïlande (Siam) », dont la dernière édition est trilingue (พระพุธทรูปปางตางๆ ในสยามประเทศ) publié à 2000 exemplaires sous l’égide du Ministère de la culture.
De la même « Les statues du Bouddha de la galerie de Phra Pathom chedi » (พระพุธทรูปที่ระเบียงรอบองค์พระปฐมเจดีย์) 1996.
NOTES
(1) A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHAhttp://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/a-237-les-soixante-six-representations-rituelles-de-bouddha.html
(2) A 328 - « L’HISTOIRE DES MONUMENTS BOUDDHISTES DU SIAM », UNE ŒUVRE MAJEURE MAIS MÉCONNUE DU PRINCE DAMRONG.
(3) « THE BUDDHA IMAGES OF NORTHERN SIAM » in Journal de la Siam Society n°. 41-2 de 1954
(4) La première évidemment, celle du « grand départ » (posture n°1) et l’ultime, celle de la « grande et totale extinction » (posture n° 66). Nous avons aussi détaillé les Bouddhas de la semaine qui sont assurément ceux que nous rencontrerons le plus souvent, Bouddha contemplant l’arbre de la Bodhi (posture n° 11) suivi de celui du lundi, Bouddha mettant fin à un conflit familial relatif à la possession de l’eau (posture n° 23), puis le mardi, Bouddha enseignant le Darhma à Asurindarahu (posture n° 52). Il y a deux reproductions pour le mercredi, Bouddha portant le bol à aumône pour le matin (posture n° 29) et Bouddha faisant retraite dans la forêt de Parileyyaka où il reçoit les offrandes d’un éléphant et d’un singe pour la nuit (posture n° 51). Pourquoi deux le mercredi ? Mystère. Le jeudi, c’est Le suprême et complet éveil ou Bouddha en méditation (posture n° 10) puis vient vendredi la réflexion (posture n° 19) et enfin le samedi Bouddha protégé par le roi des Nagas (posture n° 14). Nous avons également détaillé celle qui nous semble la plus symbolique et l’une des plus utilisées, La victoire sur Mara (posture n° 9)
(5)
1 ปางมหาภิเนษกรมณ์ - pang mahaphinetsakrom
2 ปางปัจเวกขณ์ - pang patwek
3 ปางบำเพ็ญทุกริกยา - pang bamphenthukrikya
4 ปางสุบิน - pang subin
5 ปางรับมธุปายาส - pang rapmathupayat
6 ปางเสวยมธุปายาส - pang sawoeimathupayat
7 ปางลอยถัด - pang loithat
8 ปางรับญ้าคา - pang rapyakha
9 ปางมารวิชัย - pang manwichai
10 ปางตรัสรุ้ - pang tratsaru
11 ปางถวายเมตร - pang thawaimet
12 ปางจงกรมแก้ว - pang chongkromkaeo
13 ปาง เรือนแก้ว - pang rueankaeo
14 ปางนาคปรก- pang nakprok
15 ปางฉันสมอ - pang chan samo
16 ปางประสานบาตร - pang prasan bat
17 ปางรับสัตตุก้อนสัตตุผง - pang rapsattatukonsattatuphong
18 ปางพระเกศธาตุ - pang phraketthat
19 ปางรำพึง - pang ramphueng
20 ปางปฐมเทศนา - pang pathommathetsana
21 ปางประทานเอหิภิกขุ - pang prathanehiphikkhu
22 ปางภัคกิจ - pang phakkit
(6) Voir notre article
A 253 - DES RELIQUES DE BUDDHA ET DE LEUR BON USAGE. http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-253-des-reliques-de-buddha-et-de-leur-bon-usage.html
(7) Marie Gatellier « Le Buddha debout aux mains croisées sur la poitrine, à Ceylan et en Thaïlande » In: Arts asiatiques, tome 34, 1978. pp. 157-171;
LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA.
(TROISIÈME PARTIE) à lire le 09/04/2026
18 Mars 2026
LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA
Première partie


Wat phraphutthabatnamthip (Sakonnakhon) :

L’expansion indienne particulièrement en Asie du Sud-Est fut avant tout d’ordre culturel et, à partir du Vème siècle avant Jésus-Christ, le bouddhisme fut un facteur essentiel de son développement artistique. Vers le VIIème siècle la plupart des pays concernés et particulièrement le Siam créèrent des formes d’art plus ou moins originales avec une iconographie bouddhique souvent caractéristique. Ainsi au Siam les représentations de Bouddha constituent l’essentiel de la production de toutes les écoles artistiques qui se sont succédé : Dvaravati (VIIème-XIème), Lopburi (XIème), Chiengsen (XIVème), Sukkhothai (XIIème), Ayutthaya (XIVème-XVIIIème) et enfin Bangkok.


Abhaya mudra ensuite, le geste qui rassure, qui apaise les flots et montre l’absence de crainte, la main droite est dressée la paume tournée vers l’extérieur. Parfois les deux mains accomplissent parfois le même geste.



Wat Suwannawa (Kantarawichai - Mahasarakam) :







Photographie des travaux en 1891 :
nous voyons l’échafaudage de bambous dressé autour de l’édifice :
le procédé du plan incliné est utilisé pour monter alors à plus de 100 mètres.

Photograhie de 1925 :

Visite des membres de la Siam Soiciety en 2013 :
La reconstruction de Phra Pathom Chedi et le développement d’une ville nouvelle à l’ouest du site ancien a été accompagné de creusage de canaux, création d’une ligne de voie ferrée, l'aménagement du palais de Sanam Chan (พระราชวังสนามจันทร์) pour le roi Rama VI à partir de 1907 dont il dessina lui-même les plans (transformé aujourd’hui en centre administratif), le développement du réseau de communication et l’urbanisation qui interdisent d’avoir une vision de ce qu’était la ville primitive, citée majeure du Dvaravati.

Le chedi


Les statues



Chapelle de Saint-Michel dans la cathédrale de Tharé (Sakonnakhon) :


Doit-on voir un sens ésotérique au chiffre de 66 ? Nous n’avons rien trouvé de concret à ce sujet. Nous vous donnons en note le détail de ces postures qui nécessitent évidemment du lecteur une parfaire connaissance de la vie de Bouddha. (15). Ne parlons que celles concernant les jours de la semaine sans paraphraser notre ami de « Merveilleuse Chiangmaï » qui leur a consacré neuf chroniques somptueusement illustrées et d’une remarquable érudition (16).
Les bouddhas de la semaine
Ce sont en général les premiers que vous rencontrerez … pour solliciter les dons. Ils sont placés en général en un ou plusieurs endroits stratégiques des temples et ne peuvent passer inaperçus même au regard d’un observateur peu attentif.

Wat Wichai (Huaymek-Kalasin) :

Wat Manorom (Mukdahan) :
Ils sont soigneusement alignés depuis la gauche jusqu’à la droite, le premier est celui du dimanche, Bouddha contemplant l’arbre de la Bodhi (11ème posture

suivi de celui du lundi, Bouddha mettant fin à un conflit familial relatif à la possession de l’eau (23ème posture),

puis le mardi, Bouddha enseignant le Darhma à Asurindarahu (52ème posture).

Il y a deux reproductions pour le mercredi, Bouddha portant le bol à aumône pour le matin (29ème posture)

et Bouddha faisant retraite dans la forêt de Parileyyaka où il reçoit les offrandes d’un éléphant et d’un singe pour la nuit (51ème posture). Pourquoi deux le mercredi ? Mystère.

Le jeudi, c’est Le suprême et complet éveil ou Bouddha en méditation (10ème posture)

puis vient vendredi la réflexion (19ème posture)

et enfin le samedi Bouddha protégé par le roi des Nagas (14ème posture).

Quelles sont les raisons qui ont déterminé ce choix et cet ordre ? Mystère. En tous cas, les représentations, statues, statuettes ou modestes peintures sont répétitives.
A chaque jour correspond une couleur, une question que nous avons abordé très superficiellement mais qui a été décortiquée jour par jour par notre ami de Chiangmaï (17).
Chaque pieux bouddhiste se doit de révérer le Bouddha correspondant à son jour de naissance. A
chaque posture naturellement correspond un épisode de la vie de Bouddha. (Nous vous donnons le détail en note (18)). Les explications données par Madame Khaisri Sri-Aroon (« Les statues du Buddha en Thaïlande (Siam) ») donnent les explications ou instructions nécessaires à l’artiste et ensuite la description de l’épisode tel qu’il est mentionné sous chacune des statues de la galerie. Les photographies que nous reproduisons sont celles des statues de la galerie. A chacune d’elle Madame Khaisri Sri-Aroon joint un très beau dessin à la plume (probablement la sienne ?) dont le but est de toute évidence d’aider l’artiste.

Terminons sur une représentation de Bouddha que l’on trouve souvent notamment sous des formes gigantesques et souvent répétitives ou minuscules au sommet d’un autel domestique :
La victoire sur Mara

Autel domestique, maison particulière (Huaymek - Kalasin) :

Le Bouddha couvert d'or du wat Phra Si Rattana Mahatat (Phitsanulok) :

Le Bouddah de la "galerie secrète" du Wat Samret (île de Samui) :

Le Bouddha géant (île de Samui) :

Le Bouddha géant qui domine le ville de Mukdahan :
Mara (มาร) est l’esprit du mal, la mort, le démon, le malin. C’est le plus grand dieu du domaine des désirs. Vasavarti Mara, le mal personnifié, intervient avec sa horde de démons. Le Bodhisattva appela alors Dharani, la déesse de la terre comme témoin des vertus de ses vies précédentes : elle noya Mara et sa troupe en tordant sa chevelure.


Les Thaïes croient aux fantômes et aux esprits, il y en a de bons de de néfastes, ils croient en l’esprit du mal. Cette croyance n’est pas réservée aux seuls bouddhistes puisque la présence de statues de Saint Michel terrassant Satan est également répétitive dans les églises catholiques.

Près de Sakon Nakhon :
Voilà qui peut prêter à sourire aux esprits éclairés mais « la plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu'il n'existe pas » aurait dit Saint-Bernard.













La grande et totale extinction : couché sur le côté droit, les yeux clos, la tête sur l’oreiller, le bras gauche allongé le long du corps, la main droite ouverte reposant sur le sol, à côté de l’oreiller, les deux pieds posés l’un sur l’autre. Après les dernières paroles adressées à ses disciples « Tout ce qui est composé est périssable ; œuvres avec diligence à votre propre salut ». Le Bouddha parcourut quatre stades de méditation avant de s’éteindre. La terre trembla. C’était la nuit de pleine lune du mois de vaisakha (mai-juin). Comme l’anniversaire de sa naissance et de son accession au complet et suprême éveil, le dernier des grands miracles venait de s’accomplir.


35 : Bouddha marchant ; C'est l'attitude du Bouddha géant près de Khonkaen dont la photographie se trouve en tête de notre article : Debout, le talon du peid droit soulevé dans l'attitude de la marche, la main gauche élevée, paume en avant, à hauteur de la poitrine, la main droite pendante, écartée du corps.





LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA.
(DEUXIÈME PARTIE) à lire le 30/03/2026
20 Février 2026
LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

















Nous y incluons aussi les représentations de Bouddha en bois - souvent maladroites - comme celles pieusement conservées dans la chapelle du Wat Phochaï (วัดโพธิ์ชัย) proche de Kuchinarai (กุฉินารายณ์) dans la province de Kalasin.







.... avec la mention identifiant celui qui l’a financé et le montant de sa contribution.

Les compositions prennent une tournure occidentale avec montagnes et routes en arrière-plan. La peinture acrylique de couleur vive remplace les pigments naturels et surtout la composition dans tous les temples est pratiquement le même, inspirée sinon copiée à partir d'impressions produites par une société d'édition religieuse de Bangkok.

Madame Brerereton nous donne un exemple significatif de la même scène tirée du Vessantara (มหาเวสสันดรชาดก) – l’histoire du bouddhisme theravada, en version du début du siècle dernier et en version moderne. Dans le vieil Ubosot du Wat Na Khwai (วัดนาควาย) à Ubonrachathani, la scène se situe dans le vaste paysage de la forêt,

... dans la seconde, au Wat Ban Lan (วัดบ้านลาน) à Khonkaen, la scène est isolée et placée dans un cadre.

Le but est de créer des images simplifiées d'histoires traditionnelles bouddhistes en intégrant des perspectives occidentales et des formes humaines réalistes qui peuvent facilement être comprises des laïcs.
Ce réalisme favoriserait la force et l'unité de la nation comme on le retrouve dans les scènes sculptées sur le monument de la démocratie lui-même lourd de symboles : une identité thaïe partagée par tous dans le pays (6). Or, la vie de Bouddha, le Phra Malai et le Vessantara Jataka ont tous des versions régionales sensiblement différentes.
Les modèles sont désormais peints à travers le pays par des artisans travaillant à la copie ou pour les plus habiles de mémoire. Ils portent des photocopies des modèles pour que les populations locales puissent choisir l'image qu'ils souhaitent parrainer.

La quasi-totalité de ces modèles provient de la « So. Thammaphakdi postcard » qui diffuse une immense quantité de cartes postales ou de posters. Les dessins sont pour la plupart et toujours de Phra Thewaphinimmit (พระเทวาภินิมมิต), dessinateur mort en 1942. Une comparaison des peintures murales ne révèle plus dès lors que des variations mineures résultant des différences dans les talents des peintres.

Que faire pour préserver les salles d’ordination locales et leurs peintures murales? Ces nouvelles peintures murales sont toutefois très populaires parmi les Thaïs dans tout le pays, source de fierté pour une communauté. Mais les peintures murales anciennes et les « Sims » sur les parois desquels elles sont peintes sont aussi un patrimoine culturel précieux qui doit être préservé. De nombreuses chapelles anciennes non encore peintes – probablement faute de moyens financiers – font l’objet d’une conservation attentive de la part des autorités religieuses du temple. Citons par exemple la chapelle du Wat Sittikharan (วัด สิทธิการาม) à Nongrua (หนองเรือ) près de Khonkaen,

celle du Wat Phochaï (วัดโพธิ์ชัย) proche de Kuchinarai (กุฉินารายณ์) déjà cité

ou celle du Wat Nonwararam (วัดนรวราราม) non loin de Mukdahan.

Dans ces temples dont la chapelle est placée sous la « protection » d’une université voisine, les responsables – nous en avons rencontré – se plaignent de l’absence réelle d’aide. L’entretien des toitures en tuiles de bois ou la préservation du blanc éclatant des murailles qui n’ont pas eu le temps d’être décorées sont une lourde charge.
Mais d’autres sont dans un état d’abandon lamentable comme on peut le voir au Wat Klang (วัดกลาง) à Huaymek (ห้วยเม็ก) dans la province de Kalasin ou la chapelle ancienne complétement délabrée est mitoyenne à la nouvelle construite au début du siècle.

Au Wat Chaisi à Ban Sawatthi, non loin de Khonkaen la conservation des peintures murales alignées sur les murs intérieurs et extérieurs de la chapelle, est due aux efforts conjoints de l'abbé, de la communauté villageoise locale, et quelques professeurs de l'Université de Khonkaen. D’autres temples ont pu bénéficier d’un généreux soutien financier mais curieusement l'incitation à la conservation et à la préservation vient de l'extérieur, contrairement à Wat Chaisi, où elle fut l’œuvre de l'abbé.
Que conclure ?
Depuis le milieu du siècle dernier, de nombreux aspects du patrimoine culturel local dans tout le pays sont tombés en ruine ou ont été détruits, y compris les salles d’ordination et leurs peintures murales. Nous pouvons toutefois constater – affirme Madame Brereton - un « intérêt croissant » pour la préservation des peintures murales venant d’universitaires, d’artistes, d’historiens de l'art et du grand public, comme en témoignerait le nombre de pages Facebook et des sites Web consacrés à la culture du Laos / Isan.
Cette quantité « considérable » d'échange est en cours mais est-elle suffisante ? La question est de savoir comment cet intérêt, ce partage et cette recherche peuvent être canalisées dans un mouvement qui favorisera la préservation durable des peintures murales ? Madame Brereton préconise la création d’associations composées d'abbés et d’universitaires des universités des provinces où se trouvent les Sim sur le modèle de Wat Chaisi. Il faudrait aussi, dit-elle, apprendre aux habitants à identifier des fresques. La chose n’est pas toujours évidente d’autant que les inscriptions explicatives sont souvent en écriture traditionnelle (อักษรธรรมอีสาน) dont la connaissance et la pratique sont presque perdues (7). Il faut, dit-elle, encourager les habitants à participer à des visites guidées pour leur faire comprendre la spécificité de leur culture isan-lao dont ils ont tout lieu d’être fiers. Par ailleurs, si le tourisme pouvait apporter des ressources financières, il entraînerait les inévitables dégradations qui en sont le corollaire. Il n’y a à ce jour aucun danger compte tenu de l’extrême difficulté à localiser ces temples en raison en particulier de l’absence systématique (peut-être voulue ?) de panneaux indicateurs bilingues.

Mais les habitants eux-mêmes participent-ils vraiment à cette renaissance de la culture locale ? Il est permis d’avoir une vision tout à fait relative de cette affirmation peut-être trop péremptoire. Elle cite d’abondantes sources bibliographiques. 22 références d’ouvrages ou d’articles d’érudition certes, mais des auteurs japonais, australiens et américains pour la plupart. Nous y trouvons quelques érudits locaux, mais tous (sauf deux !) écrivent en thaï. La revue dans laquelle écrit notre américaine, le Journal of Mekong Societies refuse tout article écrits dans une autre langue que l’anglais alors qu’il s’agit d’une publication éditée sous l’égide l’Université de Khonkaen.

D’autres références proviennent d’articles publiés dans le Journal of the Siam Society qui regroupe les écrits de tout ce que le pays compte d’érudits. Les Thaïs ont pourtant le droit de préférer leur langue. Le pire est un article publié en 2012 dans le Journal of the Siam Society sous le titre « Siam’s Threatened Cultural Heritage » « Le patrimoine culturel du Siam menacé » écrit en anglais, c’est proprement consternant alors que l’une des plus graves menaces qui pèse sur ce patrimoine culturel, est justement sa langue !

La langue vernaculaire de la Thaïlande reste le thaï et celle de l’Isan est l’isan-lao. Nous avons vu au sujet de l’écriture locale traditionnelle et sacrée (7) virtuellement perdue que sa « renaissance » ne concernait en réalité que quelques centaines d’intéressés alors qu’il y a quelques 25 millions de Thaïs-isan.

Critiquer l’invasion tentaculaire de la « 7-elevenisation » est une bonne chose et la formule est heureuse mais encore faut-il ne pas aller faire ses emplettes au 7/11 du coin.

Sources Internet :Une intéressante visite guidée du Wat Chaisi par des étudiants de l’Université de Khonkaen sur Youtube :
Le temple a aussi sa page Facebook tout comme le Wat Nonwararam. La mention du nombre de visiteurs ou les « j’aime » laisse toutefois à penser que l’intérêt manifesté par les Thaïs pour ce patrimoine culturel reste tout à fait relatif. Le Wat Chasi a sa propre page Internet (en thaï), il semble qu’il soit le seul :https://sites.google.com/site/watchaisri/home/prawati-wad-chiy-sri-2
Le site http://isan.tiewrussia.com/ consacré à la sauvegarde de la culture isan consacre de très belles pages (en thaï) aux vieilles chapelles d’ordination avec de nombreuses photographies et de précieuses indications pour leur localisation.
LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA
♦ Première partie
13 Février 2026
EN FINIR ... AVEC LE MOT «BONZE» EN THAÏLANDE.



Le mot n’est pas d’origine ni siamoise ni pali ni sanskrite mais japonaise « bonzo » et a été utilisé initialement par les missionnaires ayant évangélisé ou tenté d’évangéliser le Japon et la Chine. Initialement donc, et en bon français, il concerne le Japon:










Que pensez de tout cela?











LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE
06 Février 2026
IL N'Y A PAS DE « PAGODES » DANS LES TEMPLES BOUDDHISTES DE THAÏLANDE
























- LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDEhttps://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/05/a-213-les-origines-mysterieuses-des-bornes-sacrees-bai-sema-des-temples-de-l-isan-en-thailande.html
- L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. I - LES « SAINTS CHÉDIS»https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/05/a-214-1-l-architecture-religieuse-siamoise-et-son-histoire-i-les-saints-chedis.html
- L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/05/a-214-2-l-architecture-religieuse-siamoise-et-son-histoire-ii-les-chapelles-d-ordination.html
- L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. III - LES AUTRES BÂTIMENTS.https://grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-blog.com/2016/05/a-214-3-l-architecture-religieuse-siamoise-et-son-histoire-iii-les-autres-batiments.html
(4) Une thèse publiée en 1990, (สถาปัตยกรรมพุทธศาสนา -- ไทย - ภาคตะวันออกเฉียงเหนือ - l'architecture bouddhiste en Thaïlande dans la région du Nord-Est)) sous la signature de เชดเกียพ กุลบุตร (Cherdkiat Kumabut) inventorie dans la seule région du Nord-est, six catégories de stupas à l'architecture différente ; les chédis n'en sont qu'une catégorie mais tous sont des reliquaires.
EN FINIR ... AVEC LE MOT «BONZE» EN THAÏLANDE
30 Janvier 2026
LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN.


























IL N'Y A PAS DE « PAGODES » DANS LES TEMPLES BOUDDHISTES DE THAÏLANDE
23 Janvier 2026
LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILANDE



Ces bornes sacrées, essentiellement en Isan et dans la Lanna sont le plus souvent des mégalithes, des menhirs tout simplement, en grès rouge, en latérite, en ardoise au Laos ou peut-être en bois fossilisé. Leur taille peut varier entre quelques dizaines de centimètres et près de trois mètres.







... ou au Wat Phukhao (วัดภูค่าว) à Sahatsakhan (สหัสขันธ์) toutes remplissant leurs fonctions religieuses.












Les photographies prises par Phra Phahirath sont pratiquement inutilisables. Notre gendarme conclut, - nous sommes en 1951 et son souhait n’a pas été réalisé en 2016 - : « Il est à désirer que le Service archéologique du Département des Beaux-Arts de Bangkok prenne les mesures nécessaires pour que cet ancien site soit correctement et soigneusement exploré le plus tôt possible. Un plan exact de la vieille ville devrait être établi et de bonnes et claires photographies prises de toutes les pierres sculptées. Dans le cas où les photographier ne soit pas possible, un artiste familier avec l'iconographie bouddhique (ce qui ne doit pas être difficile à trouver parmi les artistes siamois) pourrait les copier à l'encre et au crayon. Espérons que cela sera réalisé dans un avenir proche ! »










LES PEINTURES MURALES, L’ÂME DES TEMPLES DU COEUR DE L’ISAN
16 Janvier 2026
L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE.
V - LA TOUR DE LA CLOCHE ET DU TAMBOUR (หอระฆังและหอกลอง)









LES ORIGINES MYSTÉRIEUSES DES BORNES SACRÉES (BAÏ SÉMA) DES TEMPLES DE L’ISAN EN THAILAND
09 Janvier 2026
L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE.
IV - LES BIBLIOTHÈQUES (หอไตร)



















L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE.
V - LA TOUR DE LA CLOCHE ET DU TAMBOUR (หอระฆังและหอกลอง
27 Décembre 2025
L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE.
III - LES AUTRES BÂTIMENTS

Vihan en construction en 2003 (temple de Plaïlaem à Koh Samui) :

































L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE.
IV - LES BIBLIOTHÈQUES
20 Décembre 2025
L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE.
II - LES CHAPELLES D'ORDINATIONS





Peut-être aussi plus prosaïquement la volonté d’assurer la permanence de l’enceinte au cas où les bornes viendraient à être déplacées ou à disparaître.
C’est par exemple le cas du Vat Phosi (วัดโพธิ์ศรี), « le temple de la sainte illumination » situé dans le district de Khamcha-i (คำชะอี), province de Mukdahan (มุกดาหาร). L’ancien Ubosot a disparu, remplacé par un bâtiment peint d’une couleur agressive, où les spères étaient en avril 2016 encore placées autour du bâtiment en attente de la cérémonie.






- 2004 341.687 33.902
- 2005 340.535 34.331
- 2006 313.267 34.654
- 2007 328.288 35.271
- 2008 321.604 35.616
- 2009 333.876 36.412
- 2010 349.627 37.075
- 2011 352.709 37.331
- 2012 355.295 37.713
En 14 ans, ont donc été construits 3.811 temples et le nombre des moines a été augmenté de 13.608. Si l’on tient compte de tous ceux qui ont rejoint les paradis bouddhistes, il y a donc eu de nombreuses ordinations. Il faut évidemment tenir compte de l’augmentation de la population, un tassement, c’est évident mais il n’est pas certain non plus qu’il y ait véritablement dégringolade comme le constatait Louis Gabaude dans un article qui maintenant 20 ans et qui mériterait peut-être une solide mise à jour ? (9).


Ce sera alors évidemment à l’occasion d’une fête bouddhiste, celle du nouvel an en général, que les Thaïs quittent leur province d’origine pour rejoindre leur province natale ce qui permettra aux monastères d’organiser leurs grandes et lucratives kermesses annoncée de longue date par les panneaux et les mégaphones tonitruant et que ceux qui ont pu construire un nouvel Ubosot organiseront la cérémonie du dépôt des bornes rituelles pendant ces fêtes. C’est la ngantat louknimit (งานตัดลูกนิมิด littéralement « fête-couper-louknimit »). Les louk nimit avaient évidemment été préparées et alignées devant la chapelle. La cérémonie, à laquelle nous n’avons pas pu assister à ce jour, est longuement décrite par Pichard. Les neuf louk nimit sont installées au-dessus de leur emplacement futur, suspendues à des cordes sous un tréteau. La présence de nombreux moines est indispensable pour assister à leur consécration, ils doivent en effet désacraliser le terrain pour le cas où une enceinte sacrée y aurait été instaurée dans des temps anciens, puisque plusieurs enceintes ne peuvent se recouper ou se superposer sans perdre leur valeur, ce qui invaliderait les futures ordinations. A leur signal enfin, les donateurs laïcs libèrent simultanément à coup de machettes toutes les racines qui tombent dans leur cache. Les bai séma seront installées immédiatement après et les ordinations pourront commencer dès le lendemain.

L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE.
III - LES AUTRES BÂTIMENT
13 Décembre 2025
L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE.
I - LES " SAINTS CHÉDIS "












Extrait de l'ouvrage du Général de Beylié :

Venons-en aux monuments proprement dits, à ceux que nous voyons toujours dans les temples, la place d’honneur, objet de ce premier article, revenant à ceux dont l’origine est la plus ancienne, aux sources du bouddhisme, les chédis ou plutôt les « saints chédis » également appelés stupas (évidement « saints » : Phrastupa พระสถูป).


















