11 Septembre 2026
Coup d'œil sur l'Isan
L’Isan, région du nord-est de la Thaïlande,
Les ressources des provinces de l'Isan
Une série de 20 épisodes à la découverte du Nord-Est thaïlandais

L'Isan couvre près d'un tiers du territoire thaïlandais et rassemble plus de 22 millions d'habitants. Pourtant, cette vaste région reste souvent méconnue des visiteurs, qui la traversent sans toujours mesurer la richesse de son patrimoine, de son économie et de ses paysages.
Au fil de cette série de vingt épisodes, Terres d'Isan et de France vous propose de partir à la découverte de chacune des provinces de l'Isan. Chaque semaine, nous mettrons en lumière les spécificités d'un territoire : son histoire, ses principales ressources agricoles et industrielles, ses infrastructures, son développement économique, mais aussi ses sites naturels, ses monuments et les lieux incontournables qui font son identité.
Grâce à des cartes détaillées, des chiffres clés, des photographies et des informations accessibles à tous, cette série offrira une vision d'ensemble de cette région fascinante, véritable moteur agricole de la Thaïlande et de plus en plus tournée vers l'innovation, l'industrie et le tourisme.
11 Septembre 2026
Nong Khai, là où le Mékong raconte l'Isan
Semaine 4/20 – Les ressources des provinces de l'Isan
À l'extrême nord de l'Isan, Nong Khai regarde vers le Laos et le Mékong.
Province frontière, elle est depuis toujours un lieu de passage, d'échanges et de rencontres entre deux peuples que le fleuve sépare sur les cartes, mais unit dans l'histoire et la culture.

Nong Khai en quelques chiffres
Province : Nong Khai – หนองคาย
Région : Isan – Nord-est de la Thaïlande
Superficie : 3 026,5 km²
Population : 511 706 habitants (2024)
Densité : 169 habitants/km²
Chef-lieu : Nong Khai
- District de Mueang Nong Khai : environ 148 847 habitants
- Ville de Nong Khai (municipalité) : environ 45 440 habitants
Nombre de districts : 9 amphoe
Nombre de sous-districts : 62 tambon
Nombre de villages : 678 villages
Situation : Extrême nord de l'Isan, sur la rive thaïlandaise du Mékong
Frontière : Laos, de l'autre côté du Mékong
Particularité : Porte terrestre historique vers Vientiane
Les chiffres de population 2024 et de densité proviennent du National Statistical Office thaïlandais, tandis que la superficie et le découpage administratif sont repris dans le rapport statistique provincial.
Quelques chiffres intéressants :
- 🌊 Environ 300 km de frontière avec le Laos, largement matérialisée par le Mékong.
- 🌉 1er pont de l'Amitié thaï-lao, inauguré en 1994.
- 🇱🇦 Vientiane se trouve à environ 25 km de Nong Khai, selon le point de départ et d'arrivée.
- 🏙️ Une province relativement petite, mais avec une densité de population élevée pour l'Isan : environ 169 habitants/km².
1• Nong Khai, la porte du Laos

Lorsqu'on arrive à Nong Khai, on comprend immédiatement que cette province possède une identité particulière.
Ici, le regard est naturellement attiré vers le nord.
De l'autre côté du Mékong commence le Laos.
Mais réduire Nong Khai à une simple ville frontière serait une erreur. Depuis des siècles, le fleuve n'a pas seulement séparé deux territoires. Il a aussi permis aux hommes de circuler, de commercer, de se rencontrer et de partager une culture commune.
Nong Khai est avant tout une terre de passage et d'échanges.
Située à l'extrême nord de l'Isan, la province s'étire le long du Mékong, face au Laos. Cette situation géographique lui a donné un rôle particulier dans l'histoire de la région. Aujourd'hui encore, elle constitue l'une des principales portes d'entrée terrestres vers le Laos et sa capitale, Vientiane.
Un fleuve qui sépare... mais qui rapproche
Pour un Européen habitué à voir dans une frontière une ligne précise sur une carte, le Mékong peut donner une impression trompeuse.
D'un côté, la Thaïlande. De l'autre, le Laos.
Deux pays. Deux administrations.
Deux drapeaux.
Mais lorsque l'on observe les habitants des deux rives, les frontières deviennent parfois beaucoup moins évidentes.
La langue parlée dans cette région, les traditions, la cuisine et de nombreuses pratiques culturelles témoignent d'une histoire commune profondément liée au monde lao.
Avant que les frontières modernes ne viennent fixer définitivement les territoires, les populations circulaient beaucoup plus librement le long du fleuve.
Le Mékong était une route.
Une voie commerciale.
Un lieu de pêche.
Mais aussi un lien entre les communautés.
Le fleuve faisait partie de leur vie bien avant de devenir une frontière internationale.
Une histoire profondément liée au royaume de Lan Xang
Pour comprendre Nong Khai, il faut également se souvenir que cette région fut longtemps liée au monde lao.
Les chroniques historiques et les vestiges religieux témoignent de l'influence du royaume de Lan Xang, dont Vientiane fut l'une des grandes capitales.
De nombreux temples et monuments de la région portent encore aujourd'hui cette empreinte culturelle.
Nong Khai n'a donc jamais été une simple province périphérique tournée vers Bangkok.
Son histoire s'est également construite en regardant vers le Mékong et vers les territoires situés au nord du fleuve.
Cette identité particulière se ressent encore aujourd'hui.
Dans les marchés.
Dans la gastronomie.
Dans la langue isan, très proche du lao.
Et jusque dans certaines traditions religieuses.
La frontière politique est récente à l'échelle de l'histoire.
La culture, elle, a traversé le fleuve depuis des siècles.
Les sources historiques provinciales rappellent d'ailleurs l'importance ancienne de Nong Khai dans l'espace culturel de Lan Xang et la présence de nombreux vestiges religieux liés à cette période.
Vientiane, juste de l'autre côté
L'une des particularités les plus étonnantes de Nong Khai est la proximité de Vientiane.
La capitale du Laos se trouve à seulement quelques dizaines de kilomètres.
Pourtant, il suffit de traverser le pont de l'Amitié pour changer complètement de pays.
Cette proximité explique naturellement l'importance des échanges.
Des marchandises circulent chaque jour.
Des familles vivent de part et d'autre du fleuve.
Des travailleurs traversent la frontière.
Des voyageurs utilisent Nong Khai comme point de passage vers le Laos.
La ville est ainsi devenue un véritable carrefour régional.
Une porte entre deux pays, mais également entre deux mondes.
D'un côté, la Thaïlande moderne et ses grandes infrastructures.
De l'autre, Vientiane, capitale d'un pays voisin dont l'histoire et la culture restent pourtant intimement liées à celles de l'Isan.
Le pont qui a changé la région
Pendant longtemps, le passage du Mékong s'effectuait principalement par bateau.
Puis, en 1994, l'ouverture du premier pont de l'Amitié thaï-lao allait profondément modifier la région.
Pour la première fois, un pont reliait directement les deux rives du Mékong entre Nong Khai et la région de Vientiane.
Ce pont n'était pas seulement un ouvrage d'art.
Il devenait un symbole.
Celui d'une volonté de rapprochement entre deux pays voisins.
Les échanges commerciaux se développèrent rapidement.
Le tourisme également.
Nong Khai prit alors une importance nouvelle dans les relations entre la Thaïlande et le Laos.
Le premier pont de l'Amitié thaï-lao, inauguré en 1994, demeure un symbole majeur de cette coopération régionale.
Une ville frontière au rythme plus tranquille
Malgré son rôle stratégique, Nong Khai a conservé une atmosphère particulière.
La ville ne possède pas l'agitation d'une grande métropole.
Ici, le rythme semble souvent plus calme.
En fin de journée, les habitants se retrouvent le long du Mékong.
On vient se promener.
Manger.
Discuter.
Regarder le soleil descendre derrière les collines du Laos.
Le fleuve devient alors un véritable lieu de vie.
Et c'est peut-être à ce moment-là que Nong Khai révèle le mieux son caractère.
Une ville ouverte sur l'extérieur, mais qui n'a pas oublié son rythme provincial.
Une ville frontière, mais où la frontière semble parfois presque secondaire.
Car face au Mékong, ce que l'on voit avant tout, ce ne sont pas deux pays qui se font face.
Ce sont deux rives qui partagent la même histoire.
Le Mékong, véritable colonne vertébrale de Nong Khai
Mais pour comprendre pleinement cette province, il faut maintenant s'intéresser à celui qui façonne depuis toujours ses paysages et la vie de ses habitants.
Le Mékong n'est pas seulement un décor majestueux.
Il nourrit les hommes, transporte les marchandises, inspire les légendes et rythme encore aujourd'hui la vie des villages installés sur ses rives.
Nous allons maintenant suivre le cours de ce fleuve mythique : le Mékong, l'âme et la colonne vertébrale de Nong Khai.
2 • Le Mékong, l'âme et la colonne vertébrale de Nong Khai

Il est impossible de parler de Nong Khai sans parler du Mékong.
Le fleuve est partout.
Dans le paysage, bien sûr, mais aussi dans la vie quotidienne, l'économie, la gastronomie, les croyances et même l'imaginaire des habitants.
À Nong Khai, le Mékong n'est pas simplement un fleuve que l'on regarde depuis une promenade aménagée.
Il est une présence.
Il accompagne la vie des villages, nourrit les pêcheurs, sépare officiellement deux pays et, paradoxalement, continue de rapprocher les populations qui vivent sur ses deux rives.
Avec environ 320 kilomètres de cours longeant la province, Nong Khai possède l'un des plus longs tronçons du Mékong en Thaïlande.
Un fleuve qui vient de loin
Le Mékong est l'un des grands fleuves d'Asie.
Il prend sa source sur les hauts plateaux du Tibet et traverse ou longe plusieurs pays avant de terminer son voyage dans la mer de Chine méridionale.
Sur son parcours, il traverse la Chine, longe le Myanmar, marque une partie des frontières du Laos et de la Thaïlande, puis poursuit sa route vers le Cambodge et le Vietnam.
Mais à Nong Khai, cette géographie lointaine devient une réalité quotidienne.
Le fleuve est là. Quelques dizaines ou quelques centaines de mètres seulement séparent parfois les habitations thaïlandaises des villages installés sur la rive laotienne.
Lorsque le soleil se couche, les lumières qui apparaissent de l'autre côté ne sont pas celles d'un horizon abstrait.
Ce sont les lumières d'un autre pays.
Le Mékong, une frontière bien particulière
Sur une carte, tout semble simple.
Une ligne bleue. Au sud, la Thaïlande.
Au nord, le Laos.
Mais dans la réalité, le Mékong n'a jamais été une frontière totalement hermétique.
Pendant des siècles, les populations ont traversé le fleuve pour commercer, rejoindre leur famille ou participer aux fêtes et cérémonies religieuses.
Les langues sont proches. La cuisine se ressemble.
Les traditions partagent de nombreuses racines communes.
Et pour beaucoup d'habitants de cette région, regarder vers l'autre rive revient moins à regarder « l'étranger » qu'à observer une autre partie d'un même univers culturel.
Les frontières politiques ont changé au fil de l'histoire.
Le fleuve, lui, est resté.
Un fleuve qui nourrit les hommes
Avant de devenir une attraction touristique, le Mékong est d'abord une source de vie.
Depuis toujours, les habitants installés sur ses rives vivent en partie de ses ressources.
La pêche occupe encore une place importante dans de nombreuses communautés.
Au petit matin, on aperçoit parfois les petites embarcations partir sur le fleuve, tandis que les pêcheurs relèvent leurs filets.
Le Mékong offre une grande diversité de poissons d'eau douce qui occupent naturellement une place importante dans la cuisine locale.
Dans certaines communautés riveraines de Nong Khai, l'agriculture et la pêche restent d'ailleurs étroitement associées au mode de vie traditionnel.
Mais vivre au bord du Mékong, c'est aussi accepter son caractère changeant.
Le fleuve n'a jamais exactement le même visage.
Au rythme des saisons
Pendant la saison des pluies, le niveau de l'eau monte et le fleuve devient puissant.
Ses eaux prennent parfois une couleur brune, chargées des terres et des sédiments transportés par le courant.
Puis vient la saison sèche.
Le niveau baisse.
Des bancs de sable apparaissent.
Des rochers, parfois invisibles pendant plusieurs mois, émergent à nouveau.
Le paysage se transforme.
Dans certaines zones de la province, la baisse des eaux révèle ainsi des formations rocheuses et des îlots qui restent cachés une grande partie de l'année.
C'est notamment le cas dans la région montagneuse située à l'ouest de la province, où le Mékong offre des paysages beaucoup plus sauvages.
Pour les habitants, ces changements ne sont pas seulement une curiosité.
Ils rythment la pêche. L'agriculture. Les déplacements.
Et parfois même les traditions locales.
Le Mékong, une route avant d'être une frontière
Il est facile aujourd'hui d'oublier que les routes modernes sont relativement récentes.
Pendant longtemps, les grands fleuves furent les véritables axes de communication.
Le Mékong était une route naturelle.
On y transportait des marchandises.
On remontait ou descendait son cours.
Les villages installés sur ses rives entretenaient des relations permanentes.
Le fleuve permettait aux hommes de circuler bien avant l'apparition des ponts et des routes modernes.
Cette fonction de passage n'a d'ailleurs jamais complètement disparu.
Aujourd'hui encore, Nong Khai reste un point stratégique pour les échanges entre la Thaïlande et le Laos.
Le pont de l'Amitié a modernisé ces échanges, mais il n'a fait, en quelque sorte, que prolonger une vocation beaucoup plus ancienne.
Un lieu de vie autant qu'un paysage
En fin d'après-midi, la rive du Mékong change de visage.
La chaleur retombe.
Les habitants viennent se promener.
Les familles s'installent dans les petits restaurants.
Les enfants jouent.
Les vendeurs ambulants s'installent progressivement.
La promenade devient un lieu de rencontre.
À Nong Khai, vivre au bord du fleuve fait partie du quotidien.
On ne vient pas seulement admirer le Mékong.
On vit avec lui.
Les marchés, les restaurants et les rues proches de la rive témoignent de cette relation particulière.
Le fleuve est à la fois un paysage, une source de revenus et un espace social.
La promenade qui longe le Mékong est ainsi devenue l'un des lieux emblématiques de la ville, particulièrement apprécié au coucher du soleil.
Quand le fleuve entre dans les croyances
Mais le Mékong n'appartient pas uniquement au monde réel.
Il appartient aussi aux légendes.
Dans l'imaginaire de l'Isan et du Laos, les profondeurs du fleuve sont habitées par les Naga, ces créatures mythiques représentées sous la forme de gigantesques serpents. Les Naga sont omniprésents dans les temples de la région.
Ils protègent les sanctuaires.
Ils accompagnent les Bouddhas.
Ils sont liés à l'eau, à la fertilité et au monde souterrain.
À Nong Khai, cette croyance prend une dimension toute particulière.
Car chaque année, à la fin du carême bouddhique, les rives du Mékong deviennent le théâtre d'un phénomène qui attire des milliers de personnes.
Des boules lumineuses seraient parfois observées s'élevant silencieusement au-dessus du fleuve.
Pour les croyants, il ne fait aucun doute qu'elles sont liées au royaume mystérieux du Phaya Naga.
Mais cela est une autre histoire... Et elle mérite bien un chapitre à elle seule.
Le Mékong, entre réalité et légende
À Nong Khai, le Mékong est donc bien plus qu'un fleuve.
Il est une frontière et un lien.
Une route et une barrière.
Une source de nourriture et un élément du paysage.
Mais il est également le gardien de récits anciens et de croyances toujours vivantes.
Car lorsque la nuit tombe sur le fleuve, il n'est pas rare que la réalité laisse doucement place aux légendes.
Nous allons maintenant découvrir l'un des symboles les plus étonnants de cette région : le Naga, le serpent mythique qui, selon les croyances locales, règne sur les profondeurs du Mékong.
3• Le Naga, le serpent mythique du Mékong

Impossible de comprendre Nong Khai sans évoquer le Naga.
Cette créature mythique, souvent représentée sous la forme d'un immense serpent, est omniprésente dans l'imaginaire religieux et culturel de l'Isan.
On la retrouve à l'entrée des temples, le long des escaliers, autour des statues de Bouddha et, bien sûr, dans les légendes qui entourent le Mékong. Mais ici, le Naga n'est pas seulement une décoration sculptée dans la pierre.
Il est une présence.
Pour de nombreux habitants vivant le long du fleuve, les profondeurs du Mékong abritent encore le royaume mystérieux du Phaya Naga, le roi des serpents mythiques.
Le gardien des eaux
Dans les traditions bouddhistes et hindoues, le Naga est étroitement associé à l'eau.
Il est le gardien des rivières, des sources et des mondes souterrains.
Sa représentation peut varier.
Parfois une seule tête.
Parfois trois.
Cinq.
Sept.
Et même neuf têtes.
Ces immenses serpents sculptés accueillent souvent les visiteurs à l'entrée des temples.
Leurs corps ondulent le long des escaliers tandis que leurs têtes dressées semblent protéger les lieux sacrés.
Pour les bouddhistes, le Naga est également lié à l'une des plus célèbres légendes concernant le Bouddha.
Selon la tradition, alors que le Bouddha méditait, une violente tempête éclata.
Le roi des Nagas, Muchalinda, serait alors sorti des eaux et aurait déployé ses multiples têtes au-dessus du Bouddha pour le protéger de la pluie.
Cette image est devenue l'une des représentations les plus célèbres de l'art bouddhique en Asie du Sud-Est.
Le Mékong, royaume du Phaya Naga
À Nong Khai, cette croyance prend une dimension particulière.
Car le Mékong est immense.
Profond.
Changeant.
Parfois calme et majestueux.
Parfois violent pendant la saison des pluies.
Pendant des siècles, les hommes ont vécu à proximité de ce fleuve sans réellement connaître ce qui se trouvait sous ses eaux.
Comment ne pas imaginer qu'un monde mystérieux puisse exister dans ses profondeurs ?
Pour les croyances populaires, les Nagas vivent dans un royaume souterrain, relié aux rivières et aux grands cours d'eau.
Le Mékong serait ainsi l'une des portes de ce monde invisible.
Dans certaines légendes, les Nagas peuvent prendre une apparence humaine et circuler parmi les hommes.
Ils peuvent protéger, mais aussi punir ceux qui ne respectent pas les lieux sacrés ou les forces de la nature.
Le Naga représente ainsi bien plus qu'un animal mythique.
Il symbolise le lien entre le monde visible et le monde invisible.
Le Naga, symbole d'un monde partagé
Ce qui est particulièrement intéressant à Nong Khai, c'est que la croyance au Naga traverse les frontières.
On retrouve cette figure mythique en Thaïlande, au Laos et au Cambodge.
De chaque côté du Mékong, les légendes se répondent.
Les populations peuvent appartenir à deux pays différents, mais elles partagent souvent les mêmes histoires.
Le Naga est en quelque sorte devenu un symbole de cette culture commune qui dépasse les frontières modernes.
Il suffit d'ailleurs d'observer les temples de l'Isan ou du Laos pour constater la présence constante de ces serpents protecteurs.
Ils sont partout. Dans la pierre. Dans les peintures. Dans les récits populaires. Et parfois même dans les fêtes.
Lorsque la légende rencontre le fleuve
Mais à Nong Khai, la croyance au Naga ne reste pas enfermée dans les temples ou dans les anciens récits.
Chaque année, elle semble revenir à la surface.
À la fin du carême bouddhique, lorsque la nuit tombe sur certaines portions du Mékong, des milliers de personnes se rassemblent sur les berges.
Elles attendent.
Elles regardent le fleuve.
Et parfois, selon les témoignages, des sphères lumineuses rougeâtres s'élèvent silencieusement au-dessus de l'eau avant de disparaître dans le ciel.
Pour les habitants, l'explication est simple.
Ce sont les boules de feu du Naga.
Pour les scientifiques, le phénomène reste sujet à débat et différentes hypothèses ont été avancées.
Mais pour comprendre Nong Khai, il n'est peut-être pas nécessaire de choisir immédiatement entre la science et la légende.
Car au-delà du phénomène lui-même, ce qui importe est ce qu'il représente.
Chaque année, des milliers de personnes viennent partager une même attente, au bord d'un fleuve chargé d'histoire et de croyances.
Pendant quelques instants, les deux rives du Mékong semblent regarder dans la même direction.
Vers l'eau. Vers le ciel.
Et peut-être vers un monde que l'on ne voit pas.
Du serpent mythique aux mystérieuses lumières du Mékong
Le Naga nous conduit ainsi naturellement vers l'une des histoires les plus fascinantes de Nong Khai.
Un phénomène qui, chaque année, attire curieux, croyants et scientifiques.
Une tradition où la frontière entre le réel et l'imaginaire devient particulièrement difficile à tracer.
Nous allons maintenant découvrir le mystère des célèbres « boules de feu du Naga », ces lumières énigmatiques qui semblent s'élever des eaux du Mékong.
4 • Le mystère des boules de feu du Naga

Il existe, le long du Mékong, un phénomène qui intrigue depuis des générations.
Chaque année, à la fin du carême bouddhique, des milliers de personnes se rassemblent sur les rives du fleuve, notamment dans les districts de Phon Phisai et Rattanawapi.
Elles attendent la tombée de la nuit.
Le regard tourné vers le Mékong.
Puis, parfois, une lumière apparaît.
Une petite sphère rougeâtre semble surgir silencieusement des eaux, s'élever dans le ciel avant de disparaître quelques secondes plus tard.
Pas de bruit.
Pas de fumée.
Simplement une mystérieuse lumière qui semble s'échapper du fleuve. Pour les habitants de la région, il n'y a aucun doute.
Ce sont les boules de feu du Naga.
Une légende vieille de plusieurs siècles
En thaïlandais, le phénomène est connu sous le nom de Bang Fai Phaya Naga, que l'on pourrait traduire par « les boules de feu du roi Naga ».
Selon la tradition locale, ces lumières apparaissent pour célébrer la fin du carême bouddhique.
Elles seraient une offrande du monde des Nagas en hommage au Bouddha.
La légende est profondément liée à une histoire bouddhique particulièrement importante en Thaïlande et au Laos.
Après avoir atteint l'Éveil, le Bouddha serait monté au paradis de Tavatimsa afin d'y enseigner le Dharma à sa mère.
À la fin de cette période, il serait redescendu sur Terre.
Cette descente, célébrée lors de la fête d'Ok Phansa, marque la fin des trois mois du carême bouddhique.
Selon les croyances locales, les Nagas vivant dans les profondeurs du Mékong manifesteraient alors leur joie en envoyant vers le ciel ces mystérieuses boules lumineuses.
Un rendez-vous avec le mystère
Chaque année, la date de la fête attire de nombreux visiteurs.
Les habitants connaissent les endroits où le phénomène serait le plus fréquemment observé.
Les berges du Mékong deviennent alors des lieux de rassemblement.
On attend.
On discute.
On observe le fleuve.
Et lorsque la première lumière apparaît, les regards se tournent immédiatement vers le ciel.
Pour certains, c'est un spectacle.
Pour d'autres, une véritable manifestation spirituelle.
Car ici, la frontière entre la tradition et la croyance est parfois beaucoup moins nette que ce que nous avons l'habitude d'imaginer en Occident.
Que dit la science ?
C'est naturellement la question que se posent les visiteurs.
D'où viennent réellement ces mystérieuses lumières ?
Plusieurs hypothèses ont été avancées au fil des années.
Certains scientifiques ont évoqué la possibilité d'une combustion spontanée de gaz provenant des sédiments du fleuve.
Le méthane ou d'autres gaz inflammables pourraient, dans certaines conditions particulières, produire des flammes ou des phénomènes lumineux.
D'autres chercheurs restent beaucoup plus prudents.
Car reproduire exactement le phénomène et en observer les conditions précises s'avère particulièrement difficile.
Et comme souvent lorsqu'il s'agit d'un événement rare et imprévisible, les témoignages sont nombreux mais les observations scientifiques parfaitement contrôlées restent limitées.
Une autre controverse est également apparue.
Certains ont avancé que certaines lumières pourraient être liées à des tirs effectués depuis la rive laotienne.
Cette hypothèse a naturellement provoqué de nombreux débats.
Mais elle n'a jamais réussi à faire disparaître la croyance populaire.
Car pour les habitants de Nong Khai, la question ne se limite pas simplement à savoir comment les lumières apparaissent.
Elle concerne aussi ce qu'elles représentent.
Entre science et croyance
Il serait facile de vouloir absolument choisir un camp.
D'un côté, la science.
De l'autre, la légende.
Mais Nong Khai nous invite peut-être à regarder les choses autrement.
La science cherche une explication au phénomène physique.
Et c'est son rôle.
Les croyances, elles, racontent ce que le phénomène représente pour une population.
Et cela fait également partie de l'histoire.
Même si demain une explication scientifique définitive venait à être trouvée, les boules de feu du Naga ne perdraient probablement pas toute leur magie.
Car le véritable phénomène ne réside peut-être pas uniquement dans ces mystérieuses lumières.
Il réside aussi dans ce rassemblement.
Dans ces milliers de personnes réunies au bord du Mékong.
Dans cette attente collective lorsque la nuit tombe.
Dans cette vieille histoire transmise de génération en génération.
Parfois, une légende raconte autant sur un peuple que la vérité scientifique elle-même.
Le Mékong, un fleuve qui garde ses secrets
Les boules de feu du Naga illustrent parfaitement la relation particulière que les habitants de cette région entretiennent avec le Mékong.
Le fleuve nourrit.
Le fleuve sépare.
Le fleuve relie.
Mais il garde aussi ses mystères.
Ses profondeurs restent associées à un monde invisible peuplé de Nagas et de créatures mythiques.
Lorsque la nuit tombe sur le Mékong, les eaux sombres semblent alors reprendre possession du paysage.
Et quelque part, entre la rive thaïlandaise et la rive laotienne, la frontière devient presque secondaire.
Il ne reste plus qu'un fleuve. Une nuit.
Et parfois...
Une lumière qui s'élève silencieusement vers le ciel.
Après les légendes, une autre curiosité de Nong Khai
Mais Nong Khai ne possède pas seulement des mystères cachés sous les eaux du Mékong.
À quelques kilomètres de la ville, un autre univers étrange attend le visiteur.
Un monde peuplé de Bouddhas géants, de divinités hindoues, de créatures fantastiques et de statues monumentales.
Nous allons maintenant pénétrer dans l'univers étonnant du Sala Kaew Ku, l'un des lieux les plus insolites et fascinants de tout l'Isan.
5 • Sala Kaew Ku, le jardin des statues impossibles

À quelques kilomètres seulement de Nong Khai, le visiteur découvre un univers que rien ne semble préparer.
Au détour d'un chemin apparaissent soudain d'immenses statues. Des Bouddhas.
Des divinités hindoues.
Des serpents géants.
Des créatures fantastiques.
Des personnages aux proportions parfois démesurées.
Bienvenue au Sala Kaew Ku, probablement l'un des lieux les plus étonnants de toute la région.
Ici, les frontières entre le bouddhisme, l'hindouisme, la mythologie et l'imagination semblent tout simplement avoir disparu.
L'œuvre d'un homme hors du commun
Derrière cet incroyable jardin de sculptures se trouve un homme : Luang Pu Bunleua Sulilat.
Né au début du XXᵉ siècle, ce mystique et artiste développa très tôt une vision spirituelle personnelle, nourrie de bouddhisme, d'hindouisme et de croyances populaires.
Son parcours allait le conduire à créer deux ensembles monumentaux absolument uniques.
Le premier se trouve de l'autre côté du Mékong, près de Vientiane, au Laos : Xieng Khuan, également connu sous le nom de Buddha Park.
Le second est ici, à Nong Khai.
Après avoir quitté le Laos dans les années 1970, Bunleua Sulilat s'installa en Thaïlande et entreprit la construction du Sala Kaew Ku.
Il ne cherchait pas à reproduire un temple traditionnel. Il voulait créer un univers.
Un monde où Bouddha rencontre Shiva
En parcourant le parc, on passe d'une religion à l'autre sans véritable frontière.
Un immense Bouddha peut côtoyer une divinité hindoue.
Plus loin apparaît une créature fantastique.
Puis un gigantesque Naga.
Cette association pourrait sembler étrange.
Pourtant, elle reflète assez bien la manière dont les croyances se sont parfois mélangées en Asie du Sud-Est au fil des siècles.
Le bouddhisme n'a jamais évolué complètement isolé.
Il a intégré certaines traditions plus anciennes, des croyances populaires et des influences venues de l'hindouisme.
Au Sala Kaew Ku, ce mélange devient monumental.
C'est un peu comme si toutes les légendes de la région avaient décidé de se retrouver dans un même jardin.
Des statues qui racontent des histoires
Les sculptures du Sala Kaew Ku ne sont pas simplement décoratives.
Elles racontent.
Elles représentent des épisodes religieux, des personnages mythologiques et des visions symboliques du monde.
Certaines statues sont immédiatement reconnaissables.
D'autres sont beaucoup plus mystérieuses.
Le visiteur se retrouve parfois face à des personnages dont il ne connaît ni le nom ni l'histoire.
Et c'est peut-être justement ce qui rend le lieu si fascinant.
On ne se contente pas de regarder.
On cherche à comprendre.
On imagine.
On invente parfois soi-même l'histoire de ces étranges personnages figés dans le béton.
Le royaume des géants
Certaines sculptures atteignent plusieurs dizaines de mètres de hauteur.
Elles dominent les arbres et donnent au parc une atmosphère presque irréelle.
L'une des plus impressionnantes représente une immense divinité entourée de personnages et de créatures mythologiques.
Plus loin, d'autres sculptures semblent sortir directement d'un rêve.
Ou peut-être d'un cauchemar. Car certaines représentations sont loin d'être paisibles.
On y retrouve également les thèmes universels de la vie et de la mort.
Du paradis et de l'enfer.
Du bien et du mal.
Les corps sont parfois déformés.
Les visages expriment la souffrance ou la sérénité.
Le Sala Kaew Ku n'est donc pas uniquement un jardin spectaculaire.
C'est aussi une représentation monumentale de la vision spirituelle de son créateur.
Le Naga, toujours présent
Il était impossible qu'un tel lieu, installé à proximité du Mékong, oublie le Naga.
Le serpent mythique apparaît à plusieurs reprises dans les sculptures.
Ses corps gigantesques s'enroulent autour des personnages.
Ses têtes surgissent de la pierre.
Il est à la fois protecteur, créature mythologique et symbole du monde invisible.
Après avoir découvert le Naga dans les légendes du Mékong et dans le mystère des boules de feu, nous le retrouvons ici sous une autre forme.
Sculpté. Immortalisé.
Transformé en œuvre monumentale.
À Nong Khai, décidément, le Naga n'est jamais très loin.
Un lieu difficile à classer
C'est sans doute ce qui fait toute la singularité du Sala Kaew Ku.
Est-ce un temple ?
Un musée ?
Un parc de sculptures ?
Un lieu religieux ?
Une œuvre d'art ?
Probablement un peu de tout cela à la fois.
Le visiteur occidental cherche parfois à classer les choses.
À leur donner une définition précise.
Mais le Sala Kaew Ku résiste à cette tentation.
Il ne ressemble à aucun autre endroit.
Il faut simplement accepter de s'y promener sans chercher à tout comprendre.
Regarder.
Observer les détails.
Lever les yeux vers ces silhouettes gigantesques.
Et se laisser entraîner dans l'univers étrange imaginé par Luang Pu Bunleua Sulilat.
Une œuvre qui dépasse son créateur
Aujourd'hui encore, plusieurs décennies après sa création, le parc continue d'intriguer.
Certaines statues portent les marques du temps.
Le béton s'est patiné.
La végétation a parfois repris ses droits.
Et cette lente transformation ajoute encore au mystère du lieu.
Le Sala Kaew Ku ne possède peut-être pas la perfection architecturale des grands temples royaux de Bangkok.
Mais ce n'est pas ce que l'on vient chercher ici.
On vient découvrir une œuvre profondément personnelle.
L'œuvre d'un homme qui a voulu donner une forme concrète à ses croyances et à son imagination.
Et le résultat est tout simplement unique.
Nong Khai, entre réalité et imagination
Après le Mékong, les Nagas et leurs mystérieuses boules de feu, le Sala Kaew Ku nous rappelle une chose essentielle : Nong Khai est une province où l'imaginaire occupe une place particulière.
Ici, les légendes ne sont jamais très loin de la réalité.
Elles vivent dans les temples, dans les récits populaires, dans les sculptures et parfois même dans les profondeurs du fleuve.
Mais Nong Khai ne regarde pas uniquement vers le passé et les croyances.
Un ouvrage moderne allait, lui aussi, transformer profondément le destin de la province.
Un pont allait relier définitivement les deux rives du Mékong et rapprocher deux pays longtemps unis par le fleuve.
Nous allons maintenant emprunter le Pont de l'Amitié, symbole du lien entre la Thaïlande et le Laos.
6. Le Pont de l'Amitié, quand deux pays se rejoignent

Pendant des siècles, le Mékong a constitué à la fois une voie de communication et un obstacle.
Les populations pouvaient traverser le fleuve en bateau, mais le passage restait soumis aux caprices de l'eau et aux conditions météorologiques.
Puis, à la fin du XXᵉ siècle, un ouvrage allait changer profondément le visage de Nong Khai.
Un pont.
Pas n'importe lequel.
Le premier pont permanent reliant directement la Thaïlande et le Laos.
Un symbole avant d'être un ouvrage d'art
Inauguré en 1994, le Premier pont de l'Amitié thaï-lao traverse le Mékong entre Nong Khai et la province de Vientiane.
Sa construction a représenté bien davantage qu'un simple projet d'infrastructure.
Son nom même résume son ambition : l'amitié.
Après des décennies marquées par les bouleversements politiques et les tensions de la guerre froide, le pont devenait le symbole d'un rapprochement entre deux pays voisins.
Pour la première fois, il était possible de traverser le Mékong par la route, sans dépendre d'une embarcation.
Un geste qui peut sembler banal aujourd'hui.
Mais à l'époque, il représentait une transformation considérable.
Une nouvelle porte vers le Laos
L'ouverture du pont allait rapidement modifier le rôle de Nong Khai.
La ville, déjà historiquement tournée vers le Mékong, devenait désormais l'un des principaux points de passage entre la Thaïlande et le Laos.
Vientiane, située de l'autre côté du fleuve, devenait soudain beaucoup plus accessible.
Les échanges commerciaux se développèrent.
Les voyageurs furent plus nombreux.
Les marchandises commencèrent à circuler plus facilement.
Nong Khai prit alors une nouvelle dimension.
De ville frontalière, elle devenait un véritable carrefour international.
Aujourd'hui encore, pour de nombreux voyageurs, Nong Khai représente la porte d'entrée naturelle vers le Laos.
Quand le train traverse le Mékong
Le pont possède également une autre particularité.
Il ne transporte pas uniquement les voitures et les camions.
Une voie ferrée y a également été installée.
Cette liaison ferroviaire a permis de prolonger le réseau thaïlandais vers le Laos.
Pendant longtemps, le train s'arrêtait symboliquement de l'autre côté du Mékong, à la gare de Thanaleng.
Mais cette première connexion représentait déjà une étape importante.
Elle rappelait que le fleuve, autrefois difficile à franchir, pouvait désormais être traversé par la route... et par le rail.
Ces dernières années, le développement du réseau ferroviaire entre la Thaïlande, le Laos et la Chine donne encore davantage d'importance stratégique à cette région.
Nong Khai se retrouve ainsi au cœur d'un vaste projet de connexion régionale.
Un pont qui a changé l'économie locale
Lorsqu'une frontière devient plus facile à traverser, ce sont souvent les villes situées à proximité qui changent le plus rapidement.
Nong Khai en est un bon exemple.
Le développement des échanges a favorisé l'apparition de nouvelles activités.
Hôtels.
Restaurants.
Entreprises de transport.
Services destinés aux voyageurs.
Commerces spécialisés dans les échanges transfrontaliers.
La province a progressivement renforcé son rôle de plateforme économique entre la Thaïlande et le Laos.
Mais contrairement à certaines villes-frontières qui se développent de manière anarchique, Nong Khai a conservé une partie de son caractère tranquille.
C'est sans doute l'une de ses particularités.
Une ville internationale... qui garde encore une âme provinciale.
Un lien entre deux peuples
Le pont a évidemment rapproché les économies.
Mais il a également facilité les relations humaines.
Des familles vivent de part et d'autre du Mékong.
Des étudiants traversent.
Des travailleurs circulent.
Des commerçants font régulièrement le voyage.
La frontière reste bien réelle, avec ses administrations et ses contrôles.
Mais le pont permet de rappeler une évidence historique.
Les populations installées de chaque côté du fleuve n'ont jamais été totalement étrangères les unes aux autres.
Elles partagent une histoire.
Des traditions.
Des langues proches.
Une gastronomie similaire.
Et parfois même des liens familiaux.
Le pont n'a donc pas créé cette proximité.
Il l'a simplement rendue plus facile à vivre.
Du fleuve à la grande route asiatique
Aujourd'hui, lorsque l'on traverse le pont, il est difficile d'imaginer qu'il représente également un maillon d'un ensemble beaucoup plus vaste.
Les routes et les voies ferrées qui convergent vers Nong Khai ne s'arrêtent pas au Laos.
Elles participent à de grands axes reliant progressivement la Thaïlande au Laos, puis à la Chine.
Nong Khai pourrait ainsi voir son rôle évoluer encore dans les années à venir.
De simple ville frontière, elle pourrait devenir l'un des grands points de connexion entre l'Asie du Sud-Est continentale et la Chine.
Une nouvelle page de son histoire est probablement en train de s'écrire.
Un pont qui résume Nong Khai
Finalement, ce pont ressemble beaucoup à la province qu'il traverse.
Il relie deux mondes sans véritablement les opposer.
Il permet le passage, les échanges et les rencontres.
Il rappelle également que les frontières ne sont pas toujours des murs.
Parfois, elles deviennent des ponts.
Et à Nong Khai, au-dessus du Mékong, ce symbole prend tout son sens.
Après les grands symboles, retour à la vie quotidienne
Mais pour comprendre véritablement Nong Khai, il faut maintenant quitter les légendes, les statues monumentales et les grandes infrastructures.
Il faut simplement se promener dans la ville.
Le long du Mékong. Dans ses marchés.
À la rencontre de son rythme tranquille et de cette étonnante culture située entre deux pays.
Nous allons maintenant découvrir Nong Khai au quotidien, une ville entre traditions, influences lao et modernité.
7. Nong Khai au quotidien, entre traditions, influences lao et modernité

Après avoir parcouru les rives du Mékong, rencontré les mystérieux Nagas, découvert les statues monumentales du Sala Kaew Ku et traversé le Pont de l'Amitié, il est temps de revenir à une autre réalité.
Celle de la vie quotidienne.
Car Nong Khai ne se résume pas à ses légendes et à ses curiosités touristiques.
C'est avant tout une ville à taille humaine, où le rythme de la vie semble parfois plus tranquille que dans les grandes métropoles de l'Isan.
Une ville où l'on prend encore le temps de se promener au bord du fleuve, de s'arrêter dans un marché ou simplement de regarder passer la vie.
Une ville tournée vers le Mékong
À Nong Khai, le Mékong n'est jamais très loin.
La promenade qui longe le fleuve constitue l'un des lieux de vie les plus agréables de la ville.
En fin d'après-midi, lorsque la chaleur commence à tomber, les habitants viennent s'y retrouver.
Certains marchent tranquillement le long des berges.
D'autres s'installent dans les petits restaurants.
Les vendeurs ambulants commencent à préparer leurs étals.
Et les familles viennent profiter de la fraîcheur relative apportée par le fleuve.
Face à eux, de l'autre côté de l'eau, le Laos.
Le spectacle est particulièrement agréable au coucher du soleil.
Les lumières apparaissent progressivement sur les deux rives tandis que le Mékong prend des couleurs changeantes.
À Nong Khai, la promenade du soir n'est pas seulement une attraction.
C'est un véritable moment de la vie quotidienne.
Tha Sadet, le marché où se rencontrent les influences
Impossible de parler de Nong Khai sans évoquer le célèbre marché Tha Sadet.
Situé à proximité immédiate du Mékong, ce marché est depuis longtemps un lieu important du commerce local.
On y trouve de tout.
Des vêtements.
Des souvenirs.
Des produits alimentaires.
Des objets artisanaux.
Mais surtout, on y ressent cette atmosphère particulière des villes-frontières.
Les produits et les influences viennent de plusieurs horizons.
Thaïlande.
Laos.
Chine.
Vietnam.
Le marché raconte à sa manière l'histoire de Nong Khai.
Une ville ouverte aux échanges depuis longtemps.
Une ville où les frontières politiques n'ont jamais empêché les marchandises, les idées et les traditions de circuler.
Flâner dans les allées de Tha Sadet, c'est finalement parcourir une petite partie de l'histoire économique de la région.
Une identité profondément lao
Pour un visiteur venant de Bangkok ou du sud de la Thaïlande, Nong Khai peut parfois sembler différente.
Ici, l'influence lao est omniprésente.
Elle se retrouve dans la langue.
Dans la cuisine.
Dans la musique.
Dans certaines traditions.
L'isan parlé dans cette région est très proche du lao.
Et il n'est pas rare d'entendre des conversations que les habitants de Vientiane comprendraient parfaitement.
Cette proximité culturelle rappelle une évidence historique.
Le Mékong sépare aujourd'hui deux États.
Mais il n'a jamais réussi à effacer les liens qui existent entre les populations des deux rives.
À Nong Khai, la frontière est administrative.
La culture, elle, circule librement.
Une ville qui change doucement
Nong Khai n'est plus la petite ville provinciale qu'elle était autrefois.
Le développement des échanges avec le Laos a apporté de nouvelles infrastructures.
Les routes se sont améliorées.
Les hôtels se sont multipliés.
De nouveaux commerces sont apparus.
La proximité de Vientiane et le développement des liaisons ferroviaires donnent aujourd'hui à la province une importance croissante.
Mais, malgré ces transformations, Nong Khai semble avoir conservé une certaine douceur de vivre.
On n'y retrouve pas encore l'agitation permanente d'Udon Thani.
La ville possède un rythme différent.
Plus calme.
Plus provincial.
Peut-être aussi plus proche de celui des villes installées le long du Mékong.
Les marchés, véritable cœur de la ville
Comme partout en Isan, les marchés occupent une place essentielle.
On y vient évidemment pour acheter.
Mais également pour manger.
Discuter.
Retrouver des connaissances.
Prendre des nouvelles.
Le marché reste l'un des rares endroits où toutes les générations se croisent naturellement.
Les personnes âgées viennent tôt le matin.
Les familles passent en fin de journée.
Les travailleurs s'arrêtent pour acheter leur repas.
Et les enfants accompagnent parfois leurs parents.
Pour comprendre une ville, il suffit souvent d'observer son marché.
À Nong Khai, on y découvre une cuisine généreuse, colorée et parfois particulièrement épicée.
Les saveurs de Nong Khai
La gastronomie locale appartient naturellement à la grande famille de la cuisine isan et lao.
Le riz gluant y occupe une place centrale.
Le piment est omniprésent.
Les poissons du Mékong apparaissent régulièrement dans les recettes.
Et les produits fermentés, notamment le célèbre pla ra, font partie intégrante de l'identité culinaire de la région.
Le poisson du Mékong
Il était impossible que le fleuve ne se retrouve pas dans les assiettes.
Depuis toujours, le Mékong fournit une grande variété de poissons d'eau douce.
Grillés.
Frits.
Préparés en soupe.
Fermentés.
Les recettes sont nombreuses.
Dans les petits restaurants installés le long du fleuve, il est encore possible de découvrir des plats directement liés à la pêche locale.
Bien sûr, les ressources du Mékong ont évolué au fil des années et les conditions de pêche ne sont plus celles d'autrefois.
Mais le poisson reste profondément associé à la cuisine des communautés riveraines.
Som tam, riz gluant et cuisine isan
Comme partout dans le nord-est de la Thaïlande, le som tam est incontournable.
Mais ici, la version locale porte souvent davantage l'influence lao.
Le som tam pla ra, préparé avec du poisson fermenté, possède un caractère beaucoup plus affirmé que les versions parfois proposées aux touristes.
Le riz gluant accompagne la plupart des repas.
On le prend avec les doigts.
On forme une petite boule.
Puis on l'utilise pour accompagner les plats.
Simple.
Pratique.
Et finalement parfaitement adapté à cette cuisine de partage.
À cela s'ajoutent les viandes grillées, les soupes parfumées, les salades épicées et les nombreuses préparations à base d'herbes fraîches.
Une cuisine qui ne cherche pas forcément la sophistication.
Mais qui possède une identité extrêmement forte.
La cuisine comme reflet d'une frontière
À Nong Khai, peut-être plus qu'ailleurs, la cuisine raconte l'histoire.
Dans une même journée, il est possible de déguster un plat typiquement isan, une soupe d'inspiration lao, une spécialité vietnamienne ou une cuisine influencée par les traditions chinoises.
Cette diversité n'est pas le fruit du hasard.
Elle est le résultat de plusieurs générations d'échanges.
Les hommes ont traversé les frontières.
Les marchandises ont circulé.
Et avec elles, les recettes.
La cuisine de Nong Khai est ainsi à l'image de la province.
Ouverte sur l'extérieur, mais profondément attachée à ses racines.
Une douceur de vivre au bord du fleuve
C'est peut-être cela qui caractérise le mieux Nong Khai.
La douceur de vivre.
La ville ne cherche pas à impressionner.
Elle ne possède pas les gratte-ciel de Bangkok.
Ni les grandes plages touristiques du Sud.
Elle avance à son propre rythme.
Le matin, les marchés s'animent.
La journée, les rues vivent tranquillement.
Et lorsque le soleil commence à descendre, les habitants se rapprochent du Mékong.
On mange.
On discute.
On regarde le fleuve.
Le Laos apparaît juste en face.
Et pendant quelques instants, Nong Khai semble résumer à elle seule toute l'histoire de cette région.
Deux pays.
Deux rives.
Mais un même fleuve.
Une province tournée vers l'avenir
Nong Khai possède donc cette étonnante capacité à vivre entre plusieurs époques.
Ses légendes plongent dans un passé ancien.
Le Mékong rappelle l'histoire des populations qui ont vécu sur ses rives.
Le Pont de l'Amitié symbolise la modernité et les échanges.
Et les nouvelles infrastructures ferroviaires ouvrent déjà une nouvelle page.
Car Nong Khai ne regarde pas uniquement vers son passé.
La province est aujourd'hui au cœur d'un nouvel espace de circulation entre la Thaïlande, le Laos et, au-delà, toute l'Asie continentale.
Mais avant de quitter Nong Khai, il reste encore une dernière chose à comprendre.
Au-delà des légendes, des marchés et des ponts, quelle est finalement l'âme véritable de cette province installée face au Mékong ?
C'est ce voyage entre deux rives, deux cultures et plusieurs mondes que nous allons maintenant tenter de résumer.
Conclusion • Nong Khai, bien plus qu'une ville frontière
Nong Khai est une province où le Mékong est bien plus qu'un simple fleuve.
Il sépare deux pays, mais relie depuis toujours les peuples qui vivent sur ses rives.
Il transporte l'histoire, les traditions et les croyances d'une région où l'influence lao reste profondément présente.
Des mystérieux Nagas aux boules de feu du Mékong, des statues monumentales du Sala Kaew Ku au Pont de l'Amitié, Nong Khai oscille constamment entre légendes et modernité.
Ici, la frontière n'est pas une fin.
Elle est un passage.
Et c'est sans doute cela qui fait toute l'âme de Nong Khai : une province tournée vers le Laos, portée par le Mékong et profondément attachée à cette identité commune qui unit les deux rives.

31 Août 2026
Udon Thani : Entre histoire, spiritualité et modernité
Semaine 3/20 – Les ressources des provinces de l'Isan
Introduction
Une présentation générale de la province, sa situation au nord de l’Isan, son importance économique et culturelle, et le rôle particulier d’Udon Thani comme carrefour entre l’Isan, le Laos et le monde extérieur.

Udon Thani en quelques chiffres
Province : Udon Thani
Région : Isan – Nord-est de la Thaïlande
Superficie : 11 730 km²
Population : 1 552 135 habitants (2024)
Densité : 132 habitants/km²
Ville principale : Udon Thani
- Population de l'agglomération : ≈ 350 000 habitants
- Population intra-muros : ≈ 115 000 habitants
Nombre de districts : 20 amphoe
Nombre de sous-districts : 156 tambon
Nombre de villages : environ 1 893
Situation : Nord de l'Isan, à proximité immédiate du Laos Les chiffres de superficie, population et organisation administrative proviennent des statistiques officielles thaïlandaises les plus récentes disponibles.
Udon Thani est une province où plusieurs milliers d'années d'histoire se côtoient : des civilisations préhistoriques de Ban Chiang aux temples de la forêt, des paysages de lotus rouges à l'héritage inattendu de la présence américaine.
Particularités d'Udon Thani
- 🏺 Deux sites inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO
- Ban Chiang
- Phu Phrabat
- 🌺 Le Talay Bua Daeng, la célèbre « mer de lotus rouges »
- 🧘 Une terre importante du bouddhisme de la forêt
- ✈️ Une ancienne base aérienne américaine, qui a profondément marqué le développement moderne de la ville
- 🇱🇦 Une province tournée vers le Laos, notamment grâce à sa proximité avec Nong Khai et Vientiane
- 🏙️ L'une des grandes métropoles de l'Isan, avec une importante activité commerciale et universitaire
Une province qui ne se résume pas à sa ville
Lorsque l'on prononce le nom d'Udon Thani, on pense d'abord à une grande ville de l'Isan, dynamique, commerçante et largement ouverte sur l'extérieur. Et pourtant, derrière cette apparente modernité se cache une province dont l'histoire remonte à plusieurs milliers d'années.

Située au nord-est de la Thaïlande, Udon Thani occupe une position particulière dans l'Isan. Son territoire est fait de rizières, de forêts, de collines et de zones agricoles, avec notamment les reliefs de la chaîne de Phu Phan. La province constitue également un important carrefour entre plusieurs régions de l'Isan et le Laos voisin. Mais Udon Thani possède surtout une particularité assez exceptionnelle : son histoire permet de parcourir plusieurs millénaires en quelques dizaines de kilomètres.
1• Ban Chiang : lorsque l'histoire remonte à 1 500 ans avant notre ère

S'il est un endroit qui mérite à lui seul le voyage à Udon Thani, c'est bien Ban Chiang.
Et ici, il faut abandonner quelques-unes de nos habitudes de pensée.
Lorsque nous regardons aujourd'hui les villages de l'Isan, nous avons parfois l'impression d'être dans un monde essentiellement rural et relativement récent.
Pourtant, sous cette terre se trouve une histoire beaucoup plus ancienne.
Le site archéologique de Ban Chiang est considéré par l'UNESCO comme l'un des témoignages préhistoriques les plus importants d'Asie du Sud-Est. Les recherches y ont mis en évidence une occupation agricole ancienne, la culture du riz, l'élevage, la fabrication de céramiques ainsi que l'utilisation des métaux.
Les premières traces datées scientifiquement remontent aux environs de 1 500 avant notre ère.
Imaginez...
À une époque où l'Europe était encore très loin de ce que nous appelons aujourd'hui les civilisations historiques, des hommes vivaient déjà ici, cultivaient la terre, fabriquaient leurs poteries et travaillaient le métal.
Ban Chiang fut inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1992.
Les célèbres poteries décorées de motifs rouges sont devenues l'un des symboles de cette civilisation ancienne.
C'est probablement l'un des meilleurs exemples pour comprendre que l'Isan n'est pas une région située à la périphérie de l'histoire thaïlandaise.
Bien au contraire.
Son histoire plonge ses racines dans une époque où les frontières actuelles de la Thaïlande, du Laos ou du Cambodge n'avaient évidemment aucun sens.
2• Phu Phrabat : quand la nature devient un sanctuaire

Et voici une autre particularité d'Udon Thani que l'on ne peut plus passer sous silence.
Depuis 2024, la province possède un deuxième site inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO : le parc historique de Phu Phrabat.
Ici, la nature et l'histoire semblent avoir travaillé ensemble.
L'érosion a sculpté au fil du temps d'impressionnantes formations rocheuses. Mais les hommes ont ensuite utilisé ces abris naturels et ces rochers pour créer des espaces à caractère religieux.
On y retrouve notamment les célèbres pierres Sema, caractéristiques de la tradition religieuse de la période de Dvaravati.
Le site raconte donc une histoire différente de celle de Ban Chiang.
À Ban Chiang, nous découvrons les premiers agriculteurs et métallurgistes.
À Phu Phrabat, nous découvrons des hommes qui ont transformé un paysage naturel en lieu de spiritualité.
Deux sites, deux époques, mais une même province.
3• Udon Thani, une terre de spiritualité

Si Udon Thani possède une histoire qui remonte à plusieurs milliers d'années, elle est aussi profondément marquée par une autre histoire, beaucoup plus intime : celle du bouddhisme et de la spiritualité.
Ici, les temples ne sont pas simplement des monuments que l'on visite. Ils font partie du paysage et, surtout, de la vie quotidienne.
Dans les villages, le wat reste un lieu où l'on vient prier, faire des offrandes, participer aux cérémonies, mais aussi se retrouver. Les fêtes religieuses rythment encore largement la vie des communautés.
Mais Udon Thani occupe également une place particulière dans l'histoire du bouddhisme de la forêt, une tradition qui recherche une pratique plus austère et une vie tournée vers la méditation.
La forêt comme lieu de méditation
Pour comprendre cette tradition, il faut s'éloigner de l'image du grand temple urbain aux couleurs éclatantes.
Le bouddhisme de la forêt (Dhammayut / Kammatthana) s'est développé autour de moines recherchant une pratique plus dépouillée, dans laquelle la forêt devient un véritable lieu de retraite et de méditation.
Udon Thani est intimement liée à cette tradition, notamment à travers la figure de Luang Pu Mun Bhuridatta, l'un des maîtres les plus importants du bouddhisme thaïlandais contemporain.
Né dans la province d'Ubon Ratchathani en 1870, il passa une grande partie de sa vie à voyager et à pratiquer la méditation dans les forêts du nord-est de la Thaïlande. Son enseignement allait profondément influencer ce que l'on appelle aujourd'hui la tradition de la forêt thaïlandaise.
Sa présence est particulièrement associée à plusieurs régions de l'Isan, dont Udon Thani.
C'est une spiritualité assez différente de celle que l'on peut parfois imaginer lorsque l'on pense aux grands temples touristiques de Thaïlande.
Ici, le silence, la solitude et la simplicité occupent une place essentielle.
4• Wat Pa Phu Kon, un temple au milieu de la forêt
Parmi les temples les plus spectaculaires de la province, Wat Pa Phu Kon mérite une place particulière.

Situé dans un environnement forestier et montagneux, le temple semble presque posé au milieu de la nature.
Son grand bâtiment bleu et blanc contraste avec la végétation environnante et offre un panorama remarquable sur les collines.
Mais ce qui frappe surtout le visiteur se trouve à l'intérieur.
Le temple abrite un immense Bouddha couché en marbre blanc, réalisé à partir de plusieurs dizaines de blocs de marbre provenant d'Italie.
La statue mesure environ vingt mètres de long.
On pourrait s'attendre à trouver ici un temple ancien, chargé de plusieurs siècles d'histoire. Pourtant, l'ensemble est relativement récent.
Et c'est justement ce qui rend Wat Pa Phu Kon intéressant.
Il montre que la spiritualité en Thaïlande n'appartient pas uniquement au passé. Elle continue de produire aujourd'hui de nouveaux lieux de dévotion, parfois monumentaux, mais toujours intimement liés à la nature.
5• Wat Phothisomphon : la spiritualité au cœur de la ville
Si Wat Pa Phu Kon représente le bouddhisme dans la forêt, Wat Phothisomphon nous ramène au cœur même d'Udon Thani.

Situé dans la ville, ce temple est l'un des principaux centres religieux d'Udon Thani.
Son grand chedi domine le site et constitue un repère facilement reconnaissable dans la ville.
Mais comme souvent en Thaïlande, il ne faut pas s'arrêter à l'architecture.
Un temple est aussi un lieu de transmission. Les enfants y apprennent les traditions, les familles viennent lors des grandes fêtes bouddhiques et les moines jouent encore un rôle important dans la communauté.
Le temple est à la fois un lieu religieux, culturel et social.
Une spiritualité encore très présente
Ce qui frappe lorsqu'on vit ou que l'on séjourne quelque temps dans l'Isan, c'est la coexistence de plusieurs formes de croyances.
Le bouddhisme theravāda constitue évidemment le socle religieux principal, mais il cohabite avec des croyances plus anciennes liées aux esprits, aux ancêtres et à la nature.
Dans de nombreux villages, on retrouve ainsi les petits san phra phum, ces maisons des esprits installées devant les habitations ou les bâtiments.
On dépose quelques fleurs, de la nourriture ou des boissons en guise d'offrandes.
Pour un regard occidental, cela peut sembler contradictoire.
Mais pour beaucoup de Thaïlandais, il n'y a aucune contradiction entre le bouddhisme et ces traditions populaires.
C'est simplement une autre manière de vivre sa relation avec le monde invisible.
Et peut-être est-ce là l'une des particularités les plus attachantes de l'Isan : une spiritualité qui n'est pas enfermée dans les murs des temples, mais qui accompagne encore la vie quotidienne.
Une province où l'on peut passer de la préhistoire à la spiritualité en quelques kilomètres
Udon Thani nous offre finalement un étonnant raccourci dans le temps.
À Ban Chiang, nous étions plongés plusieurs milliers d'années dans le passé.
À Phu Phrabat, nous découvrions les traces laissées par des civilisations anciennes dans un paysage façonné par la nature.
Et dans les temples d'Udon Thani, nous découvrons une spiritualité qui, elle, est toujours bien vivante.
C'est peut-être cela qui fait le charme particulier de cette province : ici, le passé n'est jamais vraiment passé.
Il continue de vivre dans les paysages, dans les traditions et dans les gestes du quotidien.
Mais Udon Thani possède un autre visage, beaucoup plus spectaculaire et saisonnier.
Lorsque les pluies ont rempli les marais et que la saison fraîche arrive, des milliers de fleurs viennent alors transformer un immense lac en un véritable tapis de couleur.
Nous allons maintenant partir à la découverte de Nong Han et de la célèbre « mer de lotus rouges », l'un des paysages les plus étonnants de l'Isan.
6• Nong Han, la mer de lotus rouges

Il existe, au sud-est d'Udon Thani, un spectacle que la nature ne propose que quelques semaines par an.
Lorsque la saison fraîche arrive, les eaux du lac Nong Han se couvrent progressivement de milliers de fleurs roses. À perte de vue, la surface de l'eau semble alors disparaître sous un immense tapis végétal.
C'est le Talay Bua Daeng, littéralement la « mer de lotus rouges ».
Mais le nom est quelque peu trompeur.
Les fleurs qui recouvrent le lac ne sont pas, à proprement parler, des lotus. Il s'agit principalement de nymphéas tropicaux, dont les fleurs roses s'ouvrent au lever du soleil avant de se refermer progressivement dans la journée.
Qu'importe finalement le nom botanique : le spectacle est saisissant.
Un lac qui se transforme avec les saisons
Le lac de Nong Han, situé dans le district de Kumphawapi, est une vaste zone humide qui joue un rôle important dans l'écosystème local.
Pendant une grande partie de l'année, le paysage reste celui d'un immense plan d'eau ponctué de végétation aquatique.
Mais entre décembre et février, lorsque les conditions sont favorables, le paysage change complètement.
Des milliers et des milliers de fleurs apparaissent alors à la surface de l'eau.
C'est tôt le matin que le spectacle est le plus beau.
À l'aube, les fleurs commencent à s'ouvrir tandis qu'une légère brume peut encore recouvrir le lac. Les barques glissent silencieusement entre les nappes de végétation et le soleil levant donne à l'ensemble une lumière presque irréelle.
Vers la fin de la matinée, les fleurs commencent progressivement à se refermer.
Ici, il faut donc se lever tôt pour assister au spectacle.
Une mer de fleurs au milieu de l'Isan
Ce qui rend Nong Han particulièrement étonnant, c'est le contraste.
Nous sommes au cœur de l'Isan, dans une région que l'on associe volontiers aux rizières, aux buffles et aux grandes plaines agricoles.
Et soudain apparaît cette immense étendue d'eau recouverte de fleurs.
Le paysage semble presque appartenir à un tableau.
Les petites embarcations transportent les visiteurs entre les zones fleuries. Mais Nong Han reste avant tout un milieu naturel vivant.
On y croise de nombreux oiseaux, des pêcheurs et toute une population qui vit depuis longtemps en relation avec le lac.
Pour les habitants des villages voisins, Nong Han n'est pas seulement une curiosité touristique.
C'est aussi une source de nourriture, un espace de pêche et un élément essentiel de leur environnement quotidien.
Un spectacle fragile
La beauté du Talay Bua Daeng dépend directement de l'équilibre naturel du lac.
Le niveau de l'eau, les saisons, la qualité de l'environnement et la végétation aquatique influencent chaque année l'apparition des fleurs.
Il n'existe donc jamais deux saisons absolument identiques.
Certaines années, la floraison est particulièrement spectaculaire.
D'autres années, elle est plus discrète. C'est aussi ce qui fait le charme de cet endroit.
La « mer de lotus rouges » n'est pas un décor permanent installé pour les visiteurs.
Elle apparaît lorsque la nature décide de l'offrir.
Le moment où l'Isan devient rose
Il y a quelque chose de presque symbolique dans ce paysage.
L'Isan est souvent décrit à travers son caractère rural, ses terres parfois sèches et ses immenses étendues agricoles.
Mais chaque année, pendant quelques semaines, Nong Han vient rappeler que cette région réserve encore bien des surprises.
Au lever du soleil, lorsque les premières barques traversent lentement les fleurs, il est facile de comprendre pourquoi cet endroit est devenu l'une des images les plus célèbres d'Udon Thani.
Ce n'est pas seulement un lieu que l'on visite.
C'est un spectacle qui se mérite, car il faut arriver tôt, accepter le rythme de la nature et surtout comprendre que cette beauté est éphémère.
Quelques heures plus tard, les fleurs se referment.
Le lac retrouve alors progressivement son visage habituel.
Et il faudra attendre une nouvelle saison fraîche pour voir réapparaître cette étonnante mer rose au cœur de l'Isan.
Après la nature, l'histoire contemporaine
Mais Udon Thani ne se raconte pas uniquement à travers ses paysages anciens, ses temples ou ses sites préhistoriques.
Au XXᵉ siècle, la province allait connaître une période qui allait profondément transformer son destin.
Pendant plusieurs années, Udon Thani devint l'un des points stratégiques de la présence américaine en Asie du Sud-Est.
C'est cette page, beaucoup plus récente et parfois méconnue, que nous allons maintenant découvrir : l'histoire américaine d'Udon Thani.
7• L'histoire américaine d'Udon Thani

Pour comprendre l'Udon Thani moderne, il faut remonter aux années 1960.
À cette époque, la guerre froide divise le monde et l'Asie du Sud-Est devient l'un des principaux terrains d'affrontement indirect entre les grandes puissances.
Le Vietnam est en guerre.
Le Laos voisin connaît lui aussi une guerre civile particulièrement complexe.
Et la Thaïlande, alliée des États-Unis, se retrouve au cœur d'une région devenue stratégique. C'est dans ce contexte qu'Udon Thani va connaître une transformation spectaculaire.
Une position géographique stratégique
Il suffit de regarder une carte pour comprendre l'intérêt d'Udon Thani.
La ville est située dans le nord-est de la Thaïlande, relativement près du Laos et de sa capitale Vientiane.
Au début des années 1960, les Américains commencent à utiliser l'aérodrome d'Udon comme point d'appui pour leurs opérations dans la région. Dès 1961, des forces américaines et du matériel transitent par Udorn dans le contexte des opérations liées au conflit au Laos.
L'aérodrome va progressivement devenir une installation militaire majeure.
Officiellement, il reste une base de l'armée de l'air royale thaïlandaise.
Mais pendant plusieurs années, les forces américaines y occupent une place considérable.
Udorn, une base au cœur de la guerre d'Indochine
Pendant la guerre du Vietnam, l'aéroport militaire d'Udon Thani, alors connu sous le nom d'Udorn Royal Thai Air Force Base, devient l'une des principales plateformes aériennes américaines en Thaïlande.
Des avions de reconnaissance, des chasseurs et de nombreux appareils de soutien y sont basés.
Mais les opérations ne concernent pas uniquement le Vietnam.
La proximité immédiate du Laos donne à Udon Thani une importance toute particulière.
À cette époque, une grande partie des opérations américaines en Indochine est menée depuis des bases situées en Thaïlande.
Les documents diplomatiques américains montrent que plusieurs grandes bases thaïlandaises, dont Udorn, participaient directement au dispositif aérien américain dans la région.
Udon Thani devient ainsi, pendant quelques années, l'un des points névralgiques de la présence américaine en Asie du Sud-Est.
Ramasun : « la cage de l'éléphant »
Mais l'histoire américaine d'Udon Thani ne se limite pas à son aérodrome. À proximité de la ville se trouvait une autre installation beaucoup plus mystérieuse : Ramasun Station.

Construite au milieu des années 1960, cette immense station américaine était spécialisée dans l'écoute et le renseignement électronique. Son installation la plus spectaculaire était une gigantesque antenne circulaire composée de dizaines de pylônes. Vue du ciel, elle ressemblait à une immense cage. Les Américains lui avaient donné un surnom resté célèbre : « Elephant Cage » — la cage de l'éléphant. À son apogée, le site accueillait des milliers de personnels américains et thaïlandais et possédait ses propres infrastructures : logements, installations sportives, cinéma et services divers. Les autorités locales décrivent aujourd'hui ce lieu comme l'une des plus importantes stations d'écoute américaines de la région durant la guerre froide. Il est difficile d'imaginer aujourd'hui qu'à quelques kilomètres seulement de la tranquille ville d'Udon Thani se trouvait alors l'un des centres technologiques les plus sophistiqués d'Asie du Sud-Est.
Une ville transformée par les Américains
La présence militaire américaine allait profondément modifier le visage d'Udon Thani. Des milliers de militaires et de personnels civils arrivent dans une ville qui, quelques années auparavant, restait encore largement provinciale. Il faut loger les hommes. Les nourrir. Les transporter. Les distraire. Autour des installations militaires se développent alors de nombreux commerces, hôtels, restaurants, bars et services. Les infrastructures routières sont améliorées et l'économie locale connaît une période de développement rapide. Pour beaucoup d'habitants, cette période représente un bouleversement considérable. En quelques années, Udon Thani passe du statut de ville régionale relativement tranquille à celui d'une ville ouverte sur le monde. L'influence américaine se retrouve encore aujourd'hui, parfois discrètement, dans le caractère cosmopolite de la ville.
Une présence qui laisse des traces
La guerre du Vietnam prend fin en 1975. Progressivement, les forces américaines quittent la Thaïlande. En 1976, les dernières installations américaines sont remises aux autorités thaïlandaises. Les avions ont disparu. Les militaires sont repartis. Mais l'histoire, elle, est restée. Ramasun est aujourd'hui devenu un lieu de mémoire et un musée rappelle cette étonnante période où Udon Thani se trouvait au cœur des grands enjeux géopolitiques de la guerre froide.
D'une petite ville de province à une métropole régionale
Il serait évidemment exagéré de dire que les Américains ont « créé » Udon Thani. La ville possédait déjà son histoire, son activité commerciale et son rôle régional. Mais leur présence a incontestablement accéléré son développement. Routes, aéroport, activités commerciales, infrastructures et ouverture internationale ont contribué à transformer profondément la ville. Et lorsque les Américains sont partis, Udon Thani avait changé. La ville avait appris à vivre avec le monde extérieur. Aujourd'hui encore, en parcourant ses rues, il est parfois difficile d'imaginer que cette paisible cité de l'Isan fut autrefois l'un des centres stratégiques d'un conflit qui allait bouleverser toute l'Asie du Sud-Est. Udon Thani possède ainsi une histoire étonnante : sous ses apparences de grande ville provinciale se cache le souvenir d'une époque où le destin du monde se jouait, en partie, à quelques kilomètres de ses rizières.
Après les avions et la guerre, retour à la vie quotidienne
Mais une province ne se résume ni à ses monuments ni aux grands événements de son histoire. Pour comprendre véritablement Udon Thani, il faut maintenant revenir à la vie de tous les jours : ses marchés, ses rues animées, ses influences venues du Laos et de Chine, et bien sûr sa gastronomie. Nous allons maintenant découvrir une autre facette de la province : Udon Thani, entre traditions, modernité et saveurs de l'Isan.
7• Udon Thani, entre traditions, modernité et saveurs de l'Isan

Après avoir parcouru plusieurs milliers d'années d'histoire, quitté les temples pour les rives de Nong Han et croisé le souvenir des avions américains, il est temps de revenir à l'Udon Thani d'aujourd'hui.
Car c'est sans doute là que réside l'une des grandes particularités de cette province.
Udon Thani est une ville profondément isanienne, mais elle n'a jamais été complètement isolée du monde extérieur.
Sa position géographique, son histoire commerciale, la présence chinoise, la proximité du Laos et, plus récemment, l'influence américaine ont façonné une ville au caractère particulier.
Une ville où la modernité avance rapidement, sans pour autant effacer les traditions.
Une grande ville qui garde son âme isanienne
En arrivant à Udon Thani, le visiteur découvre une ville moderne.
Centres commerciaux, hôtels, grandes avenues, universités et immeubles récents témoignent de son développement rapide.
La ville est devenue l'un des principaux centres économiques du nord-est de la Thaïlande.
On vient à Udon pour travailler, étudier, consulter un médecin spécialisé, faire des achats ou prendre l'avion.
Mais il suffit parfois de quitter une grande avenue pour retrouver un autre visage.
Celui des petits marchés.
Des échoppes installées au bord de la route.
Des vendeurs ambulants qui préparent leur repas dès les premières heures du matin.
Des petits cafés où les habitués viennent discuter.
C'est peut-être cela qui rend Udon Thani attachante.
La modernité est bien présente, mais elle n'a pas encore totalement avalé la ville.
Les marchés, le véritable cœur de la vie quotidienne
Comme partout en Isan, le marché occupe une place essentielle dans la vie quotidienne.
On y vient bien sûr pour acheter des légumes, du poisson, de la viande ou des épices.
Mais on y vient aussi pour manger.
Discuter.
Prendre des nouvelles.
Observer simplement la vie qui passe.
Le marché est probablement l'un des meilleurs endroits pour comprendre une ville thaïlandaise.
À Udon Thani, les étals offrent un mélange de produits typiquement isan, de spécialités venues du Laos et d'influences chinoises.
Ici, les odeurs jouent un rôle aussi important que les couleurs.
Poissons grillés.
Poulet rôti.
Soupes parfumées.
Herbes fraîches.
Piments.
Riz gluant.
Et parfois, pour le visiteur occidental, quelques spécialités dont l'apparence demande un peu plus de courage avant la première dégustation !
Car en Isan, la gastronomie ne cherche pas toujours à rassurer le voyageur.
Elle possède son caractère.
Les saveurs d'Udon Thani
La cuisine d'Udon Thani appartient naturellement à la grande famille de la gastronomie isan.
Une cuisine souvent simple dans ses ingrédients, mais particulièrement riche en goûts.
Ici, on aime les saveurs franches.
Le piment.
Le citron vert.
Le poisson fermenté.
Les herbes fraîches.
Le tout accompagné, très souvent, de riz gluant.
Le som tam, bien plus qu'une salade
Impossible de parler de l'Isan sans évoquer le som tam.
Cette salade de papaye verte est probablement devenue l'un des plats thaïlandais les plus connus à l'étranger.
Mais entre un som tam dégusté dans un restaurant occidental et celui préparé dans un petit village de l'Isan, il peut parfois y avoir un monde !
Dans sa version traditionnelle, le mortier devient le centre de la préparation.
On y écrase l'ail, le piment, les haricots, la papaye verte, le citron vert et parfois le pla ra, ce poisson fermenté dont l'odeur peut surprendre les non-initiés.
Le résultat est explosif.
Acide.
Salé.
Épicé.
Et parfois franchement redoutable pour un palais européen peu habitué au piment.
Mais accompagné d'un peu de riz gluant et d'un poulet grillé, le som tam devient l'un des symboles les plus simples et les plus authentiques de la cuisine isan.
Le khao piak sen, l'influence venue du Laos
Udon Thani est également une ville où l'influence laotienne est particulièrement présente.
Cela se retrouve naturellement dans la cuisine.
Le khao piak sen en est probablement l'un des meilleurs exemples.
Cette soupe généreuse est préparée avec de grosses nouilles de riz, dans un bouillon longuement mijoté, souvent accompagné de poulet ou de porc.
C'est un plat simple, populaire et particulièrement apprécié au petit-déjeuner.
Pour beaucoup d'Occidentaux, l'idée de manger une soupe dès le matin peut sembler étrange.
En Thaïlande, elle fait pourtant partie du quotidien.
Assis sur un petit tabouret, au bord d'une rue encore calme, un bol fumant entre les mains, on découvre une autre manière de commencer la journée.
Et finalement, après quelques années passées en Thaïlande, cela paraît tout à fait normal.
Le poulet grillé et le riz gluant : les inséparables
Dans toute la région, le kai yang, le poulet grillé, est une véritable institution.
Mariné dans un mélange d'ail, de coriandre, de sauces et d'épices, il est lentement grillé sur le charbon.
Son parfum accompagne les marchés et les bords de route.
Il est presque toujours servi avec du khao niao, le fameux riz gluant.
Ce riz se mange traditionnellement avec les doigts.
On en prend une petite boule entre les doigts avant de l'utiliser pour accompagner le reste du repas.
Pour le nouvel arrivant, il faut parfois un peu de temps pour abandonner définitivement la fourchette.
Mais l'apprentissage fait aussi partie du voyage.
Une ville ouverte sur plusieurs influences
La cuisine raconte souvent mieux l'histoire d'une région que les livres.
Et celle d'Udon Thani est particulièrement révélatrice.
On y retrouve évidemment l'identité isan. Mais également l'influence du Laos voisin.
La présence ancienne des communautés chinoises.
Et, plus discrètement, une certaine ouverture internationale héritée de l'histoire récente de la ville.
Dans les rues d'Udon, il est ainsi possible de passer d'un petit restaurant familial servant du som tam et du poulet grillé à une cuisine chinoise, vietnamienne, japonaise ou occidentale.
Cette diversité aurait été difficilement imaginable il y a seulement quelques décennies.
Entre deux mondes
C'est peut-être ainsi que l'on pourrait définir Udon Thani.
Une ville entre plusieurs mondes.
Entre l'Isan rural et la ville moderne. Entre la Thaïlande et le Laos.
Entre les traditions ancestrales et les centres commerciaux.
Entre les temples silencieux et les rues animées.
Entre le souvenir de la guerre froide et une jeunesse tournée vers l'avenir.
Udon Thani a réussi à se développer sans complètement perdre son identité.
Et c'est probablement ce qui explique son charme.
La province ne possède peut-être pas les plages du Sud, ni les montagnes spectaculaires du Nord.
Elle ne cherche pas non plus à rivaliser avec Bangkok.
Mais elle possède autre chose.
Une authenticité.
Une histoire étonnamment riche.
Et surtout cette capacité à surprendre celui qui prend le temps de quitter les grands axes pour aller à sa rencontre.
Udon Thani, bien plus qu'une étape
Pour beaucoup de voyageurs, Udon Thani n'est parfois qu'une étape.
Un aéroport.
Une gare.
Une ville où l'on passe une nuit avant de poursuivre vers Nong Khai ou le Laos.
Pourtant, prendre le temps de découvrir la province permet de changer complètement de regard.
Car derrière la ville moderne se cache Ban Chiang et plusieurs milliers d'années d'histoire.
Plus loin, Phu Phrabat rappelle que l'homme a très tôt trouvé ici un territoire propice à ses croyances.
Les temples témoignent d'une spiritualité toujours vivante.
Nong Han se transforme chaque année en une mer de fleurs.
Et les traces de la présence américaine rappellent qu'Udon Thani fut, pendant quelques années, au cœur des grands bouleversements du XXᵉ siècle.
Peu de provinces de l'Isan offrent un voyage aussi complet à travers le temps.
Conclusion : Udon Thani, bien plus qu'une étape
Udon Thani est souvent considérée comme une simple ville de passage vers le Laos.
Pourtant, derrière son visage moderne se cache une province à l'histoire exceptionnelle.
De la préhistoire de Ban Chiang aux mystérieuses roches de Phu Phrabat, des temples de la forêt à la mer de lotus rouges, sans oublier l'étonnante parenthèse américaine, Udon Thani offre un véritable voyage à travers le temps.
Une province moderne et dynamique, mais profondément attachée à ses racines isaniennes.
Et c'est sans doute cela qui fait tout son charme.
10 Août 2026
Khon Kaen : au cœur de l'Isan
Semaine 2/20 – Les ressources des provinces de l'Isan

📊 Khon Kaen en quelques chiffres
Province: Khon Kaen
Région: Isan – Nord-Est de la Thaïlande
Superficie ≈ 10 886 km²
Population provinciale ≈ 1,8 million
Ville principale: Khon Kaen
Population de la ville ≈ 103 000*
Agglomération élargie ≈ 400 000+
Point fort économique:
- Commerce,
- Services,
- Université, plus de 44000 étudiants
- Santé,
- RAM Hôpital
- BANGKOK Hôpital
- Ratchapruek Hôpital
- Srinagarind Hôpital Universitaire dont SMC et Queen Sirikit (centre cardiologique)
- Khonkaen Hôpital
Spécialité artisanale Soie Mudmee
Particularité D'importants sites de dinosaures
* Attention : ce chiffre de 103 000 correspond à la population de la ville selon la définition administrative utilisée par l'UNESCO, et non à l'ensemble de l'aire urbaine.

Située presque au centre de l'Isan, la province de Khon Kaen est l'une des grandes métropoles du Nord-Est de la Thaïlande.
Avec une superficie d'environ 10 886 km² et près de 1,8 million d'habitants, elle occupe une position stratégique entre Bangkok, les autres grandes villes de l'Isan et le Laos. Sa capitale, Khon Kaen, est devenue au fil des décennies un important centre économique, universitaire, médical et commercial.
La ville accueille notamment Khon Kaen University, l'une des principales universités de Thaïlande et un important centre de recherche et de technologie. Mais Khon Kaen ne se résume pas à sa ville.
La province offre un étonnant mélange de traditions isan, patrimoine religieux, artisanat, nature et paléontologie.
🏙️ Khon Kaen, une métropole en pleine évolution

La ville de Khon Kaen est aujourd'hui l'un des principaux pôles urbains de l'Isan. Elle bénéficie d'une situation géographique privilégiée et constitue un important carrefour routier et ferroviaire.
Son développement est notamment lié à son université, à ses établissements hospitaliers, à ses commerces et à son activité économique.
La ville possède également une importante communauté étrangère et accueille plusieurs représentations diplomatiques, notamment celles du Laos et du Vietnam. La Tourism Authority of Thailand la décrit comme un centre commercial et politique du Nord-Est.
Un symbole de la ville : le Wat Nong Wang
Difficile de parler de Khon Kaen sans évoquer le Wat Nong Wang et son Phra Mahathat Kaen Nakhon, le célèbre stupa à neuf étages. Situé au bord du lac Bueng Kaen Nakhon, cet édifice est devenu l'un des symboles de la ville.
Ses différents niveaux présentent des éléments liés à l'histoire et à la culture bouddhique de l'Isan. Depuis le dernier étage, on bénéficie également d'une belle vue sur Khon Kaen.


🦕 Khon Kaen, la terre des dinosaures
C'est probablement l'une des caractéristiques les plus étonnantes de la province. Dans les collines de Phu Wiang, des chercheurs ont découvert de nombreux fossiles de dinosaures.
Parmi eux figure notamment le Phuwiangosaurus sirindhornae, un grand dinosaure herbivore dont les fossiles ont été découverts dans la province.

Le Phu Wiang Fossil Research Centre and Dinosaur Museum présente l'histoire géologique de la région ainsi que les découvertes paléontologiques réalisées dans les environs.
Pour une association comme la nôtre, c'est d'ailleurs une excellente occasion de rappeler que l'Isan possède un patrimoine géologique exceptionnel, bien différent de l'image traditionnelle que l'on peut avoir de la Thaïlande.
🧵 Le royaume de la soie Mudmee

Khon Kaen est également célèbre pour son artisanat de la soie, et plus particulièrement pour la soie Mudmee.
La ville de Chonnabot, dans le sud de la province, est particulièrement réputée pour cette technique traditionnelle de teinture et de tissage. Les motifs sont obtenus grâce à une méthode de teinture par ligatures avant le tissage.
Ce savoir-faire constitue l'une des grandes richesses culturelles de la province et reste aujourd'hui une activité importante pour de nombreuses communautés locales.
🌿 Entre montagnes, forêts et grands espaces
La province ne se limite pas à son urbanisation.
À l'ouest et au nord-ouest de Khon Kaen commencent les paysages plus accidentés du plateau de Korat, avec ses montagnes, ses forêts et ses parcs nationaux.
Le barrage d'Ubolratana, construit sur la rivière Nam Phong, constitue l'un des grands ouvrages hydrauliques de la région. Il joue un rôle dans la production d'électricité, l'agriculture, la pêche et la prévention des inondations, tout en étant devenu un lieu de loisirs.

Le secteur de Phu Wiang permet également de découvrir une autre facette de la province, avec ses paysages montagneux et ses sites paléontologiques
Chom Tawan Cliff
👉Une jolie balade à faire très tôt le matin (5h30 pour assister au levé du soleil)
🛕 Une province riche en histoire et en spiritualité
Parmi les monuments importants figure également le Phra That Kham Kaen, situé au Wat Chetiyaphum.
Ce stupa est considéré comme un lieu sacré majeur de Khon Kaen. Il fait partie des monuments religieux auxquels les habitants de la province sont particulièrement attachés.
La province possède ainsi de nombreux temples, sanctuaires et sites historiques qui témoignent de l'ancienneté de l'occupation humaine de cette partie de l'Isan.
Comme partout dans le Nord-Est, la cuisine occupe une place importante dans la vie quotidienne. On retrouve bien sûr les grands classiques de la cuisine isan :
- Som Tam, salade de papaye verte,
- Larb, préparation épicée à base de viande ou de poisson,
- Kai Yang, poulet grillé,
- Khao Niao, le traditionnel riz gluant.
Mais la cuisine de Khon Kaen est aussi influencée par les échanges commerciaux et culturels qui ont toujours marqué la région. Les marchés, restaurants et marchés de nuit constituent d'ailleurs une excellente façon de découvrir la vie locale.
📍 Khon Kaen, une bonne porte d'entrée pour découvrir l'Isan
Khon Kaen représente finalement assez bien l'évolution de l'Isan contemporain : une région profondément attachée à ses traditions mais résolument tournée vers l'avenir.
Entre son université, ses hôpitaux, ses entreprises, ses centres commerciaux et ses infrastructures modernes, la ville est devenue une véritable métropole régionale. Dans le même temps, quelques dizaines de kilomètres suffisent pour retrouver les villages traditionnels, les temples, les rizières, les marchés locaux, les artisans de la soie et les paysages naturels.
C'est probablement cette coexistence entre tradition et modernité qui fait aujourd'hui tout l'intérêt de Khon Kaen.
28 Juillet 2026
Nakhon Ratchasima, la puissance économique de l'Isan
Semaine 1/20 – Les ressources des provinces de l'Isan

Fiche d'identité
Superficie: 20 494 km²
Population: environ 2,6 millions d'habitants
Capitale: Nakhon Ratchasima (Khorat)
Distance de Bangkok: 259 km
PIB provincial: 250 à 275 milliards de bahts
Particularité: Plus vaste province de Thaïlande
La porte d'entrée de l'Isan
Surnommée Khorat, Nakhon Ratchasima constitue depuis des siècles la porte d'entrée naturelle vers le Nord-Est thaïlandais. Carrefour routier et ferroviaire majeur, elle concentre aujourd'hui une population de près de 2,6 millions d'habitants, ce qui en fait l'une des provinces les plus importantes du royaume.
Son économie est la plus puissante de tout l'Isan grâce à une remarquable diversification entre agriculture, industrie, logistique et tourisme.
Une agriculture toujours dominante
Malgré une industrialisation croissante, l'agriculture demeure le premier moteur économique de la province. Les grandes plaines produisent essentiellement :
- le riz, aliment de base de la région ;
- la canne à sucre, destinée aux nombreuses sucreries locales ;
- le manioc, transformé en tapioca et en amidon pour les marchés thaïlandais et internationaux.
L'élevage bovin est également très développé dans les secteurs les plus secs de la province.
La potasse, une nouvelle richesse
Depuis quelques années, Nakhon Ratchasima exploite d'importants gisements de potasse dans le district de Dan Khun Thot. Cette ressource stratégique permet de produire les engrais nécessaires à l'agriculture thaïlandaise et réduit la dépendance du pays vis-à-vis des importations. Cependant, le projet fait l'objet de débats. Plusieurs communautés locales dénoncent une salinisation progressive des sols et des nappes phréatiques à proximité des zones d'exploitation.
Une industrie en plein essor
Grâce à sa situation géographique privilégiée entre Bangkok et le Nord-Est, la province accueille de nombreuses entreprises :
- industrie agroalimentaire ;
- matériaux de construction ;
- textile ;
- logistique ;
- transformation agricole.
Cette diversification explique pourquoi Nakhon Ratchasima affiche aujourd'hui le PIB le plus élevé de tout l'Isan.
Un patrimoine exceptionnel
Au-delà de son dynamisme économique, Nakhon Ratchasima possède un patrimoine remarquable. Les visiteurs peuvent notamment découvrir :
Le parc historique de Phimai
Il est l'un des plus beaux sites khmers de Thaïlande. Édifié aux XIᵉ et XIIᵉ siècles, il était un important centre de l'Empire khmer, relié à Angkor par une voie royale. Classé parmi les plus prestigieux sites archéologiques du pays, il attire chaque année de nombreux visiteurs.
- Situé à 60 kms au nord-est de Nakhon Ratchasima
- Point GPS: https://maps.app.goo.gl/tZ1akRXZvQxAYXVY6
Le banyan géant de Sai Ngam,
est situé à seulement quelques minutes du parc historique de Phimai, est l'un des plus remarquables de Thaïlande. Âgé de plusieurs siècles, ses racines aériennes ont donné naissance à une véritable forêt couvrant plus d'un hectare. Ce lieu paisible, très apprécié des habitants comme des visiteurs, constitue une étape idéale après la découverte des temples khmers.
- Situé sur le site du temple de Phimai
Le parc national de Khao Yai,
est le plus ancien parc national de Thaïlande, créé en 1962 et inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Réputé pour ses forêts tropicales, ses spectaculaires cascades et sa riche biodiversité, il abrite notamment des éléphants sauvages, des gibbons, des calaos et plus de 300 espèces d'oiseaux. C'est l'une des principales destinations écotouristiques du pays.
- Situé à 120 kms au sud-ouest de Nakhon Ratchasima
- Point GPS: https://maps.app.goo.gl/kGqZ6FNSGhvYVwTt9
Le monument de Thao Suranari (Ya Mo),
rend hommage à l'héroïne la plus célèbre de Nakhon Ratchasima. Selon la tradition, elle joua un rôle déterminant lors de la révolte du roi Anouvong de Vientiane en 1826, en contribuant à la libération des habitants de Khorat. Devenu l'un des monuments les plus vénérés de Thaïlande, il est aujourd'hui un symbole de courage, de fidélité et de fierté pour toute la province.
- Situé à Nakhon Ratchasima
- Point GPS: https://maps.app.goo.gl/RhbVH9iJjV2oKtHfA
Le Wat Ban Rai,
est situé dans le district de Dan Khun Thot, est l'un des temples les plus spectaculaires de Thaïlande. Conçu par le célèbre moine Luang Phor Koon Parisuttho, il se distingue par son immense éléphant en mosaïque colorée, à l'intérieur duquel se déploient plusieurs niveaux richement décorés illustrant les enseignements bouddhistes. Ce monument unique attire chaque année des milliers de pèlerins et de visiteurs.
- Situé à 67 kms au Nord-Ouest de Nakhon Ratchasima
- Point GPS: https://maps.app.goo.gl/Xcpkqf7GyoZMoLAU6
La soie de Pak Thong Chai, un savoir-faire reconnu.
À une trentaine de kilomètres de Nakhon Ratchasima, le district dePak Thong Chai est l'un des hauts lieux de la soie thaïlandaise. Réputé pour ses étoffes Mudmee (Ikat), il perpétue un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération. Les visiteurs peuvent y découvrir les différentes étapes de fabrication, depuis l'élevage des vers à soie jusqu'au tissage sur des métiers traditionnels, et visiter des ateliers où sont confectionnés des tissus et des vêtements de grande qualité.
- La réputation de Pak Thong Chai s'est renforcée grâce à Jim Thompson, qui a contribué à faire rayonner la soie thaïlandaise à l'international.
- Il est célèbre pour le : ผ้าหางกระรอก (Pha Hang Krarok) appelé en français : la soie “Queue d’écureuil” Cette technique consiste à torsader deux fils de couleurs différentes avant le tissage, produisant un effet chatoyant rappelant les poils d’une queue d’écureuil.La réputation de Pak Thong Chai s'est renforcée grâce à Jim Thompson, qui a contribué à faire rayonner la soie thaïlandaise à l'international.
- Les autres centres sont respectivement Ban Taku et Ban Mueang Pak
- Situé à 30-40 mn du centre de Nakhon Ratchasima.
2 petites vidéos pour vous donner envie d'aller visiter ces ateliers de tissage. Ateliers situés en Isan.
Le motif « Ya Mo », symbole textile de Nakhon Ratchasima
Au-delà de son savoir-faire traditionnel, Nakhon Ratchasima possède également son motif officiel de soie, appelé Lai Ya Mo (ลายย่าโม). Créé dans le cadre du programme national de valorisation des textiles identitaires de Thaïlande, ce dessin rend hommage à Thao Suranari (Ya Mo), héroïne emblématique de la province.
Le motif associe plusieurs éléments représentatifs de l'histoire et du patrimoine de Khorat : le monument de Ya Mo, la porte historique de Chumphon, les anciennes fortifications de la ville, des fleurs locales ainsi que des formes géométriques inspirées des tissages traditionnels. L'ensemble compose une véritable signature textile, immédiatement reconnaissable.
Au-delà de son esthétique, cette soie symbolise les valeurs auxquelles les habitants de Nakhon Ratchasima sont profondément attachés : le courage, la fidélité, la protection de la cité, la prospérité et la fierté culturelle. Les dessins officiels sont aujourd'hui conservés sous forme numérique afin d'assurer la préservation et la transmission de ce patrimoine aux générations futures.
Le saviez-vous ?
Avec près de 20 500 km², Nakhon Ratchasima est la plus vaste province de Thaïlande, devant Chiang Mai. Elle constitue également le principal nœud de communication entre Bangkok, le Laos et l'ensemble de l'Isan.
À retenir
Nakhon Ratchasima symbolise parfaitement l'évolution de l'Isan : une agriculture toujours très présente, une industrie en plein développement, une position logistique stratégique et un patrimoine historique exceptionnel qui attire chaque année des millions de visiteurs. Prochain épisode : Khon Kaen, capitale universitaire et technologique du Nord-Est.
Prochain épisode : Khon Kaen, pôle technologique et universitaire de l'Isan.
18 Juillet 2026
L'Isan : le cœur du Nord-Est thaïlandais
Situé au nord-est de la Thaïlande, l'Isan (อีสาน) est la plus vaste région du royaume. Bordée par le Mékong au nord et à l'est, qui marque la frontière naturelle avec le Laos, elle s'étend jusqu'au Cambodge au sud.
Avec ses 20 provinces, l'Isan couvre près d'un tiers du territoire thaïlandais et compte environ 22 millions d'habitants, soit près de 30 % de la population du pays.

Longtemps considérée comme une région essentiellement agricole, l'Isan connaît aujourd'hui une profonde transformation. Les grandes villes comme Khon Kaen, Nakhon Ratchasima (Korat), Udon Thani ou Ubon Ratchathani sont devenues des pôles universitaires, économiques et industriels majeurs. L'arrivée prochaine de la ligne ferroviaire à grande vitesse reliant Bangkok au Laos devrait encore renforcer son développement.
Une région aux multiples facettes
L'Isan est réputé pour la chaleur de son accueil, sa culture fortement influencée par le Laos et son identité propre. On y parle couramment l'isan, une langue proche du lao, tout en utilisant le thaï dans l'administration et l'enseignement. La région possède un patrimoine naturel et historique remarquable :
- les rives du Mékong, de Nong Khai à Ubon Ratchathani ;
- les temples khmers de Phimai, Phanom Rung et Muang Tam ;
- le parc historique de Phu Phra Bat, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO ;
- les montagnes et les vignobles de Loei ;
- les nombreux parcs nationaux, cascades et réserves naturelles ;
- les sites paléontologiques de Kalasin, célèbres pour leurs fossiles de dinosaures.
L'Isan est également une terre de traditions, de festivals et de gastronomie. Parmi les événements les plus connus figurent la spectaculaire Fête des Bougies d'Ubon Ratchathani, le Festival des Éléphants de Surin et le mystérieux phénomène des boules de feu du Naga, observé chaque année sur le Mékong à Nong Khai.

L'Isan en quelques chiffres
- 20 provinces
- Superficie : 168 850 km²
- Population : environ 22 millions d'habitants
- Plus grande province : Nakhon Ratchasima (20 494 km²)
- Province la plus peuplée : Nakhon Ratchasima (environ 2,6 millions d'habitants)
- Principales agglomérations : Nakhon Ratchasima (Korat), Khon Kaen, Udon Thani et Ubon Ratchathani
- Quatre pays frontaliers : Myanmar, Laos, Cambodge et Malaisie
- Fleuve principal : le Mékong
Une région à découvrir
Loin des plages du sud et de l'effervescence de Bangkok, l'Isan offre une Thaïlande authentique où se mêlent traditions, nature, histoire et modernité. Cette région, encore méconnue de nombreux visiteurs, mérite largement d'être explorée pour la richesse de son patrimoine et l'accueil chaleureux de ses habitants. 🟢 Plus grande ville : Nakhon Ratchasima (Korat), Khon Kaen, Udon Thani, Ubon Ratchathani
🟢 Plus grande province : Nakhon Ratchasima
🟢 Plus haut sommet : Phu Kradueng (1 316 m)
🟢 Plus long fleuve : le Mékong (frontière sur près de 900 km)
🟢 Site UNESCO : Parc historique de Phu Phra Bat
🟢 Spécialités culinaires : Som Tam, Larb, Kai Yang, Sai Krok Isan, riz gluant (Khao Niao)
Thierry
12 Juillet 2026
🚄 Khon Kaen prépare son avenir ferroviaire
Du chantier d'aujourd'hui au train de demain
En passant régulièrement le long de la voie ferrée reliant Bangkok à Nong Khai, il est difficile de ne pas remarquer que le paysage évolue peu à peu. Depuis plusieurs mois, bulldozers, pelles mécaniques et camions s'activent pour façonner une large emprise parallèle à la ligne existante. À première vue, il ne s'agit encore que de terrassements, de remblais et de pistes provisoires. Rien ne laisse imaginer qu'ici circuleront, dans quelques années, des trains capables d'atteindre 250 km/h.

Ces travaux marquent pourtant les premières étapes de l'un des projets ferroviaires les plus ambitieux jamais entrepris en Thaïlande. Bien plus qu'une simple nouvelle ligne, il s'agit d'un maillon essentiel d'un vaste corridor destiné à relier Bangkok au Laos, puis à la Chine, et à transformer durablement les échanges au cœur de l'Asie du Sud-Est.
Non loin de là, un autre changement retient également l'attention. Pour permettre l'élargissement de l'emprise ferroviaire, plusieurs cabanes construites au fil des années le long de la voie ont disparu. Ces habitations précaires rappellent que derrière chaque grand chantier d'infrastructure se cachent aussi des réalités humaines, parfois difficiles.
À Khon Kaen, ce chantier n'en est encore qu'à ses débuts. Il annonce pourtant déjà une transformation profonde de la région. Comment ce projet est-il né ? Qui le finance ? Pourquoi construire une nouvelle ligne alors qu'une voie ferrée existe déjà ? Et surtout, quels changements apportera-t-il aux habitants de l'Isan ? C'est ce que nous vous proposons de découvrir dans ce dossier.
Un chantier qui dépasse largement la Thaïlande
En observant les travaux le long de la voie ferrée de Khon Kaen, on pourrait croire qu'il s'agit simplement d'une nouvelle ligne domestique. La réalité est bien plus vaste.
Ce corridor international ne s'arrête pas à la frontière chinoise : à plus long terme, le réseau pourrait être prolongé vers la Malaisie et Singapour, formant ainsi l'un des grands axes de transport de toute la région.
Autrement dit, les terrassements visibles aujourd'hui à Khon Kaen ne concernent pas uniquement les habitants de l'Isan : ils s'inscrivent dans un projet qui dépasse largement les frontières de la Thaïlande.

Le projet en chiffres
Avant d'entrer dans les détails techniques, quelques chiffres permettent de mesurer l'ampleur de ce chantier, appelé à transformer durablement les transports entre la Thaïlande, le Laos et la Chine.
📏 Longueur totale: 610 km entre Bangkok et Nong Khai
💰 Coût estimé: 520 milliards de bahts (environ 14 milliards d'euros)
🚄 Vitesse maximale prévue: 250 km/h
🚉 Grandes gares: Bangkok, Ayutthaya, Nakhon Ratchasima, Bua Yai, Ban Phai, Khon Kaen, Udon Thani, Nong Khai
🌏 Destination finale: Connexion avec Vientiane, puis le réseau ferroviaire chinois jusqu'à Kunming
📅 Début du projet: Accord de coopération signé en 2014
🚧 Travaux actuellement visibles: Terrassements, ouvrages d'art, plateformes ferroviaires et infrastructures
🎯 Mise en service envisagée: Aux alentours de 2031 (si le calendrier est respecté)
Un chantier hors normes Avec un investissement estimé à 520 milliards de bahts, cette ligne figure parmi les plus importants projets d'infrastructure jamais entrepris en Thaïlande.
Au-delà de la construction d'une nouvelle voie ferrée, le chantier comprend des viaducs, des ponts, des systèmes de signalisation de dernière génération, des gares adaptées au train à grande vitesse et l'ensemble des équipements nécessaires à une circulation pouvant atteindre 250 km/h.
Une fois achevée, cette ligne constituera le maillon thaïlandais d'un vaste corridor ferroviaire reliant l'Asie du Sud-Est au sud-ouest de la Chine.
Combien de temps gagnera-t-on ?
L'un des principaux intérêts de la future ligne à grande vitesse résidera dans la réduction spectaculaire des temps de trajet.
À 250 km/h, un train parcourt environ 4 kilomètres par minute. À cette vitesse, un trajet comme Bangkok–Khon Kaen pourrait être réduit à un peu plus d'une heure, contre plus de six heures aujourd'hui sur la ligne classique.

Qui finance le train à grande vitesse Bangkok – Nong Khai ?
Contrairement à l'idée reçue selon laquelle « c'est la Chine qui paie », c'est en réalité la Thaïlande qui finance l'essentiel du projet.
- La Thaïlande prend en charge le financement des infrastructures (environ 520 milliards de bahts, soit ~14 milliards d'euros) : acquisition des terrains, terrassements, ponts, viaducs, gares et voie ferrée.
- La Chine la Chine fournit son expertise, l'assistance technique ( signalisation, systèmes de contrôle, une partie des équipements), ainsi que la formation d'ingénieurs et techniciens thaïlandais.
Point clé : la ligne appartiendra entièrement à la Thaïlande — la Chine intervient comme partenaire technologique, pas comme propriétaire.
Pourquoi ce choix ? En finançant elle-même ses infrastructures, la Thaïlande garde la maîtrise stratégique de son réseau tout en bénéficiant du savoir-faire chinois éprouvé sur le plus grand réseau à grande vitesse au monde.

Pourquoi une nouvelle ligne Bangkok - Nong Khai ?
La ligne ferroviaire actuelle Bangkok–Nong Khai, vieille de plus d'un siècle, utilise une voie métrique (1 000 mm) limitée à 90-120 km/h, avec de nombreux passages à niveau et un trafic mixte (voyageurs et marchandises).
Elle ne peut techniquement pas accueillir des trains à 250 km/h : il faut pour cela une infrastructure entièrement nouvelle, à écartement standard (1 435 mm), avec courbes larges, signalisation moderne et voie totalement séparée du reste du trafic. Ce n'est donc pas une modernisation, mais une construction ex nihilo.
Deux réseaux complémentaires, pas un remplacement

Une logique de long terme
Face à la croissance du trafic voyageurs et marchandises, séparer les deux réseaux permet de gagner en fluidité, ponctualité et sécurité pour l'ensemble du système ferroviaire thaïlandais.
À noter : l'écartement 1 435 mm choisi est celui de la majorité des lignes à grande vitesse dans le monde (Chine, France, Espagne, Italie, Corée du Sud), ce qui facilite la stabilité à haute vitesse et les échanges technologiques internationaux.
Khon Kaen : un futur pôle ferroviaire
Au-delà de la construction de la ligne à grande vitesse, c'est toute l'organisation des transports à Khon Kaen qui est appelée à évoluer.
Grâce à sa situation géographique au cœur de l'Isan, la ville occupe déjà une place stratégique sur l'axe ferroviaire reliant Bangkok à Nong Khai. Avec l'arrivée du train à grande vitesse, ce rôle devrait encore se renforcer.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il ne sera pas nécessaire de construire une nouvelle gare en périphérie de la ville.
La gare ferroviaire actuelle de Khon Kaen, reconstruite il y a quelques années dans le cadre de la modernisation du réseau thaïlandais, a été conçue pour accueillir à terme la nouvelle ligne à grande vitesse.
Située en plein centre-ville, elle deviendra un véritable pôle d'échanges, où cohabiteront les trains classiques de la State Railway of Thailand (SRT) et les futurs trains à grande vitesse.
Cette intégration présente un avantage majeur : les voyageurs pourront continuer à rejoindre facilement la gare depuis le centre-ville, sans avoir à se rendre dans une nouvelle gare éloignée. Les correspondances avec les autres moyens de transport seront également facilitées.
À terme, la gare de Khon Kaen réunira dans un même secteur :
- 🚄 les trains à grande vitesse ;
- 🚆 les trains classiques de la SRT ;
- 🚌 la gare routière et les lignes d'autobus régionales ;
- 🚖 les taxis et les services de transport urbain ;
- ✈️ l'aéroport de Khon Kaen, situé à une dizaine de kilomètres.
Plus qu'une simple gare, Khon Kaen est appelée à devenir l'un des principaux hubs ferroviaires du nord-est de la Thaïlande, renforçant son rôle de capitale économique, universitaire et médicale de l'Isan.

« La gare actuelle, reconstruite dans le cadre de la modernisation du réseau ferroviaire thaïlandais, est appelée à accueillir la future ligne à grande vitesse. »
Le calendrier du projet
La construction d'une ligne ferroviaire à grande vitesse ne se réalise pas en quelques années. Entre les études préliminaires, les accords internationaux, les acquisitions foncières et les travaux de génie civil, chaque étape demande du temps.
Le projet Bangkok – Nong Khai est ainsi le fruit d'une coopération engagée depuis plus d'une décennie entre la Thaïlande et la Chine. Les travaux visibles aujourd'hui à Khon Kaen ne représentent qu'une étape d'un chantier appelé à se poursuivre encore plusieurs années.

Un calendrier qui peut évoluer
Comme tout projet d'infrastructure de cette ampleur, le calendrier reste susceptible d'évoluer. Les contraintes techniques, les procédures administratives, les acquisitions foncières ou encore les conditions économiques peuvent entraîner des ajustements. L'objectif affiché par les autorités thaïlandaises est toutefois de poursuivre les travaux de manière progressive afin d'assurer, à terme, une liaison ferroviaire moderne entre Bangkok, l'Isan, le Laos et la Chine.
Conclusion

Dans quelques années, les premiers trains à grande vitesse traverseront l'Isan. Les terrassements d'aujourd'hui auront laissé place à une infrastructure moderne reliant Bangkok, Khon Kaen, le Laos et la Chine.
Ceux qui auront suivi ce chantier depuis ses débuts auront eu le privilège d'assister à la naissance d'une nouvelle page de l'histoire ferroviaire thaïlandaise.
Thierry
15 Juin 2026
🌾 Le Riz en Thaïlande : Bien plus qu'un aliment, une âme
En Thaïlande, le riz n'est pas simplement ce que l'on met dans son assiette. C'est une civilisation entière.
Pour dire qu'on a faim en thaïlandais, on dit littéralement qu'on veut « manger du riz » (Gin Khaaow → กินข้าว) et cela dit tout. Depuis les rizières dorées de l'Isan jusqu'aux marchés flottants de Bangkok, chaque grain de riz porte en lui des millénaires d'histoire, de spiritualité et de savoir-faire. Plongeons ensemble dans cette aventure extraordinaire.
Des origines vieilles de 5 500 ans

Les premiers indices de la consommation et de la culture du riz dans la région du Siam datent d'environ 5 500 ans.
Les archéologues ont mis à jour des poteries qui servaient à conserver le riz, ainsi que des outils témoignant d'un savoir ancestral de la riziculture.
L'histoire de la riziculture en Thaïlande remonte à plus de 3 500 av. J.-C., et des traces en ont été retrouvées dans des céramiques, sur des sites de fouilles archéologiques tels que Khon Khaen et Ban Chiang au nord-est du pays, ou encore à Mae Hong Son.

Poteries préhistoriques de Ban Chiang (Nord-Est de la Thaïlande).
Ces céramiques, vieilles de plusieurs millénaires, témoignent des premières communautés agricoles de la région. Les archéologues y ont découvert des traces de riziculture ancienne ainsi que des récipients servant probablement au stockage des récoltes. Le site de Ban Chiang, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, est considéré comme l'un des berceaux de la civilisation agricole en Asie du Sud-Est.
Plus récemment, des chercheurs thaïlandais et des scientifiques japonais ont étudié des traces d'écorces de riz sur des briques anciennes provenant de 108 sites archéologiques répartis dans 39 provinces de Thaïlande, et ont conclu que la région cultive le riz depuis le 6e siècle bouddhique. L'étude suggère que les agriculteurs ont commencé à cultiver du riz glutineux à gros grains vers cette époque. Toute la Thaïlande.
Le riz au cœur de la civilisation thaïlandaise
Les sociétés thaïlandaises se sont organisées autour de la culture du riz dès les premières heures de leur histoire. Historiquement, aux alentours de l'an 1000, cette culture a structuré l'administration et l'économie, produisant non seulement de la subsistance mais aussi des surplus exportables, soulignant son rôle stratégique dans la région.
Dans une société majoritairement agricole telle qu'elle existe en Thaïlande, le riz est la base de l'alimentation mais également source de traditions et de croyances. Il a fournit un socle à partir duquel se sont développées toute une société et une culture.
Mae Posop, la déesse-mère du riz
Le riz en Thaïlande dépasse largement le domaine du simple aliment. On pense même que le riz a sa propre âme, représentée par Mae Posop (แม่โพสพ), la « mère du riz » ou la « déesse du riz ».
Le riz est considéré comme une plante sacrée qui possède une respiration (un esprit), une vie et une âme propre, tout comme les êtres humains.
Pour les Thaïlandais, le riz est protégé par la déesse Phosop, et le riz lui-même est considéré comme une « mère » qui protège la nation et veille à son développement.
Ce lien religieux et spirituel se traduit dans les pratiques quotidiennes, où le riz est toujours respecté, jamais gaspillé, et où chaque étape de sa culture est accompagnée de rituels traditionnels. Renverser du riz impose de le récupérer avec un soin quasi religieux, symbole du respect envers la vie et la nature.
Les grandes variétés de riz thaïlandais
La Thaïlande compte plus de 5 000 variétés traditionnelles de riz. Parmi les principales :

Le Khao Hom Mali — le roi des riz parfumés Le khao hom mali (ข้าวหอมมะลิ), « riz jasmin », est le plus connu. Il a été élu à plusieurs reprises comme « le meilleur riz du monde » et constitue l'emblème de la production thaïlandaise à l'exportation. Le mot mali signifie jasmin en thaï et fait référence à son parfum.
Fêtes, cérémonies et traditions liées au riz

Raek Na — La cérémonie royale des labours se déroule chaque année à Sanam Luang, face au Grand Palais de Bangkok. Des bœufs sacrés tirent la charrue rituelle tandis que l'officiant sème des grains de riz de bon augure, marquant symboliquement le début de la saison agricole pour tout le royaume.
Les fêtes de l'Isan Dans la région de l'Isan, dès que la saison sèche se termine, fêtes, rires, alcool de riz et instruments de musique traditionnels sont les expressions de la joie pour la fin de la saison sèche, lors de la fête appelée Bung Bang Fai. Le 11 mai, les villageois de la région fêtent le début de la culture du riz.
La Thaïlande, géant mondial du riz

Avec ses vastes hectares de rizières, la Thaïlande se place parmi les 5 grands producteurs de riz dans le monde. Le riz jasmin représente à lui seul 25 % des exportations thaïlandaises de riz.
La consommation de riz par habitant et par an est de 150 kg, un chiffre qui illustre à quel point cet aliment est au cœur de chaque repas, chaque jour, partout dans le pays.
Conclusion
Du grain découvert dans des poteries vieilles de millénaires aux rizières de l'Isan qui produisent le meilleur riz du monde, le riz thaïlandais est une histoire d'amour entre un peuple et sa terre.
Vénéré, cultivé, célébré, il est l'âme même de la Thaïlande. Quand vous dégustez un bol de khao hom mali parfumé ou roulez une boulette de riz gluant dans votre main, vous touchez à quelque chose d'universel et d'intemporel.
Bienvenue dans la civilisation du riz.
Thierry
18 Février 2026
Guide de survie : Les animaux dangereux de l’Isan
Vivre en Isan, c’est partager son quotidien avec une faune fascinante… mais pas toujours inoffensive. Pas de panique : avec quelques réflexes simples, on cohabite très bien avec ses voisins à écailles, pinces ou multiples pattes.
Petit tour d’horizon des espèces à respecter — et des bons gestes en cas de problème.
L’Isan abrite plusieurs dizaines d’espèces de serpents, dont une vingtaine venimeuses.
Le cobra royal
Le plus impressionnant. Il mesure en moyenne 3 à 4 mètres, mais peut exceptionnellement dépasser 5 mètres.
Son venin neurotoxique est extrêmement puissant, et il peut injecter une grande quantité lors d’une morsure. Heureusement, il fuit généralement l’homme.
La vipère de Russell
Très présente dans les zones agricoles, elle est responsable d’un grand nombre d’envenimations en Asie. Son venin est hémotoxique : il provoque des troubles graves de la coagulation. Elle siffle fort, mais frappe vite si elle se sent menacée.
Cobra royal
vipère de Russell
- Faites du bruit en marchant dans les hautes herbes ou les rizières.
- Ne marchez jamais pieds nus la nuit.
- Utilisez une lampe torche à l’extérieur après la tombée du jour.
- Vérifiez chaussures, vêtements et literie.
- Évitez de manipuler du bois ou des pierres sans gants.
- Restez calme.
- Immobilisez le membre mordu.
- Appliquez un bandage compressif modéré (sans garrot).
- Rendez-vous immédiatement à l’hôpital.
- Ne sucez pas la plaie, n’incisez pas, ne tentez pas de capturer le serpent.
- Le traitement doit être administré le plus rapidement possible.
Le bongare rayé ou Krait
🦂 Les scorpions : noir et jaune, deux profils différents
L’Isan abrite plusieurs dizaines d’espèces de serpents, dont une vingtaine venimeuses.
Le scorpion noir
(espèces locales du genre Heterometrus)
Le plus fréquent en Isan. Impressionnant par sa taille, mais sa piqûre est rarement dangereuse chez l’adulte en bonne santé. En revanche, la douleur peut être intense, avec gonflement local et engourdissement temporaire.
Le scorpion jaune asiatique
Plus petit, plus discret… et plus toxique. Son venin peut provoquer des symptômes neurologiques ou cardiaques, surtout chez les enfants, les personnes âgées ou fragiles. Il est moins fréquent que le noir, mais mérite d’être connu.
En cas de piqûre
- Désinfectez.
- Appliquez du froid local.
- Prenez du paracétamol si nécessaire.
- Consultez en cas de malaise ou de symptômes généraux.
Scorpion noir
Scorpion jaune asiatique
Les scolopendres géantes (jusqu’à 20 cm) se cachent dans les endroits humides et sombres : sous les pots, dans les salles de bain, sous les tas de bois.
Leur morsure est extrêmement douloureuse et peut provoquer gonflement important et douleurs pendant plusieurs jours. Les complications graves restent rares mais sont possibles chez les jeunes enfants ou personnes fragiles.

C’est lui, en réalité, le plus dangereux.
En Isan comme ailleurs, le moustique est l’animal responsable du plus grand nombre de décès humains dans le monde.
Parmi les espèces présentes en Thaïlande :
- Aedes aegypti – actif surtout en journée, principal vecteur de la dengue
- Anopheles – actif la nuit, vecteur du paludisme
- Culex – vecteur de l’encéphalite japonaise
Contrairement au serpent, il ne prévient pas. Il ne fuit pas. Il pique discrètement et peut transmettre virus ou parasites avant même l’apparition des symptômes.
Comment s’en protéger ?
- Supprimez toute eau stagnante autour de la maison.
- Installez moustiquaires et ventilateurs.
- Utilisez des répulsifs adaptés.
- Portez des vêtements longs au crépuscule.
En cas de fièvre brutale
Toute fièvre soudaine en zone tropicale doit inciter à consulter rapidement, surtout en cas de douleurs articulaires importantes ou fatigue inhabituelle.

Aedes aegypti – principal vecteur de la dengue

Anopheles – actif la nuit, vecteur du paludisme

Culex – vecteur de l’encéphalite japonaise
Conclusion
En Isan, les serpents impressionnent.
Les scorpions inquiètent.
Les scolopendres surprennent.
Mais le véritable patron discret du paysage reste souvent celui que l’on entend à peine bourdonner au crépuscule.
La bonne nouvelle ?
Avec un peu de vigilance, la vie en Isan reste infiniment plus agréable que dangereuse.
Patrice VIRTE
12 Février 2026
Ubolratana Dam : le grand lac d’Isan entre nature, histoire et vie locale

🌅 Un lac né d’un projet royal et d’un tournant pour l’Isan
🌿 Un paysage lacustre au cœur du parc national
- des villages de pêcheurs,
- des petits restaurants sur pilotis,
- des embarcadères pour des balades en bateau,
- des zones de détente très prisées des familles de Khon Kaen.
⚡ Un barrage multifonction au service de la région
- Production d’électricité grâce à trois turbines de 8,4 MW chacune ;
- Irrigation de centaines de milliers de rai de terres agricoles dans les provinces de Khon Kaen et Maha Sarakham ;
- Prévention des inondations pendant la saison des pluies ;
- Pêche et aquaculture, avec environ un million de kilos de poissons pêchés chaque année ;
- Tourisme local, devenu une source de revenus pour les communautés riveraines.

🎣 Vie locale et traditions autour du lac
- des marchés de poissons frais ou séchés,
- des produits locaux réputés,
- des restaurants familiaux où déguster du pla nin grillé ou du som tam au bord de l’eau.
🌄 Une escapade incontournable en Isan
Pour les visiteurs comme pour les résidents, c’est une parenthèse de calme, de beauté et d’authenticité à seulement quelques kilomètres de Khon Kaen.

29 Janvier 2026
Buriram, quand l’Isan fait rugir les moteurs
À Buriram, province longtemps associée à l’agriculture et à une certaine discrétion, le vrombissement des moteurs est venu bousculer les habitudes.
Le Chang International Circuit, inauguré en 2014, raconte à sa manière une autre histoire de la Thaïlande contemporaine : celle d’un territoire qui refuse de rester en marge.
À l’origine de ce projet se trouve Newin Chidchob, figure politique majeure de la province. Convaincu que le sport pouvait devenir un levier de développement régional, il a porté l’ambition de faire entrer Buriram sur la scène internationale.
Pour beaucoup de Thaïlandais, Buriram cesse alors d’être un simple point sur la carte : la province entre dans l’imaginaire collectif. Le circuit transforme aussi le paysage économique local. Hôtels, restaurants, transports, emplois temporaires ou durables : le sport agit comme un catalyseur. Pourtant, cette modernité n’efface pas l’âme de l’Isan. Les marchés, les temples, la langue locale et la cuisine restent omniprésents. Le Chang International Circuit ne remplace pas Buriram : il s’y est greffé.
À Buriram, entre le chant des geckos au crépuscule et le rugissement des moteurs, l’Isan continue d’écrire son histoire — à sa manière.
13 Octobre 2025
Nakhon Phanom, la nuit où le Mékong s’embrase de lumière
13 Septembre 2025
Quand la France et la Thaïlande travaillent ensemble : l’aventure paléontologique en Isan
L’histoire des sciences regorge d’exemples de collaborations internationales, et la paléontologie n’y échappe pas. Cette discipline s’intéresse aux fossiles – restes ou traces d’organismes anciens – pour reconstituer l’évolution de la vie et des environnements au fil des millions d’années d’existence de la Terre. La Thaïlande et la France ont tissé au sein de cette discipline, au fil des décennies, un partenariat solide et particulier. Ici, nous nous concentrerons sur un chapitre précis de cette aventure scientifique : les missions menées sur les environnements du Mésozoïque, cette ère géologique qui s’étend de 250 à 65 millions d’années et qui correspond à « l’âge des dinosaures ». Il y sera plus particulièrement question des formations qui composent le vaste plateau de Khorat.
Le plateau de Khorat : un livre d’histoire géologique
Les missions franco-thaïes : origines et cadre scientifique
Il convient également de rappeler que la France et la Thaïlande ont collaboré dans d’autres contextes paléontologiques. Certaines missions se sont intéressées à des périodes plus récentes, comme celles initiées par le Dr Jean-Jacques Jaeger et le Dr Yaowalak Chaimanee, tandis que d’autres plongent encore plus loin dans le temps, avec notamment les travaux fondateurs du Dr Henry Fontaine, pionnier de la paléontologie en Asie du Sud-Est, qui fut brièvement notre mentor et auquel nous rendons toujours un hommage ému.
Les premières découvertes
Une longue aventure
- 1989 : la princesse Maha Chakri Sirindhorn visite le site de Phu Wiang, province de Khon Kaen.
- 1994 : elle se rend sur le site à empreintes de dinosaures de Phu Luang, province de Loei. La même année, la fouille du site de Phu Kum Khao à Kalasin débute lors d’une mission franco-thaïe ; plus de 630 os de dinosaures sont découverts en deux ans, correspondant à au moins six grands sauropodes du début du Crétacé.
- 1994 : publication de la découverte de Phuwiangosaurus sirindhornae par Valérie Martin, Éric Buffetaut et Varavudh Suteethorn.
- 1999 : ouverture du musée de site de Phu Kum Khao, unique en Asie du Sud-Est pour présenter un squelette de dinosaure in situ.
- 2002 : découverte à Phu Nam Jum, province de Kalasin, d’une mare asséchée de la fin du Jurassique contenant plus de 200 poissons fossiles, principalement de l’espèce Thaiichthys buddhabutrensis.
- 2003 : mission franco-thaïe de cartographie de la carrière de Tha Uthen, le plus grand site à empreintes de dinosaures d’Asie du Sud-Est, à Nakhon Phanom.
- 2005 : célébration des 25 ans de la collaboration à Kalasin avec le ministre de l’Environnement et le consul de l’ambassade de France ; Une exposition itinérante voit le jour : “Dinosaurs of Thailand: 25 years of Thai-French palaeontological expeditions (1980–2005)”.
- 2006 : Varavudh Suteethorn reçoit le prix Skinner de la Society of Vertebrate Paleontology.
- Décembre 2008 : inauguration par la princesse Maha Chakri Sirindhorn du Musée Sirindhorn sur le site de Phu Kum Khao, le plus grand musée d’Asie du Sud-Est dédié à la paléontologie.
- 2008 : découverte du site de Phu Noi, province de Kalasin, une ancienne rivière de la fin du Jurassique ensevelissant crocodiles, dinosaures, tortues et requins d’eau douce. C’est aujourd’hui le site mésozoïque le plus riche d’Asie du Sud-Est.
- 2010 : une étude isotopique de spécimen en partie thailandais, révèle le mode de vie semi-aquatique des Spinosauridés.
- 2013 : publication de Chalawan thailandicus, un crocodile géant du début du Crétacé découvert en 2000 à Kham Phok, province de Mukdahan ; publication également de la faune d’hybodontes du Crétacé du groupe de Khorat, une famille unique de requins d’eau douce.
- 2015 : découverte des œufs de Phu Phok, province de Sakhon Nakhon : deux embryons de petit lézard vieux de 125 millions d’années, analysés au synchrotron de Grenoble.
- 2019 : symposium en l’honneur de la princesse Maha Chakri Sirindhorn pour célébrer les 10 ans du Musée Sirindhorn de Kalasin.
Plus qu’une aventure scientifique
- Le Musée Sirindhorn de Kalasin, premier musée de paléontologie d’Asie du Sud-Est ;
- Le Centre de recherche et d’éducation de l’Université de Mahasarakham ;
- Le Musée des Dinosaures de Phu Wiang, à l’est de Khon Kaen.
- L’Institut des Sciences de l’Évolution de Montpellier (UMR5554) : avec entre autres le Dr Julien Claude, aujourd’hui en poste à l’IRD de Bangkok
- Le Laboratoire d’Écologie des Hydrosystèmes Naturels Anthropisés, Université Claude Bernard Lyon (UMR5023) : avec le Prof. Gilles Cuny et le Dr Marc Philippe.
- Le Laboratoire de Géologie de Lyon : Terre, Planète et Environnement (UMR5276) : avec le Dr Jeremy Martin et le Dr Romain Amiot
- Le Laboratoire de Géologie de l’École Normale Supérieure (UMR8538) : avec le Dr Éric Buffetaut, fondateur des missions franco-thaïes
- Le Centre de Recherche et d’Éducation de l’Université de Mahasarakham : avec le Prof. Mongkol Udchachon, le Prof. Varavudh Suteethorn, le Dr Suravech Suteethorn, le Dr Haiyan Tong, le Dr Bouziane Khalloufi et Mme Tida Liard co-autrice de ce billet.
- Le Département de Biologie, Faculté des Sciences, Université de Mahasarakham : avec le Dr Uthumporn Deesri et le Dr Komsorn Lauprasert.
- Le Musée Sirindhorn de Kalasin : avec le Dr Phornphen Chantasit
- Le Département de Géologie et Paléontologie, Muséum de Genève : avec le Dr Lionel Cavin.
Une collaboration toujours vivante
- Dr Gilles Cuny – biologiste, spécialiste des requins, professeur au Laboratoire d’écologie des hydrosystèmes naturels et anthropisés (LEHNA), Université Claude Bernard Lyon 1
- Dr Lionel Cavin – biologiste, spécialiste des poissons, chef du département de géologie et paléontologie, Muséum d’Histoire Naturelle de Genève
- Dr Julien Claude – biologiste, spécialiste des tortues, maître de conférences à l’Institut des Sciences de l’Évolution de Montpellier (ISEM)
- Dr Jeremy Martin – géochimiste, spécialiste des crocodiles, chargé de recherche CNRS, Laboratoire de géologie de Lyon
- Dr Arnaud Filoux – paléo-archéologue, spécialiste des paléofaunes, freelance
- Bouziane Khalloufi – biologiste, spécialiste des poissons
- Haiyan Tong – biologiste, spécialiste des tortues
- Romain Amiot – géochimiste, spécialiste des dinosaures, chargé de recherche CNRS, Laboratoire de géologie de Lyon
- Vincent Fernandez – spécialiste des thérapsides et des embryons fossiles, Natural History Museum, London
- Marc Philippe – paléobotaniste, spécialiste des arbres, enseignant-chercheur au LEHNA, Université Claude Bernard Lyon 1
- Dr Phornphen Chantasit – actuellement au Département des Ressources Minérales à Kalasin, doctorat à l’Université Claude Bernard Lyon 1 dans les années 2000
- Dr Suravech Suteethorn – département de Biologie, Université de Mahasarakham, doctorat à l’Université de Montpellier dans les années 2000
- Dr Uthumporn Deesri – département de Biologie, Université de Mahasarakham, post-doctorat en France via une bourse de l’Ambassade, années 2010
- Mme Tida Liard – Ayant travaillé au Département des Ressources Minérales, et maintenant chercheuse associée à l’Université de Mahasarakham, deux séjours de formation au musée des dinosaures d’Espéraza en 2007 et 2008
- Dr Wilailuck Naksri – Northern Institute of Petrified Wood and Mineral Resources, Université Rajabhat de Nakhon Ratchasima, séjours de formation à Montpellier.
- Dr Komsorn Lauprasert – département de Biologie, Université de Mahasarakham, encadrant lors de séjours d’étudiants thaïlandais en France.
Une histoire scientifique partagée
Terres d'Isan et de France
26 Janvier 2025
En avant-première, À la rencontre de l’Isan.





