Coup d'œil sur l'Isan

L’Isan, région du nord-est de la Thaïlande,

Elle séduit par son authenticité et sa discrétion, loin des grands circuits touristiques. 

Cette page rassemble des articles variés qui mettent en lumière ses territoires, sa culture, ses traditions et son quotidien. Un regard attentif sur une région profondément humaine, riche de diversité et de simplicité, telle qu’elle se vit au fil des rencontres et du temps.

10 Août 2026

Les ressources des provinces de l'Isan


Une série de 20 épisodes à la découverte du Nord-Est thaïlandais


L'Isan couvre près d'un tiers du territoire thaïlandais et rassemble plus de 22 millions d'habitants. Pourtant, cette vaste région reste souvent méconnue des visiteurs, qui la traversent sans toujours mesurer la richesse de son patrimoine, de son économie et de ses paysages.

Au fil de cette série de vingt épisodes, Terres d'Isan et de France vous propose de partir à la découverte de chacune des provinces de l'Isan. Chaque semaine, nous mettrons en lumière les spécificités d'un territoire : son histoire, ses principales ressources agricoles et industrielles, ses infrastructures, son développement économique, mais aussi ses sites naturels, ses monuments et les lieux incontournables qui font son identité.

Grâce à des cartes détaillées, des chiffres clés, des photographies et des informations accessibles à tous, cette série offrira une vision d'ensemble de cette région fascinante, véritable moteur agricole de la Thaïlande et de plus en plus tournée vers l'innovation, l'industrie et le tourisme. 


10 Août 2026

Khon Kaen : au cœur de l'Isan

Semaine 2/20 – Les ressources des provinces de l'Isan



 📊 Khon Kaen en quelques chiffres

Province: Khon Kaen 

Région: Isan – Nord-Est de la Thaïlande 

Superficie ≈ 10 886 km²

Population provinciale ≈ 1,8 million

Ville principale: Khon Kaen

Population de la ville ≈ 103 000*

Agglomération élargie ≈ 400 000+

Point fort économique: 

  • Commerce,
  • Services, 
  • Université, plus de 44000 étudiants
  • Santé,
    • RAM Hôpital
    • BANGKOK Hôpital
    • Ratchapruek Hôpital
    • Srinagarind Hôpital Universitaire dont SMC et Queen Sirikit (centre cardiologique)
    • Khonkaen Hôpital

Spécialité artisanale Soie Mudmee

Particularité D'importants sites de dinosaures

Attention : ce chiffre de 103 000 correspond à la population de la ville selon la définition administrative utilisée par l'UNESCO, et non à l'ensemble de l'aire urbaine. 


Située presque au centre de l'Isan, la province de Khon Kaen est l'une des grandes métropoles du Nord-Est de la Thaïlande.

Avec une superficie d'environ 10 886 km² et près de 1,8 million d'habitants, elle occupe une position stratégique entre Bangkok, les autres grandes villes de l'Isan et le Laos. Sa capitale, Khon Kaen, est devenue au fil des décennies un important centre économique, universitaire, médical et commercial.

La ville accueille notamment Khon Kaen University, l'une des principales universités de Thaïlande et un important centre de recherche et de technologie. Mais Khon Kaen ne se résume pas à sa ville.

La province offre un étonnant mélange de traditions isan, patrimoine religieux, artisanat, nature et paléontologie.   

🏙️ Khon Kaen, une métropole en pleine évolution


 La ville de Khon Kaen est aujourd'hui l'un des principaux pôles urbains de l'Isan. Elle bénéficie d'une situation géographique privilégiée et constitue un important carrefour routier et ferroviaire.

Son développement est notamment lié à son université, à ses établissements hospitaliers, à ses commerces et à son activité économique.

La ville possède également une importante communauté étrangère et accueille plusieurs représentations diplomatiques, notamment celles du Laos et du Vietnam. La Tourism Authority of Thailand la décrit comme un centre commercial et politique du Nord-Est.

Un symbole de la ville : le Wat Nong Wang

Difficile de parler de Khon Kaen sans évoquer le Wat Nong Wang et son Phra Mahathat Kaen Nakhon, le célèbre stupa à neuf étages. Situé au bord du lac Bueng Kaen Nakhon, cet édifice est devenu l'un des symboles de la ville.

Ses différents niveaux présentent des éléments liés à l'histoire et à la culture bouddhique de l'Isan. Depuis le dernier étage, on bénéficie également d'une belle vue sur Khon Kaen.

🦕 Khon Kaen, la terre des dinosaures

 C'est probablement l'une des caractéristiques les plus étonnantes de la province. Dans les collines de Phu Wiang, des chercheurs ont découvert de nombreux fossiles de dinosaures.

Parmi eux figure notamment le Phuwiangosaurus sirindhornae, un grand dinosaure herbivore dont les fossiles ont été découverts dans la province.


 

Le Phu Wiang Fossil Research Centre and Dinosaur Museum présente l'histoire géologique de la région ainsi que les découvertes paléontologiques réalisées dans les environs.

Pour une association comme la nôtre, c'est d'ailleurs une excellente occasion de rappeler que l'Isan possède un patrimoine géologique exceptionnel, bien différent de l'image traditionnelle que l'on peut avoir de la Thaïlande. 


🧵 Le royaume de la soie Mudmee

 Khon Kaen est également célèbre pour son artisanat de la soie, et plus particulièrement pour la soie Mudmee.

La ville de Chonnabot, dans le sud de la province, est particulièrement réputée pour cette technique traditionnelle de teinture et de tissage. Les motifs sont obtenus grâce à une méthode de teinture par ligatures avant le tissage.

Ce savoir-faire constitue l'une des grandes richesses culturelles de la province et reste aujourd'hui une activité importante pour de nombreuses communautés locales. 


🌿 Entre montagnes, forêts et grands espaces

 La province ne se limite pas à son urbanisation.

À l'ouest et au nord-ouest de Khon Kaen commencent les paysages plus accidentés du plateau de Korat, avec ses montagnes, ses forêts et ses parcs nationaux.

Le barrage d'Ubolratana, construit sur la rivière Nam Phong, constitue l'un des grands ouvrages hydrauliques de la région. Il joue un rôle dans la production d'électricité, l'agriculture, la pêche et la prévention des inondations, tout en étant devenu un lieu de loisirs.


 

Le secteur de Phu Wiang permet également de découvrir une autre facette de la province, avec ses paysages montagneux et ses sites paléontologiques

Chom Tawan Cliff

👉Une jolie balade à faire très tôt le matin (5h30 pour assister au levé du soleil)

🛕 Une province riche en histoire et en spiritualité 


Parmi les monuments importants figure également le Phra That Kham Kaen, situé au Wat Chetiyaphum.

Ce stupa est considéré comme un lieu sacré majeur de Khon Kaen. Il fait partie des monuments religieux auxquels les habitants de la province sont particulièrement attachés.

Wat Toong Setthi

La province possède ainsi de nombreux temples, sanctuaires et sites historiques qui témoignent de l'ancienneté de l'occupation humaine de cette partie de l'Isan.

🍜 Une cuisine aux accents de l'Isan


 Comme partout dans le Nord-Est, la cuisine occupe une place importante dans la vie quotidienne. On retrouve bien sûr les grands classiques de la cuisine isan :

  • Som Tam, salade de papaye verte,
  • Larb, préparation épicée à base de viande ou de poisson,
  • Kai Yang, poulet grillé,
  • Khao Niao, le traditionnel riz gluant.

Mais la cuisine de Khon Kaen est aussi influencée par les échanges commerciaux et culturels qui ont toujours marqué la région. Les marchés, restaurants et marchés de nuit constituent d'ailleurs une excellente façon de découvrir la vie locale. 

📍 Khon Kaen, une bonne porte d'entrée pour découvrir l'Isan

Khon Kaen représente finalement assez bien l'évolution de l'Isan contemporain : une région profondément attachée à ses traditions mais résolument tournée vers l'avenir.

 Entre son université, ses hôpitaux, ses entreprises, ses centres commerciaux et ses infrastructures modernes, la ville est devenue une véritable métropole régionale. Dans le même temps, quelques dizaines de kilomètres suffisent pour retrouver les villages traditionnels, les temples, les rizières, les marchés locaux, les artisans de la soie et les paysages naturels.

C'est probablement cette coexistence entre tradition et modernité qui fait aujourd'hui tout l'intérêt de Khon Kaen.



28 Juillet 2026

Nakhon Ratchasima, la puissance économique de l'Isan

Semaine 1/20 – Les ressources des provinces de l'Isan




Fiche d'identité

Superficie:   20 494 km²

Population:   environ 2,6 millions d'habitants

Capitale:   Nakhon Ratchasima (Khorat)

Distance de Bangkok:   259 km

PIB provincial:   250 à 275 milliards de bahts

Particularité:   Plus vaste province de Thaïlande


La porte d'entrée de l'Isan

Surnommée Khorat, Nakhon Ratchasima constitue depuis des siècles la porte d'entrée naturelle vers le Nord-Est thaïlandais. Carrefour routier et ferroviaire majeur, elle concentre aujourd'hui une population de près de 2,6 millions d'habitants, ce qui en fait l'une des provinces les plus importantes du royaume.

Son économie est la plus puissante de tout l'Isan grâce à une remarquable diversification entre agriculture, industrie, logistique et tourisme.


Une agriculture toujours dominante

Malgré une industrialisation croissante, l'agriculture demeure le premier moteur économique de la province. Les grandes plaines produisent essentiellement :

  • le riz, aliment de base de la région ;
  • la canne à sucre, destinée aux nombreuses sucreries locales ;
  • le manioc, transformé en tapioca et en amidon pour les marchés thaïlandais et internationaux.

 L'élevage bovin est également très développé dans les secteurs les plus secs de la province.


La potasse, une nouvelle richesse

Depuis quelques années, Nakhon Ratchasima exploite d'importants gisements de potasse dans le district de Dan Khun Thot. Cette ressource stratégique permet de produire les engrais nécessaires à l'agriculture thaïlandaise et réduit la dépendance du pays vis-à-vis des importations. Cependant, le projet fait l'objet de débats. Plusieurs communautés locales dénoncent une salinisation progressive des sols et des nappes phréatiques à proximité des zones d'exploitation.


Une industrie en plein essor

Grâce à sa situation géographique privilégiée entre Bangkok et le Nord-Est, la province accueille de nombreuses entreprises :

  • industrie agroalimentaire ;
  • matériaux de construction ;
  • textile ;
  • logistique ;
  • transformation agricole.

 Cette diversification explique pourquoi Nakhon Ratchasima affiche aujourd'hui le PIB le plus élevé de tout l'Isan.


Un patrimoine exceptionnel

Au-delà de son dynamisme économique, Nakhon Ratchasima possède un patrimoine remarquable. Les visiteurs peuvent notamment découvrir : 

Le parc historique de Phimai

Il  est l'un des plus beaux sites khmers de Thaïlande. Édifié aux XIᵉ et XIIᵉ siècles, il était un important centre de l'Empire khmer, relié à Angkor par une voie royale. Classé parmi les plus prestigieux sites archéologiques du pays, il attire chaque année de nombreux visiteurs. 



Le banyan géant de Sai Ngam,

est situé à seulement quelques minutes du parc historique de Phimai, est l'un des plus remarquables de Thaïlande. Âgé de plusieurs siècles, ses racines aériennes ont donné naissance à une véritable forêt couvrant plus d'un hectare. Ce lieu paisible, très apprécié des habitants comme des visiteurs, constitue une étape idéale après la découverte des temples khmers.

  • Situé sur le site du temple de Phimai


 Le parc national de Khao Yai,

est le plus ancien parc national de Thaïlande, créé en 1962 et inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Réputé pour ses forêts tropicales, ses spectaculaires cascades et sa riche biodiversité, il abrite notamment des éléphants sauvages, des gibbons, des calaos et plus de 300 espèces d'oiseaux. C'est l'une des principales destinations écotouristiques du pays.



Le monument de Thao Suranari (Ya Mo),

rend hommage à l'héroïne la plus célèbre de Nakhon Ratchasima. Selon la tradition, elle joua un rôle déterminant lors de la révolte du roi Anouvong de Vientiane en 1826, en contribuant à la libération des habitants de Khorat. Devenu l'un des monuments les plus vénérés de Thaïlande, il est aujourd'hui un symbole de courage, de fidélité et de fierté pour toute la province.



Le Wat Ban Rai,

est situé dans le district de Dan Khun Thot, est l'un des temples les plus spectaculaires de Thaïlande. Conçu par le célèbre moine Luang Phor Koon Parisuttho, il se distingue par son immense éléphant en mosaïque colorée, à l'intérieur duquel se déploient plusieurs niveaux richement décorés illustrant les enseignements bouddhistes. Ce monument unique attire chaque année des milliers de pèlerins et de visiteurs.


La soie de Pak Thong Chai, un savoir-faire reconnu.

À une trentaine de kilomètres de Nakhon Ratchasima, le district dePak Thong Chai est l'un des hauts lieux de la soie thaïlandaise. Réputé pour ses étoffes Mudmee (Ikat), il perpétue un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération. Les visiteurs peuvent y découvrir les différentes étapes de fabrication, depuis l'élevage des vers à soie jusqu'au tissage sur des métiers traditionnels, et visiter des ateliers où sont confectionnés des tissus et des vêtements de grande qualité.

  • La réputation de Pak Thong Chai s'est renforcée grâce à Jim Thompson, qui a contribué à faire rayonner la soie thaïlandaise à l'international.
  • Il est célèbre pour le : ผ้าหางกระรอก (Pha Hang Krarok) appelé en français : la soie “Queue d’écureuil” Cette technique consiste à torsader deux fils de couleurs différentes avant le tissage, produisant un effet chatoyant rappelant les poils d’une queue d’écureuil.La réputation de Pak Thong Chai s'est renforcée grâce à Jim Thompson, qui a contribué à faire rayonner la soie thaïlandaise à l'international.
  •  Les autres centres sont respectivement Ban Taku et  Ban Mueang Pak 
  • Situé à 30-40 mn du centre de Nakhon Ratchasima.

  

2 petites vidéos pour vous donner envie d'aller visiter ces ateliers de tissage. Ateliers situés en Isan.  


Le motif « Ya Mo », symbole textile de Nakhon Ratchasima

Au-delà de son savoir-faire traditionnel, Nakhon Ratchasima possède également son motif officiel de soie, appelé Lai Ya Mo (ลายย่าโม). Créé dans le cadre du programme national de valorisation des textiles identitaires de Thaïlande, ce dessin rend hommage à Thao Suranari (Ya Mo), héroïne emblématique de la province.

Le motif associe plusieurs éléments représentatifs de l'histoire et du patrimoine de Khorat : le monument de Ya Mo, la porte historique de Chumphon, les anciennes fortifications de la ville, des fleurs locales ainsi que des formes géométriques inspirées des tissages traditionnels. L'ensemble compose une véritable signature textile, immédiatement reconnaissable.

Au-delà de son esthétique, cette soie symbolise les valeurs auxquelles les habitants de Nakhon Ratchasima sont profondément attachés : le courage, la fidélité, la protection de la cité, la prospérité et la fierté culturelle. Les dessins officiels sont aujourd'hui conservés sous forme numérique afin d'assurer la préservation et la transmission de ce patrimoine aux générations futures.

  

Le saviez-vous ?

Avec près de 20 500 km², Nakhon Ratchasima est la plus vaste province de Thaïlande, devant Chiang Mai. Elle constitue également le principal nœud de communication entre Bangkok, le Laos et l'ensemble de l'Isan.

À retenir

Nakhon Ratchasima symbolise parfaitement l'évolution de l'Isan : une agriculture toujours très présente, une industrie en plein développement, une position logistique stratégique et un patrimoine historique exceptionnel qui attire chaque année des millions de visiteurs. Prochain épisode : Khon Kaen, capitale universitaire et technologique du Nord-Est.

Prochain épisode : Khon Kaen, pôle technologique et universitaire de l'Isan.


18 Juillet 2026

L'Isan : le cœur du Nord-Est thaïlandais


Situé au nord-est de la Thaïlande, l'Isan (อีสาน) est la plus vaste région du royaume. Bordée par le Mékong au nord et à l'est, qui marque la frontière naturelle avec le Laos, elle s'étend jusqu'au Cambodge au sud.

Avec ses 20 provinces, l'Isan couvre près d'un tiers du territoire thaïlandais et compte environ 22 millions d'habitants, soit près de 30 % de la population du pays.



Longtemps considérée comme une région essentiellement agricole, l'Isan connaît aujourd'hui une profonde transformation. Les grandes villes comme Khon Kaen, Nakhon Ratchasima (Korat), Udon Thani ou Ubon Ratchathani sont devenues des pôles universitaires, économiques et industriels majeurs. L'arrivée prochaine de la ligne ferroviaire à grande vitesse reliant Bangkok au Laos devrait encore renforcer son développement.

Une région aux multiples facettes

L'Isan est réputé pour la chaleur de son accueil, sa culture fortement influencée par le Laos et son identité propre. On y parle couramment l'isan, une langue proche du lao, tout en utilisant le thaï dans l'administration et l'enseignement. La région possède un patrimoine naturel et historique remarquable :

  • les rives du Mékong, de Nong Khai à Ubon Ratchathani ;
  • les temples khmers de Phimai, Phanom Rung et Muang Tam ;
  • le parc historique de Phu Phra Bat, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO ;
  • les montagnes et les vignobles de Loei ;
  • les nombreux parcs nationaux, cascades et réserves naturelles ;
  • les sites paléontologiques de Kalasin, célèbres pour leurs fossiles de dinosaures.

L'Isan est également une terre de traditions, de festivals et de gastronomie. Parmi les événements les plus connus figurent la spectaculaire Fête des Bougies d'Ubon Ratchathani, le Festival des Éléphants de Surin et le mystérieux phénomène des boules de feu du Naga, observé chaque année sur le Mékong à Nong Khai.


L'Isan en quelques chiffres

  • 20 provinces
  • Superficie : 168 850 km²
  • Population : environ 22 millions d'habitants
  • Plus grande province : Nakhon Ratchasima (20 494 km²)
  • Province la plus peuplée : Nakhon Ratchasima (environ 2,6 millions d'habitants)
  • Principales agglomérations : Nakhon Ratchasima (Korat), Khon Kaen, Udon Thani et Ubon Ratchathani
  • Quatre pays frontaliers : Myanmar, Laos, Cambodge et Malaisie
  • Fleuve principal : le Mékong



Une région à découvrir

Loin des plages du sud et de l'effervescence de Bangkok, l'Isan offre une Thaïlande authentique où se mêlent traditions, nature, histoire et modernité. Cette région, encore méconnue de nombreux visiteurs, mérite largement d'être explorée pour la richesse de son patrimoine et l'accueil chaleureux de ses habitants.  🟢 Plus grande ville : Nakhon Ratchasima (Korat), Khon Kaen, Udon Thani, Ubon Ratchathani
🟢 Plus grande province : Nakhon Ratchasima
🟢 Plus haut sommet : Phu Kradueng (1 316 m)
🟢 Plus long fleuve : le Mékong (frontière sur près de 900 km)
🟢 Site UNESCO : Parc historique de Phu Phra Bat
🟢 Spécialités culinaires : Som Tam, Larb, Kai Yang, Sai Krok Isan, riz gluant (Khao Niao)


Thierry

12 Juillet 2026

🚄 Khon Kaen prépare son avenir ferroviaire


Du chantier d'aujourd'hui au train de demain

En passant régulièrement le long de la voie ferrée reliant Bangkok à Nong Khai, il est difficile de ne pas remarquer que le paysage évolue peu à peu. Depuis plusieurs mois, bulldozers, pelles mécaniques et camions s'activent pour façonner une large emprise parallèle à la ligne existante. À première vue, il ne s'agit encore que de terrassements, de remblais et de pistes provisoires. Rien ne laisse imaginer qu'ici circuleront, dans quelques années, des trains capables d'atteindre 250 km/h.

Ces travaux marquent pourtant les premières étapes de l'un des projets ferroviaires les plus ambitieux jamais entrepris en Thaïlande. Bien plus qu'une simple nouvelle ligne, il s'agit d'un maillon essentiel d'un vaste corridor destiné à relier Bangkok au Laos, puis à la Chine, et à transformer durablement les échanges au cœur de l'Asie du Sud-Est.

Non loin de là, un autre changement retient également l'attention. Pour permettre l'élargissement de l'emprise ferroviaire, plusieurs cabanes construites au fil des années le long de la voie ont disparu. Ces habitations précaires rappellent que derrière chaque grand chantier d'infrastructure se cachent aussi des réalités humaines, parfois difficiles. 


À Khon Kaen, ce chantier n'en est encore qu'à ses débuts. Il annonce pourtant déjà une transformation profonde de la région. Comment ce projet est-il né ? Qui le finance ? Pourquoi construire une nouvelle ligne alors qu'une voie ferrée existe déjà ? Et surtout, quels changements apportera-t-il aux habitants de l'Isan ? C'est ce que nous vous proposons de découvrir dans ce dossier.

Un chantier qui dépasse largement la Thaïlande


En observant les travaux le long de la voie ferrée de Khon Kaen, on pourrait croire qu'il s'agit simplement d'une nouvelle ligne domestique. La réalité est bien plus vaste. 

Ce corridor international ne s'arrête pas à la frontière chinoise : à plus long terme, le réseau pourrait être prolongé vers la Malaisie et Singapour, formant ainsi l'un des grands axes de transport de toute la région.

Autrement dit, les terrassements visibles aujourd'hui à Khon Kaen ne concernent pas uniquement les habitants de l'Isan : ils s'inscrivent dans un projet qui dépasse largement les frontières de la Thaïlande.

Le projet en chiffres


Avant d'entrer dans les détails techniques, quelques chiffres permettent de mesurer l'ampleur de ce chantier, appelé à transformer durablement les transports entre la Thaïlande, le Laos et la Chine.

📏 Longueur totale:  610 km entre Bangkok et Nong Khai

💰 Coût estimé:  520 milliards de bahts (environ 14 milliards d'euros)

🚄 Vitesse maximale prévue:  250 km/h

🚉 Grandes gares:  Bangkok, Ayutthaya, Nakhon Ratchasima, Bua Yai, Ban Phai, Khon Kaen, Udon Thani, Nong Khai

🌏 Destination finale:  Connexion avec Vientiane, puis le réseau ferroviaire chinois jusqu'à Kunming

📅 Début du projet:  Accord de coopération signé en 2014

🚧 Travaux actuellement visibles:  Terrassements, ouvrages d'art, plateformes ferroviaires et infrastructures

🎯 Mise en service envisagée:  Aux alentours de 2031 (si le calendrier est respecté)


Un chantier hors normes Avec un investissement estimé à 520 milliards de bahts, cette ligne figure parmi les plus importants projets d'infrastructure jamais entrepris en Thaïlande.

Au-delà de la construction d'une nouvelle voie ferrée, le chantier comprend des viaducs, des ponts, des systèmes de signalisation de dernière génération, des gares adaptées au train à grande vitesse et l'ensemble des équipements nécessaires à une circulation pouvant atteindre 250 km/h.

Une fois achevée, cette ligne constituera le maillon thaïlandais d'un vaste corridor ferroviaire reliant l'Asie du Sud-Est au sud-ouest de la Chine.

Combien de temps gagnera-t-on ?

L'un des principaux intérêts de la future ligne à grande vitesse résidera dans la réduction spectaculaire des temps de trajet.

À 250 km/h, un train parcourt environ 4 kilomètres par minute. À cette vitesse, un trajet comme Bangkok–Khon Kaen pourrait être réduit à un peu plus d'une heure, contre plus de six heures aujourd'hui sur la ligne classique.


Qui finance le train à grande vitesse Bangkok – Nong Khai ?

Contrairement à l'idée reçue selon laquelle « c'est la Chine qui paie », c'est en réalité la Thaïlande qui finance l'essentiel du projet.

  • La Thaïlande prend en charge le financement des infrastructures (environ 520 milliards de bahts, soit ~14 milliards d'euros) : acquisition des terrains, terrassements, ponts, viaducs, gares et voie ferrée.
  • La Chine la Chine fournit son expertise, l'assistance technique ( signalisation, systèmes de contrôle, une partie des équipements), ainsi que la formation d'ingénieurs et techniciens thaïlandais.

Point clé : la ligne appartiendra entièrement à la Thaïlande — la Chine intervient comme partenaire technologique, pas comme propriétaire.

Pourquoi ce choix ? En finançant elle-même ses infrastructures, la Thaïlande garde la maîtrise stratégique de son réseau tout en bénéficiant du savoir-faire chinois éprouvé sur le plus grand réseau à grande vitesse au monde.

Pourquoi une nouvelle ligne Bangkok - Nong Khai ?

 La ligne ferroviaire actuelle Bangkok–Nong Khai, vieille de plus d'un siècle, utilise une voie métrique (1 000 mm) limitée à 90-120 km/h, avec de nombreux passages à niveau et un trafic mixte (voyageurs et marchandises).

Elle ne peut techniquement pas accueillir des trains à 250 km/h : il faut pour cela une infrastructure entièrement nouvelle, à écartement standard (1 435 mm), avec courbes larges, signalisation moderne et voie totalement séparée du reste du trafic. Ce n'est donc pas une modernisation, mais une construction ex nihilo. 

Deux réseaux complémentaires, pas un remplacement 


Une logique de long terme

Face à la croissance du trafic voyageurs et marchandises, séparer les deux réseaux permet de gagner en fluidité, ponctualité et sécurité pour l'ensemble du système ferroviaire thaïlandais. 

À noter : l'écartement 1 435 mm choisi est celui de la majorité des lignes à grande vitesse dans le monde (Chine, France, Espagne, Italie, Corée du Sud), ce qui facilite la stabilité à haute vitesse et les échanges technologiques internationaux.



Khon Kaen : un futur pôle ferroviaire

Au-delà de la construction de la ligne à grande vitesse, c'est toute l'organisation des transports à Khon Kaen qui est appelée à évoluer.

Grâce à sa situation géographique au cœur de l'Isan, la ville occupe déjà une place stratégique sur l'axe ferroviaire reliant Bangkok à Nong Khai. Avec l'arrivée du train à grande vitesse, ce rôle devrait encore se renforcer.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il ne sera pas nécessaire de construire une nouvelle gare en périphérie de la ville.

La gare ferroviaire actuelle de Khon Kaen, reconstruite il y a quelques années dans le cadre de la modernisation du réseau thaïlandais, a été conçue pour accueillir à terme la nouvelle ligne à grande vitesse.

Située en plein centre-ville, elle deviendra un véritable pôle d'échanges, où cohabiteront les trains classiques de la State Railway of Thailand (SRT) et les futurs trains à grande vitesse.

Cette intégration présente un avantage majeur : les voyageurs pourront continuer à rejoindre facilement la gare depuis le centre-ville, sans avoir à se rendre dans une nouvelle gare éloignée. Les correspondances avec les autres moyens de transport seront également facilitées.

À terme, la gare de Khon Kaen réunira dans un même secteur : 

  • 🚄 les trains à grande vitesse ;
  • 🚆 les trains classiques de la SRT ;
  • 🚌 la gare routière et les lignes d'autobus régionales ;
  • 🚖 les taxis et les services de transport urbain ;
  • ✈️ l'aéroport de Khon Kaen, situé à une dizaine de kilomètres.

Plus qu'une simple gare, Khon Kaen est appelée à devenir l'un des principaux hubs ferroviaires du nord-est de la Thaïlande, renforçant son rôle de capitale économique, universitaire et médicale de l'Isan.

« La gare actuelle, reconstruite dans le cadre de la modernisation du réseau ferroviaire thaïlandais, est appelée à accueillir la future ligne à grande vitesse. »


Le calendrier du projet


La construction d'une ligne ferroviaire à grande vitesse ne se réalise pas en quelques années. Entre les études préliminaires, les accords internationaux, les acquisitions foncières et les travaux de génie civil, chaque étape demande du temps.

Le projet Bangkok – Nong Khai est ainsi le fruit d'une coopération engagée depuis plus d'une décennie entre la Thaïlande et la Chine. Les travaux visibles aujourd'hui à Khon Kaen ne représentent qu'une étape d'un chantier appelé à se poursuivre encore plusieurs années.




Un calendrier qui peut évoluer

Comme tout projet d'infrastructure de cette ampleur, le calendrier reste susceptible d'évoluer. Les contraintes techniques, les procédures administratives, les acquisitions foncières ou encore les conditions économiques peuvent entraîner des ajustements. L'objectif affiché par les autorités thaïlandaises est toutefois de poursuivre les travaux de manière progressive afin d'assurer, à terme, une liaison ferroviaire moderne entre Bangkok, l'Isan, le Laos et la Chine.


Conclusion


Dans quelques années, les premiers trains à grande vitesse traverseront l'Isan. Les terrassements d'aujourd'hui auront laissé place à une infrastructure moderne reliant Bangkok, Khon Kaen, le Laos et la Chine.

Ceux qui auront suivi ce chantier depuis ses débuts auront eu le privilège d'assister à la naissance d'une nouvelle page de l'histoire ferroviaire thaïlandaise.


Thierry

15 Juin 2026

🌾 Le Riz en Thaïlande : Bien plus qu'un aliment, une âme


En Thaïlande, le riz n'est pas simplement ce que l'on met dans son assiette. C'est une civilisation entière.

Pour dire qu'on a faim en thaïlandais, on dit littéralement qu'on veut « manger du riz » (Gin Khaaow → กินข้าว) et cela dit tout. Depuis les rizières dorées de l'Isan jusqu'aux marchés flottants de Bangkok, chaque grain de riz porte en lui des millénaires d'histoire, de spiritualité et de savoir-faire. Plongeons ensemble dans cette aventure extraordinaire.

Des origines vieilles de 5 500 ans

Les premiers indices de la consommation et de la culture du riz dans la région du Siam datent d'environ 5 500 ans.

Les archéologues ont mis à jour des poteries qui servaient à conserver le riz, ainsi que des outils témoignant d'un savoir ancestral de la riziculture.

L'histoire de la riziculture en Thaïlande remonte à plus de 3 500 av. J.-C., et des traces en ont été retrouvées dans des céramiques, sur des sites de fouilles archéologiques tels que Khon Khaen et Ban Chiang au nord-est du pays, ou encore à Mae Hong Son. 


Poteries préhistoriques de Ban Chiang (Nord-Est de la Thaïlande).
Ces céramiques, vieilles de plusieurs millénaires, témoignent des premières communautés agricoles de la région. Les archéologues y ont découvert des traces de riziculture ancienne ainsi que des récipients servant probablement au stockage des récoltes. Le site de Ban Chiang, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, est considéré comme l'un des berceaux de la civilisation agricole en Asie du Sud-Est.

Plus récemment, des chercheurs thaïlandais et des scientifiques japonais ont étudié des traces d'écorces de riz sur des briques anciennes provenant de 108 sites archéologiques répartis dans 39 provinces de Thaïlande, et ont conclu que la région cultive le riz depuis le 6e siècle bouddhique. L'étude suggère que les agriculteurs ont commencé à cultiver du riz glutineux à gros grains vers cette époque. Toute la Thaïlande.



Le riz au cœur de la civilisation thaïlandaise

Les sociétés thaïlandaises se sont organisées autour de la culture du riz dès les premières heures de leur histoire. Historiquement, aux alentours de l'an 1000, cette culture a structuré l'administration et l'économie, produisant non seulement de la subsistance mais aussi des surplus exportables, soulignant son rôle stratégique dans la région.

Dans une société majoritairement agricole telle qu'elle existe en Thaïlande, le riz est la base de l'alimentation mais également source de traditions et de croyances. Il a fournit un socle à partir duquel se sont développées toute une société et une culture.


Mae Posop, la déesse-mère du riz

Le riz en Thaïlande dépasse largement le domaine du simple aliment. On pense même que le riz a sa propre âme, représentée par Mae Posop (แม่โพสพ), la « mère du riz » ou la « déesse du riz ».

Le riz est considéré comme une plante sacrée qui possède une respiration (un esprit), une vie et une âme propre, tout comme les êtres humains.

Pour les Thaïlandais, le riz est protégé par la déesse Phosop, et le riz lui-même est considéré comme une « mère » qui protège la nation et veille à son développement. 

Ce lien religieux et spirituel se traduit dans les pratiques quotidiennes, où le riz est toujours respecté, jamais gaspillé, et où chaque étape de sa culture est accompagnée de rituels traditionnels. Renverser du riz impose de le récupérer avec un soin quasi religieux, symbole du respect envers la vie et la nature.


Les grandes variétés de riz thaïlandais

La Thaïlande compte plus de 5 000 variétés traditionnelles de riz. Parmi les principales :


Le Khao Hom Mali — le roi des riz parfumés Le khao hom mali (ข้าวหอมมะลิ), « riz jasmin », est le plus connu. Il a été élu à plusieurs reprises comme « le meilleur riz du monde » et constitue l'emblème de la production thaïlandaise à l'exportation. Le mot mali signifie jasmin en thaï et fait référence à son parfum.

Sa fragrance naturelle, qui rappelle la fleur de jasmin ou le pandan, provient d'une molécule aromatique développée par la plante elle-même. Le véritable Thai Hom Mali bénéficie d'un label de certification du gouvernement thaïlandais, et doit être cultivé dans des régions spécifiques du Nord-Est de la Thaïlande (l'Isan), où le sol sablonneux et le climat influencent son arôme.

En 1959, le Rice Species Consideration Committee a approuvé cette variété et l'a nommée « Khao Dawk Mali 105 ». Le riz Hom Mali a ensuite remporté le premier prix sept fois sur un total de 13 conférences mondiales sur le riz.

Le riz gluant (Khao Niao) Le riz gluant est surtout cultivé dans le Nord-Est du pays. Il est la base de l'alimentation dans les régions de l'Isan et du Nord, façonné en petites boules à la main et accompagnant les plats épicés. 

Le Riceberry Le riz pour la santé est un riz complet non transformé, riche en vitamines et en fibres, comme le riceberry. Ce riz violet aux grains longs est aujourd'hui plébiscité pour ses vertus nutritionnelles. 


Fêtes, cérémonies et traditions liées au riz



Raek Na — La cérémonie royale des labours se déroule chaque année à Sanam Luang, face au Grand Palais de Bangkok. Des bœufs sacrés tirent la charrue rituelle tandis que l'officiant sème des grains de riz de bon augure, marquant symboliquement le début de la saison agricole pour tout le royaume.

Les fêtes de l'Isan Dans la région de l'Isan, dès que la saison sèche se termine, fêtes, rires, alcool de riz et instruments de musique traditionnels sont les expressions de la joie pour la fin de la saison sèche, lors de la fête appelée Bung Bang Fai. Le 11 mai, les villageois de la région fêtent le début de la culture du riz. 


La Thaïlande, géant mondial du riz

Avec ses vastes hectares de rizières, la Thaïlande se place parmi les 5 grands producteurs de riz dans le monde. Le riz jasmin représente à lui seul 25 % des exportations thaïlandaises de riz.

La consommation de riz par habitant et par an est de 150 kg, un chiffre qui illustre à quel point cet aliment est au cœur de chaque repas, chaque jour, partout dans le pays. 


Conclusion

Du grain découvert dans des poteries vieilles de millénaires aux rizières de l'Isan qui produisent le meilleur riz du monde, le riz thaïlandais est une histoire d'amour entre un peuple et sa terre.

Vénéré, cultivé, célébré, il est l'âme même de la Thaïlande. Quand vous dégustez un bol de khao hom mali parfumé ou roulez une boulette de riz gluant dans votre main, vous touchez à quelque chose d'universel et d'intemporel. 

Bienvenue dans la civilisation du riz.


Thierry

18 Février 2026

Guide de survie : Les animaux dangereux de l’Isan


Vivre en Isan, c’est partager son quotidien avec une faune fascinante… mais pas toujours inoffensive. Pas de panique : avec quelques réflexes simples, on cohabite très bien avec ses voisins à écailles, pinces ou multiples pattes.

Petit tour d’horizon des espèces à respecter — et des bons gestes en cas de problème.


🐍 Les serpents : stars incontestées du danger

 L’Isan abrite plusieurs dizaines d’espèces de serpents, dont une vingtaine venimeuses.

Le cobra royal 

Le plus impressionnant. Il mesure en moyenne 3 à 4 mètres, mais peut exceptionnellement dépasser 5 mètres.

Son venin neurotoxique est extrêmement puissant, et il peut injecter une grande quantité lors d’une morsure. Heureusement, il fuit généralement l’homme.


La vipère de Russell   

Très présente dans les zones agricoles, elle est responsable d’un grand nombre d’envenimations en Asie. Son venin est hémotoxique : il provoque des troubles graves de la coagulation. Elle siffle fort, mais frappe vite si elle se sent menacée.

Cobra royal

vipère de Russell

Le bongare rayé   

Reconnaissable à ses anneaux noirs et jaunes. Actif surtout la nuit. Son venin neurotoxique agit sur le système nerveux et peut provoquer une paralysie progressive. Particularité trompeuse : la morsure peut être peu douloureuse au départ.  

Comment éviter les morsures ?
  • Faites du bruit en marchant dans les hautes herbes ou les rizières.  
  • Ne marchez jamais pieds nus la nuit.  
  • Utilisez une lampe torche à l’extérieur après la tombée du jour.  
  • Vérifiez chaussures, vêtements et literie.  
  • Évitez de manipuler du bois ou des pierres sans gants.  

En cas de morsure
  • Restez calme.  
  • Immobilisez le membre mordu.  
  • Appliquez un bandage compressif modéré (sans garrot).  
  • Rendez-vous immédiatement à l’hôpital.   

Les hôpitaux thaïlandais disposent d’antivenins adaptés.

  • Ne sucez pas la plaie, n’incisez pas, ne tentez pas de capturer le serpent.
  • Le traitement doit être administré le plus rapidement possible.

Le bongare rayé ou Krait

🦂 Les scorpions : noir et jaune, deux profils différents

 L’Isan abrite plusieurs dizaines d’espèces de serpents, dont une vingtaine venimeuses.

 Le scorpion noir

(espèces locales du genre Heterometrus)  

Le plus fréquent en Isan. Impressionnant par sa taille, mais sa piqûre est rarement dangereuse chez l’adulte en bonne santé. En revanche, la douleur peut être intense, avec gonflement local et engourdissement temporaire.  

Le scorpion jaune asiatique

Plus petit, plus discret… et plus toxique. Son venin peut provoquer des symptômes neurologiques ou cardiaques, surtout chez les enfants, les personnes âgées ou fragiles. Il est moins fréquent que le noir, mais mérite d’être connu.  

En cas de piqûre

  • Désinfectez.  
  • Appliquez du froid local.  
  • Prenez du paracétamol si nécessaire.  
  • Consultez en cas de malaise ou de symptômes généraux.

Scorpion noir

Scorpion jaune asiatique

 🐛 La scolopendre : le cauchemar articulé

 

Les scolopendres géantes (jusqu’à 20 cm) se cachent dans les endroits humides et sombres : sous les pots, dans les salles de bain, sous les tas de bois.  

Leur morsure est extrêmement douloureuse et peut provoquer gonflement important et douleurs pendant plusieurs jours. Les complications graves restent rares mais sont possibles chez les jeunes enfants ou personnes fragiles.


🦟 Le moustique : le véritable grand prédateur

  C’est lui, en réalité, le plus dangereux.  

En Isan comme ailleurs, le moustique est l’animal responsable du plus grand nombre de décès humains dans le monde.  

Parmi les espèces présentes en Thaïlande :  

  • Aedes aegypti – actif surtout en journée, principal vecteur de la dengue  
  • Anopheles – actif la nuit, vecteur du paludisme  
  • Culex – vecteur de l’encéphalite japonaise  

Contrairement au serpent, il ne prévient pas. Il ne fuit pas. Il pique discrètement et peut transmettre virus ou parasites avant même l’apparition des symptômes.  

Comment s’en protéger ?

  • Supprimez toute eau stagnante autour de la maison.  
  • Installez moustiquaires et ventilateurs.  
  • Utilisez des répulsifs adaptés.  
  • Portez des vêtements longs au crépuscule.  

En cas de fièvre brutale

Toute fièvre soudaine en zone tropicale doit inciter à consulter rapidement, surtout en cas de douleurs articulaires importantes ou fatigue inhabituelle.

Aedes aegypti – principal vecteur de la dengue

Anopheles – actif la nuit, vecteur du paludisme

Culex – vecteur de l’encéphalite japonaise

Conclusion 

En Isan, les serpents impressionnent.

Les scorpions inquiètent.

Les scolopendres surprennent.  

Mais le véritable patron discret du paysage reste souvent celui que l’on entend à peine bourdonner au crépuscule.  

La bonne nouvelle ?

Avec un peu de vigilance, la vie en Isan reste infiniment plus agréable que dangereuse.


Patrice VIRTE

12 Février 2026

Ubolratana Dam : le grand lac d’Isan entre nature, histoire et vie locale


Le lac d’Ubolratana, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Khon Kaen, est l’un des paysages emblématiques de l’Isan. À la fois ouvrage d’ingénierie, espace naturel préservé et lieu de vie pour les communautés locales, il offre un visage authentique du Nord‑Est thaïlandais.

 Vue depuis le parc national de Nam Phong 


🌅 Un lac né d’un projet royal et d’un tournant pour l’Isan

 
Construit entre 1964 et 1966, le barrage d’Ubolratana autrefois appelé Phong Neeb,  est le premier grand projet hydroélectrique du Nord‑Est. 

Il a été inauguré en 1966 et renommé en l’honneur de la princesse Ubol Ratana.

Édifié sur la rivière Nam Phong, il a profondément transformé la région : création d’un vaste réservoir, développement de l’irrigation, amélioration de la gestion des crues et apparition d’une nouvelle économie autour de la pêche et du tourisme.


🌿 Un paysage lacustre au cœur du parc national

 Le lac s’étend aujourd’hui dans un décor vallonné, aux portes du Nam Phong National Park, offrant des panoramas superbes au lever et au coucher du soleil.

Nam Phong National Park
 Ses rives abritent :
  • des villages de pêcheurs,
  • des petits restaurants sur pilotis,
  • des embarcadères pour des balades en bateau,
  • des zones de détente très prisées des familles de Khon Kaen.
C’est un lieu où l’on ressent pleinement la douceur de vivre isan.



⚡ Un barrage multifonction au service de la région

 Ubolratana Dam joue un rôle essentiel dans la vie quotidienne de l’Isan :

  • Production d’électricité grâce à trois turbines de 8,4 MW chacune ;
  • Irrigation de centaines de milliers de rai de terres agricoles dans les provinces de Khon Kaen et Maha Sarakham ;
  • Prévention des inondations pendant la saison des pluies ;
  • Pêche et aquaculture, avec environ un million de kilos de poissons pêchés chaque année ;
  • Tourisme local, devenu une source de revenus pour les communautés riveraines.

Depuis 2024, le site accueille même une grande installation solaire flottante, symbole de la transition énergétique thaïlandaise.


🎣 Vie locale et traditions autour du lac

Famille de pêcheur au bord du lac...
...et son troupeau
 
Le lac est un véritable moteur économique pour les villages environnants. On y trouve :
  • des marchés de poissons frais ou séchés,
  • des produits locaux réputés,
  • des restaurants familiaux où déguster du pla nin grillé ou du som tam au bord de l’eau.
Les habitants ont su transformer ce paysage artificiel en un espace vivant, chaleureux et profondément isan.


🌄 Une escapade incontournable en Isan


Entre nature, histoire et vie locale, le lac Ubolratana est un lieu qui raconte l’Isan autrement : un territoire en mouvement, attaché à ses traditions mais tourné vers l’avenir.
Pour les visiteurs comme pour les résidents, c’est une parenthèse de calme, de beauté et d’authenticité à seulement quelques kilomètres de Khon Kaen.

Le grand Bouddha blanc qui regne majestueusement sur la montagne bordant  le lac. 
Wat Phra Bat Phu Phan Kham.


À voir absolument lors de votre visite, le wat Khuean
วัดเขื่อนอุบลรัตน์ (วัดถ้ำผาเจาะ) tout près du Grand Bouddha blanc. 


Thierry

29 Janvier 2026

Buriram, quand l’Isan fait rugir les moteurs

Au cœur de l’Isan, là où les rizières s’étendent à perte de vue et où le temps semblait, jusqu’à récemment, suivre le rythme des saisons plutôt que celui des chronomètres, s’élève une structure inattendue.

À Buriram, province longtemps associée à l’agriculture et à une certaine discrétion, le vrombissement des moteurs est venu bousculer les habitudes.

Le Chang International Circuit, inauguré en 2014, raconte à sa manière une autre histoire de la Thaïlande contemporaine : celle d’un territoire qui refuse de rester en marge.
Buriram n’est pas Bangkok. Ici, pas de gratte-ciel ni de trafic incessant. Et pourtant, c’est bien dans cette région du nord-est thaïlandais que s’est imposé l’un des circuits de sport mécanique les plus réputés d’Asie.

À l’origine de ce projet se trouve Newin Chidchob, figure politique majeure de la province. Convaincu que le sport pouvait devenir un levier de développement régional, il a porté l’ambition de faire entrer Buriram sur la scène internationale.
Newin Chidchob

Conçu par l’architecte allemand Hermann Tilke, le circuit répond aux standards internationaux les plus exigeants. Mais au-delà des chiffres et des normes, ce sont les contrastes qui frappent. Les jours de course, des dizaines de milliers de spectateurs affluent, venus de tout le pays — et bien au-delà. Les tribunes se remplissent, les drapeaux flottent, les motos hurlent sur la longue ligne droite. À quelques kilomètres de là, les villages poursuivent leur quotidien, comme si deux mondes se frôlaient sans s’opposer.


L’arrivée du MotoGP en 2018 marque un tournant décisif. Pour la première fois, la Thaïlande accueille un Grand Prix sur son sol. L’événement dépasse largement le cadre sportif. Il devient une fête populaire, presque familiale, où se croisent passionnés de mécanique, habitants de l’Isan, curieux et visiteurs étrangers.

Pour beaucoup de Thaïlandais, Buriram cesse alors d’être un simple point sur la carte : la province entre dans l’imaginaire collectif. Le circuit transforme aussi le paysage économique local. Hôtels, restaurants, transports, emplois temporaires ou durables : le sport agit comme un catalyseur. Pourtant, cette modernité n’efface pas l’âme de l’Isan. Les marchés, les temples, la langue locale et la cuisine restent omniprésents. Le Chang International Circuit ne remplace pas Buriram : il s’y est greffé.


Somkiat Chantra (thaï : สมเกียรติ จันทรา), né le 15 décembre 1998 à Chonburi, est un pilote de vitesse moto thaïlandais. En 2025, il rejoint l'équipe LCR Honda en MotoGP
Marc Márquez a dominé le week-end du MotoGP à Buriram (Thaïlande) en mars 2025

Aujourd’hui, le circuit est bien plus qu’un équipement sportif. Il est devenu un symbole de transformation, parfois discuté, souvent admiré, mais indéniablement marquant. Il raconte comment une province rurale a choisi d’entrer dans la modernité par un chemin inattendu, sans renoncer totalement à ce qu’elle est.

À Buriram, entre le chant des geckos au crépuscule et le rugissement des moteurs, l’Isan continue d’écrire son histoire — à sa manière.

Thierry

13 Octobre 2025

Nakhon Phanom, la nuit où le Mékong s’embrase de lumière

Nakhon Phanom, Thaïlande. 

Sur la rive orientale du Mékong, face au Laos, la ville s’éveille doucement sous la lueur dorée du couchant. 

En cette soirée d’octobre, l’air est chargé d’encens, de rires, de ferveur. C’est Ok Phansa, la fin du carême bouddhique. 

Et ici, à Nakhon Phanom, cette nuit n’est pas une nuit comme les autres — c’est celle du Lai Ruea Fai, le festival des bateaux illuminés. 


Les rives sont noires de monde. Les familles, les moines, les voyageurs venus de tout le pays se pressent pour voir le Mékong devenir un fleuve de feu et de foi. 

Les tambours résonnent, les chants s’élèvent, et déjà, au loin, on distingue les premières silhouettes des bateaux sacrés : immenses, tressés de bambou, couverts de fleurs, de bougies et de prières. 


Une offrande à la lumière 

Ici, chaque bateau est un vœu, une prière flottante. 

Les habitants les construisent pendant des semaines, avec patience et dévotion. 

Quand la nuit tombe, ces embarcations s’élancent sur le Mékong, leurs flammes se reflètent sur l’eau noire, formant une procession lumineuse qui semble sans fin. 


C’est un hommage au Bouddha, un acte de gratitude et de purification. 

Les bougies symbolisent la sagesse qui dissipe l’obscurité de l’ignorance, tandis que les fleurs et les encens emportent les mauvaises actions passées. 

Les anciens disent que lorsque la lumière du bateau rejoint le courant, le fleuve emporte aussi les peines, les regrets, les fautes du cœur. 



Le Mékong, miroir du sacré 

Face au spectacle, le Mékong devient une mer de lumière. 

Des centaines de flammes dérivent lentement, portées par le vent et la foi. 

Les temples résonnent de prières, les enfants agitent des lanternes en papier, et les reflets dorés dansent sur les visages émerveillés. 

De l’autre côté, sur la rive laotienne, les habitants répondent par des chants et des cierges. 

Pendant quelques heures, les deux pays ne font plus qu’un seul rivage : unis par le fleuve, la tradition et la lumière. 



Entre religion et célébration 

Le Lai Ruea Fai n’est pas seulement un rituel : c’est une fête vivante. 

Dans les rues, les stands de nourriture s’alignent, riz gluant, curry, fruits tropicaux, desserts de coco — tandis que les danses folkloriques se succèdent. 

Des feux d’artifice éclatent parfois dans le ciel, comme pour répondre aux flammes du Mékong. 

Pourtant, malgré l’effervescence, une forme de silence sacré persiste. 

Chaque spectateur sait que, derrière la beauté du spectacle, se cache quelque chose de plus profond : la reconnaissance d’un cycle qui s’achève, la gratitude envers le Bouddha, et l’espérance d’un renouveau intérieur. 





La foi comme flamme éternelle 

Tard dans la nuit, lorsque les derniers bateaux disparaissent au loin, il ne reste sur l’eau que quelques bougies flottantes, tremblantes, comme des étoiles fatiguées. 

Les chants s’apaisent, les familles se dispersent, mais le Mékong garde la mémoire de la lumière. 

Car ici, à Nakhon Phanom, le fleuve n’est pas seulement un passage d’eau, c’est un passage d’âme. 

Et tant que des hommes continueront d’y confier leurs prières de feu, le Mékong, chaque année, se souviendra qu’il fut, un soir, le reflet du ciel.



13 Septembre 2025

Quand la France et la Thaïlande travaillent ensemble : l’aventure paléontologique en Isan

À l’occasion des 340 ans de relations France–Thaïlande, un membre de TIF souhaite vous faire découvrir un pan méconnu mais fascinant de cette coopération : la découverte et l’étude des dinosaures en Isan, une aventure scientifique qui mêle terrain, musées et échanges humains.


L’histoire des sciences regorge d’exemples de collaborations internationales, et la paléontologie n’y échappe pas. Cette discipline s’intéresse aux fossiles – restes ou traces d’organismes anciens – pour reconstituer l’évolution de la vie et des environnements au fil des millions d’années d’existence de la Terre. La Thaïlande et la France ont tissé au sein de cette discipline, au fil des décennies, un partenariat solide et particulier.  Ici, nous nous concentrerons sur un chapitre précis de cette aventure scientifique : les missions menées sur les environnements du Mésozoïque, cette ère géologique qui s’étend de 250 à 65 millions d’années et qui correspond à « l’âge des dinosaures ». Il y sera plus particulièrement question des formations qui composent le vaste plateau de Khorat. 


Le plateau de Khorat

Le plateau de Khorat : un livre d’histoire géologique

Le plateau de Khorat – dont le nom vient de l’abréviation de Nakhon Ratchasima – correspond à la région nord-est de la Thaïlande, mieux connue sous le nom … d’Isan ! Un espace délimité par des barrières naturelles qui, montagnes, fleuve Mékong, contrôlent l'accès vers et depuis la zone. 

Sur le plan géologique, le plateau est constitué d’un ensemble de couches sédimentaires qu’on appelle le groupe de Khorat. Cinq formations principales, toutes riches en fossiles, s’y superposent. Elles datent de la fin du Jurassique et du début du Crétacé, et reposent elles-mêmes sur des formations du Trias, elles aussi fossilifères. Ces dépôts, issus d’anciens réseaux de rivières, ont conservé une biodiversité fossile exceptionnelle qui fait aujourd’hui de l’Isan l’un des hauts lieux de la paléontologie mondiale.


Le Dr Henry Fontaine

Les missions franco-thaïes : origines et cadre scientifique

D’un point de vue scientifique, les missions franco-thaïes ont eu un rôle fondateur pour l’étude des vertébrés mésozoïques en Asie du Sud-Est. Non seulement elles ont permis la découverte et la description de nombreuses espèces de dinosaures et autres vertébrés, mais elles ont aussi contribué à créer de véritables institutions locales : musées de sites, collections scientifiques et centres de recherche, aujourd’hui installés au cœur de l’Isan.

Sur le plan institutionnel, ces missions ont beaucoup évolué au fil des trente dernières années. Dans leur forme la plus récente, ces missions ont été intégrées au Réseau International de Recherche PalBioDiv-ASE, un cadre ayant permis depuis 2019 de poursuivre et d’amplifier cette belle histoire de coopération scientifique.

Ainsi, j’emploierai le terme de “mission franco-thaïe” pour désigner l’ensemble des recherches menées sur les paléoenvironnements du Mésozoïque – du Trias au Crétacé – qui composent le plateau de Khorat.

Il convient également de rappeler que la France et la Thaïlande ont collaboré dans d’autres contextes paléontologiques. Certaines missions se sont intéressées à des périodes plus récentes, comme celles initiées par le Dr Jean-Jacques Jaeger et le Dr Yaowalak Chaimanee, tandis que d’autres plongent encore plus loin dans le temps, avec notamment les travaux fondateurs du Dr Henry Fontaine, pionnier de la paléontologie en Asie du Sud-Est, qui fut brièvement notre mentor et auquel nous rendons toujours un hommage ému.

Les premières découvertes


Tout commence en 1976. Lors d’une campagne de prospection pour évaluer le potentiel en uranium dans la région de Phu Wiang, Sudham Yaemniyom, géologue du Département des Ressources Minérales, découvre un morceau d’os dans le lit d’un ruisseau, le Huai Pratu Tima. Cette prospection se faisait en collaboration avec l’Agence internationale de l’énergie atomique et les services géologiques américains mais pour des raisons en partie dues au hasard des rencontres, c’est le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris qui identifiera la trouvaille : il s’agissait d’une portion distale du fémur gauche d’un dinosaure sauropode.

Quelques années plus tôt, en 1974, un jeune diplômé de l’Université de Chiang Mai, Varavudh Suteethorn, rejoint la Division des études géologiques du Département des Ressources Minérales. Rapidement, il devient un spécialiste de la géologie de l’Isan et sa cartographie de la région permet de mettre au jour de nombreux sites fossilifères, jetant les bases de la majorité des découvertes paléontologiques en Thaïlande.

La première collaboration officielle entre la France et la Thaïlande voit le jour en 1980 avec le Thai-French Paleontological Project, qui réunit, parmi d’autres, Varavudh Suteethorn et le Dr Éric Buffetaut. De cette rencontre naît une amitié solide et une série de missions et d’échanges consacrés à l’étude des grands vertébrés mésozoïques, qui se poursuivent jusqu’à aujourd’hui.

Une longue aventure


Cette collaboration a été riche en événements et en découvertes. Plutôt que de dresser une liste exhaustive, je vous propose de revenir sur quelques dates marquantes qui ont jalonné cette aventure scientifique.

  • 1989 : la princesse Maha Chakri Sirindhorn visite le site de Phu Wiang, province de Khon Kaen.
  • 1994 : elle se rend sur le site à empreintes de dinosaures de Phu Luang, province de Loei. La même année, la fouille du site de Phu Kum Khao à Kalasin débute lors d’une mission franco-thaïe ; plus de 630 os de dinosaures sont découverts en deux ans, correspondant à au moins six grands sauropodes du début du Crétacé.

  • 1994 : publication de la découverte de Phuwiangosaurus sirindhornae par Valérie Martin, Éric Buffetaut et Varavudh Suteethorn.

  • 1999 : ouverture du musée de site de Phu Kum Khao, unique en Asie du Sud-Est pour présenter un squelette de dinosaure in situ.

  • 2002 : découverte à Phu Nam Jum, province de Kalasin, d’une mare asséchée de la fin du Jurassique contenant plus de 200 poissons fossiles, principalement de l’espèce Thaiichthys buddhabutrensis.

  • 2003 : mission franco-thaïe de cartographie de la carrière de Tha Uthen, le plus grand site à empreintes de dinosaures d’Asie du Sud-Est, à Nakhon Phanom.

  • 2005 : célébration des 25 ans de la collaboration à Kalasin avec le ministre de l’Environnement et le consul de l’ambassade de France ; Une exposition itinérante voit le jour : “Dinosaurs of Thailand: 25 years of Thai-French palaeontological expeditions (1980–2005)”.

  • 2006 : Varavudh Suteethorn reçoit le prix Skinner de la Society of Vertebrate Paleontology.

  • Décembre 2008 : inauguration par la princesse Maha Chakri Sirindhorn du Musée Sirindhorn sur le site de Phu Kum Khao, le plus grand musée d’Asie du Sud-Est dédié à la paléontologie.

  • 2008 : découverte du site de Phu Noi, province de Kalasin, une ancienne rivière de la fin du Jurassique ensevelissant crocodiles, dinosaures, tortues et requins d’eau douce. C’est aujourd’hui le site mésozoïque le plus riche d’Asie du Sud-Est.

  • 2010 : une étude isotopique de spécimen en partie thailandais, révèle le mode de vie semi-aquatique des Spinosauridés.

  • 2013 : publication de Chalawan thailandicus, un crocodile géant du début du Crétacé découvert en 2000 à Kham Phok, province de Mukdahan ; publication également de la faune d’hybodontes du Crétacé du groupe de Khorat, une famille unique de requins d’eau douce.

  • 2015 : découverte des œufs de Phu Phok, province de Sakhon Nakhon : deux embryons de petit lézard vieux de 125 millions d’années, analysés au synchrotron de Grenoble.

  • 2019 : symposium en l’honneur de la princesse Maha Chakri Sirindhorn pour célébrer les 10 ans du Musée Sirindhorn de Kalasin.

le Musée Sirindhorn de Kalasin

Plus qu’une aventure scientifique

Au-delà des fossiles, ces missions ont permis de tisser des liens humains forts et de former plusieurs générations de paléontologues thaïlandais. Elles montrent aussi l’importance de la coopération scientifique internationale : seule, aucune équipe n’aurait pu accomplir autant.

Quand on visite aujourd’hui le Musée Sirindhorn à Kalasin ou qu’on marche sur les sentiers de Phu Wiang, on mesure l’ampleur de ce travail commun. L’Isan est devenu, à sa manière, une terre de dinosaures… et un haut lieu de la paléontologie mondiale, et la France n’y est pas étrangère.

Sur le plan scientifique, ces missions ont été fondamentales pour l’étude des vertébrés en Asie du Sud-Est. Elles ont permis la découverte et la description d’un grand nombre d’espèces et ont contribué à la création de musées de site et de collections locales. En Isan, trois structures majeures témoignent de cet héritage :
  • Le Musée Sirindhorn de Kalasin, premier musée de paléontologie d’Asie du Sud-Est ;
  • Le Centre de recherche et d’éducation de l’Université de Mahasarakham ;
  • Le Musée des Dinosaures de Phu Wiang, à l’est de Khon Kaen.

Le Dr Valéry Zeitoun


Sur le plan institutionnel, ces missions ont évolué au fil des années. 

En 2019, elles furent intégrées au Réseau International de Recherche (IRN) PalBioDiv-ASE, dirigé par le Dr Valéry Zeitoun, un cadre qui a permis de poursuivre et d’amplifier cette coopération scientifique.

Parmi les acteurs historiques de l’IRN, on compte :

  • L’Institut des Sciences de l’Évolution de Montpellier (UMR5554) : avec entre autres le Dr Julien Claude, aujourd’hui en poste à l’IRD de Bangkok

  • Le Laboratoire d’Écologie des Hydrosystèmes Naturels Anthropisés, Université Claude Bernard Lyon (UMR5023) : avec le Prof. Gilles Cuny et le Dr Marc Philippe.

  • Le Laboratoire de Géologie de Lyon : Terre, Planète et Environnement (UMR5276) : avec le Dr Jeremy Martin et le Dr Romain Amiot

  • Le Laboratoire de Géologie de l’École Normale Supérieure (UMR8538) : avec le Dr Éric Buffetaut, fondateur des missions franco-thaïes

  • Le Centre de Recherche et d’Éducation de l’Université de Mahasarakham : avec le Prof. Mongkol Udchachon, le Prof. Varavudh Suteethorn, le Dr Suravech Suteethorn, le Dr Haiyan Tong, le Dr Bouziane Khalloufi et Mme Tida Liard co-autrice de ce billet.

  • Le Département de Biologie, Faculté des Sciences, Université de Mahasarakham : avec le Dr Uthumporn Deesri et le Dr Komsorn Lauprasert.

  • Le Musée Sirindhorn de Kalasin : avec le Dr Phornphen Chantasit 

  • Le Département de Géologie et Paléontologie, Muséum de Genève : avec le Dr Lionel Cavin.

D’autres institutions ont rejoint plus récemment les missions, comme le Centre de Recherche en Paléontologie de Paris (UMR7207) avec le Dr Ronan Allain et le Dr Jean-Sébastien Steyer, ou le Northern Institute of Petrified Wood and Mineral Resources de l’Université Rajabhat de Nakhon Ratchasima avec le Dr Wilailuck Naksri. Il faut également mentionner le Muséum d’Histoire Naturelle de Copenhague, qui a été un acteur majeur de la collaboration pendant de nombreuses années.

Le Dr Varavudh Suteethorn


Pour des raisons historiques, l’Université de Khon Kaen n’a jamais été directement associée à ces missions, mais la ville a accueilli en novembre 2022 le 6ᵉ Congrès International de Paléontologie.

Le Dr Varavudh Suteethorn a désormais pris sa retraite, mais il reste pleinement actif en tant que chargé de cours et chercheur associé au Centre de recherche et d’enseignement paléontologique de l’Université de Mahasarakham. 

Il a fait récemment la une de nombreux médias thaïlandais à l’occasion de la réouverture des fouilles du Parc national de Phu Wiang (Khon Kaen) et des nouvelles découvertes qui y ont été réalisées. De son côté, le Dr Éric Buffetaut, désormais à la retraite en Normandie, poursuit toujours ses recherches en Asie du Sud-Est et dans le sud de la Chine.

Une collaboration toujours vivante

Même si les missions de terrain ont pu ralentir durant et après la crise de la Covid, la collaboration n’a jamais cessé. Les publications continuent de paraître et les échanges scientifiques restent actifs, avec notamment la venue d’étudiants et de chercheurs au sein et depuis le Centre de Recherche de Mahasarakham.

Pour mieux saisir l’ampleur et la richesse actuelle de cette collaboration franco-thaïe, il est utile de présenter quelques-uns des principaux acteurs qui ont contribué aux missions paléontologiques en Isan. Cette liste n’est pas exhaustive et le nombre de collaborateurs a beaucoup varié au fil des années. Mais elle illustre la diversité des spécialistes impliqués et la profondeur des liens scientifiques établis au fil des années.

Pour ce qui est des acteurs francophones encore en poste actuellement, on peut les regrouper en trois catégories :

1. Ceux qui ont occupé un poste à l’Université de Mahasarakham en Thaïlande (par ordre chronologique) :

  • Dr Gilles Cuny – biologiste, spécialiste des requins, professeur au Laboratoire d’écologie des hydrosystèmes naturels et anthropisés (LEHNA), Université Claude Bernard Lyon 1

  • Dr Lionel Cavin – biologiste, spécialiste des poissons, chef du département de géologie et paléontologie, Muséum d’Histoire Naturelle de Genève

  • Dr Julien Claude – biologiste, spécialiste des tortues, maître de conférences à l’Institut des Sciences de l’Évolution de Montpellier (ISEM)

  • Dr Jeremy Martin – géochimiste, spécialiste des crocodiles, chargé de recherche CNRS, Laboratoire de géologie de Lyon

  • Dr Arnaud Filoux – paléo-archéologue, spécialiste des paléofaunes, freelance

2. Ceux occupant aujourd’hui un poste au Centre de Recherche et d’Éducation de l’Université de Mahasarakham :

  • Bouziane Khalloufi – biologiste, spécialiste des poissons

  • Haiyan Tong – biologiste, spécialiste des tortues

3. Ceux qui ont effectué des missions régulières en Thaïlande :

  • Romain Amiot – géochimiste, spécialiste des dinosaures, chargé de recherche CNRS, Laboratoire de géologie de Lyon

  • Vincent Fernandez – spécialiste des thérapsides et des embryons fossiles, Natural History Museum, London

  • Marc Philippe – paléobotaniste, spécialiste des arbres, enseignant-chercheur au LEHNA, Université Claude Bernard Lyon 1

Pour ce qui est des acteurs thaïlandais, on peut également les regrouper en deux catégories :

1. Les chercheurs formés en France grâce à des bourses :


  • Dr Phornphen Chantasit – actuellement au Département des Ressources Minérales à Kalasin, doctorat à l’Université Claude Bernard Lyon 1 dans les années 2000

  • Dr Suravech Suteethorn – département de Biologie, Université de Mahasarakham, doctorat à l’Université de Montpellier dans les années 2000

2. Les chercheurs formés par des enseignants français en Thaïlande et ayant effectué des formations en France :

  • Dr Uthumporn Deesri – département de Biologie, Université de Mahasarakham, post-doctorat en France via une bourse de l’Ambassade, années 2010

  • Mme Tida Liard – Ayant travaillé au Département des Ressources Minérales, et maintenant chercheuse associée à l’Université de Mahasarakham, deux séjours de formation au musée des dinosaures d’Espéraza en 2007 et 2008

  • Dr Wilailuck Naksri – Northern Institute of Petrified Wood and Mineral Resources, Université Rajabhat de Nakhon Ratchasima, séjours de formation à Montpellier.

  • Dr Komsorn Lauprasert – département de Biologie, Université de Mahasarakham, encadrant lors de séjours d’étudiants thaïlandais en France.

Une histoire scientifique partagée

Ce pan de l’histoire franco-thaïe, bien que méconnu du grand public, illustre parfaitement la nature, la richesse et la longévité des échanges qui ont pu exister entre les deux pays. 

Alors que la France et la Thaïlande célèbrent 340 ans de relations diplomatiques, relations que l'on peine parfois, en tant qu’enseignant, à illustrer sur la durée, il devient essentiel de souligner le caractère unique et exemplaire de cette collaboration. 
Elle ne s’inscrit pas dans une histoire post-coloniale, comme c’est trop souvent le cas avec la coopération scientifique française. Cela en fait une relation relativement équitable, saine et surtout productive. 

Ces missions ont contribué à la connaissance scientifique à l’échelle internationale et ont parfois suscité l’envie d’autres pays asiatiques qui ne bénéficient pas d’une telle histoire commune. Valoriser cette collaboration, c’est reconnaître l’importance d’un patrimoine scientifique partagé, fruit de décennies de travail et d’échanges humains entre chercheurs français et thaïlandais.
Romain Liard, collaborateur et membre des missions depuis 2007

Terres d'Isan et de France

En espérant vous avoir donné envie de découvrir ou redécouvrir le patrimoine scientifique et culturel hérité de cette collaboration unique.

26 Janvier 2025

En avant-première, 
À la rencontre de l’Isan.

C’était au 18ème siècle, alors que la France octroyait au Royaume du Siam une partie du Laos, que naissait cette grande région aujourd’hui connue sous le nom d’Isan. Ses habitants y ont conservé les attributs culturels de ce pays devenu voisin, en particulier la langue et la cuisine. Résolument discrète, elle recèle pourtant d’un joyau, fruit d’une tradition ancestrale, que ses artisans, travailleurs assidus et accueillants, ont à cœur de partager avec le visiteur qui s’aventure hors des sentiers battus. C’est ainsi qu’au détour d’une ferme spécialisée, vous découvrirez les secrets de l’élevage des vers puis de la filature et du traitement de cette fibre merveilleuse à l’origine de créations prisées par le monde des arts et de la mode. Mais la Soie n’est pas la seule richesse de l’Isan laquelle offre aussi aux scientifiques un terrain de recherches et d’études sur la planète Terre telle qu’elle se présentait il y a quelques 150 millions d’années alors que la nature abritait dinos, brontos et autres tyrannosaures.
Il n’en faut pas plus à notre secrétaire général Romain pour délaisser sa chaire de ‘’Lecturer’’ de la langue française à l’université de Khon Kaen et vous faire partager sa passion pour ces visiteurs du matin de la création ; paléontologue averti il vous guidera sur les traces de ces sauropodes qui peuplaient ce haut plateau du Nord-Est de la Thaïlande. Puis, en compagnie de son épouse Tida, directrice du Musée Sirindhorn qui fait autorité dans toute l’Asie auprès des scientifiques et autres Spielberg, il vous présentera une rétrospective sur la grande famille de ces adorables monstres. 
Som Tam
Larb moo
Et si votre esprit est repu de tant d’exploration et de beauté alors viendra le moment d’apprécier les spécialités gastronomiques de l’Isan, pourquoi pas un Som Tam, qui vient d’obtenir ses galons auprès du patrimoine de l’Unesco ou un Larb Moo cette salade de viande de porc parfumée au jus de citron, coriandre et chili. 
C’est ce dont nous menace notre spécialiste des dinosaures qui d’ici là aura revêtu sa livrée de maitre d’hôtel pour cette escapade riche en découvertes et en enseignements.

Cette excursion, organisée au mois d’avril 2025 pour l’association Bangkok Accueil, sera proposée aux membres de Terres d’Isan et de France plus tard dans le courant de cette année.
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