Les lumières s’éteignent. Le silence s’installe.
Et pendant deux heures, le monde peut attendre.
Qu’est-ce que le cinéma ? Ce sont des acteurs que l’on croit connaître. À force de les voir dans différents rôles, on finit par oublier qu’ils ne sont pas leurs personnages. On voudrait croire qu’ils sont vraiment amoureux, réellement brisés.

Ce sont des histoires fictives dont on sait qu’elles ne sont pas vraies, mais auxquelles on décide de s’attacher comme si elles l’étaient. On prend parti. On défend celui ou celle dans qui l’on se reconnaît. On pleure sans retenue. On vit des drames qui ne sont pas les nôtres, et parfois ils nous bouleversent davantage que les vrais.
Le cinéma, c’est aussi un lieu. Un endroit où l’on s’isole au milieu des autres. Deux heures pendant lesquelles personne ne peut nous parler. On rit plus fort, on pleure plus librement. Les réactions sont entières. Les émotions ne sont pas filtrées.
C’est un moment familial, un rendez-vous, un rituel entre amis. Un dessin animé pour faire plaisir à un enfant. Un autre monde sur grand écran pour les adultes qui veulent encore y croire. C’est un espace où se rencontrent tous les âges, tous les genres, toutes les curiosités.
C’est aussi le débat. Avant : choisir le film, se mettre d’accord. Après : en discuter pendant des heures : “Tu as aimé ?”, “Quelle scène t’a marqué ?”, “À quel moment as-tu versé une larme ?” On ne se souvient pas toujours du film de la même façon et c’est précisément ce qui le rend vivant.
Le cinéma, ce n’est pas seulement de l’acting et de l’illusion. C’est une bande originale que l’on réécoute en rentrant. Des décors, des époques, des lumières, des rythmes. C’est une attente, une sortie prévue des mois à l’avance, une excitation presque enfantine. C’est accepter de ressentir : la tension, la joie, la peur, la déception. C’est choisir d’être bouleversé.
Alors voici la rubrique Cinéma. Un espace pour parler des films, bien sûr mais aussi de tout ce qu’ils provoquent en nous. Parce que le cinéma n’est jamais “juste un film”. C’est un univers entier.
The Siam Renaissance : quand le cinéma fait voyager entre la France et le Siam
Lors de notre précédente escapade cinématographique, « How to Make Millions Before Grandma Dies» nous avait plongé au cœur d’une famille thaïlandaise et des relations complexes qui unissent les générations.
Cette semaine, changement d’époque.
Quittons la Thaïlande contemporaine pour remonter le temps, à une période où le pays portait encore le nom de « Siam » et tentait de préserver son indépendance face aux grandes puissances européennes.
Entre Paris et Bangkok, passé et présent, histoire et fiction, «The Siam Renaissance » nous invite à un voyage singulier au cœur de l’histoire thaïlandaise.
I- Un mystérieux voyage dans le temps
Sorti en 2004 et réalisé par Surapong Pinijkhar, «The Siam Renaissance », également connu sous son titre thaïlandais «Tawipop », est un film mêlant histoire, romance et fantastique.
RÉSUMÉ :
Maneechan est une jeune Thaïlandaise travaillant dans le milieu diplomatique à Paris.
Lorsque d’anciens documents concernant le Siam sont découverts en France, elle est chargée d’en comprendre l’origine et le contenu.
Mais son enquête prend rapidement une tournure inattendue.
Grâce à un mystérieux miroir, Maneechan se retrouve transportée dans le Siam du XIXe siècle. Elle découvre alors de ses propres yeux les événements historiques qu’elle étudiait jusque-là dans les archives.
Elle se retrouve ainsi prise entre deux mondes : celui qu’elle connaît, et celui de ses ancêtres.
II-Quand le Siam faisait face aux puissances européennes
Le film nous ramène à une période particulièrement importante de l’histoire thaïlandaise.
Au XIXe siècle, une grande partie de l’Asie du Sud-Est passe progressivement sous domination européenne. La France étend notamment son influence en Indochine tandis que le Royaume-Uni contrôle plusieurs territoires voisins du Siam.
Le royaume se retrouve alors dans une position délicate : moderniser le pays, négocier avec les puissances étrangères et éviter la colonisation.
C’est justement cette période de bouleversements que le film met en scène.
À travers les yeux de Maneechan, le spectateur découvre une société qui doit évoluer sans perdre son identité.
Le film évoque notamment les relations diplomatiques avec les Européens et les tensions qui mèneront, quelques décennies plus tard, à la crise franco-siamoise de 1893.
III- Entre France et Thaïlande : une histoire ancienne
L’un des intérêts de «The Siam Renaissance » réside justement dans la place accordée aux relations entre la Thaïlande et la France.
Ces relations ne sont pas nouvelles.
Bien avant les échanges universitaires, culturels et associatifs actuels, Français et Siamois entretenaient déjà des relations diplomatiques et commerciales.
Mais ces rapports ont également connu des périodes de tension, notamment lorsque la France cherchait à étendre son influence en Asie du Sud-Est.
Le film rappelle ainsi que les relations entre deux pays sont rarement figées : elles évoluent avec les époques, les intérêts et les générations.
Aujourd’hui, ce lien s’exprime autrement, notamment à travers l’apprentissage du français, les échanges culturels et les nombreuses initiatives franco-thaïlandaises.
Peut-on regarder le passé avec les yeux du présent ?
C’est finalement l’une des grandes questions posées par le film.
Maneechan connaît l’histoire de son pays. Elle sait ce qui va se produire. Pourtant, une fois plongée dans le passé, les événements qu’elle connaissait dans les livres prennent soudainement un visage humain.
Elle rencontre ceux qui ont vécu ces bouleversements, leurs craintes, leurs espoirs et leurs choix.
Le film nous rappelle ainsi que «l’histoire n’est pas seulement une succession de dates et de traités.
Elle est avant tout faite de femmes et d’hommes confrontés aux incertitudes de leur époque.
Et c’est précisément là que le cinéma peut jouer un rôle particulier : donner vie à une période historique et nous permettre de la regarder autrement.
IV- Le saviez-vous ?
«The Siam Renaissance » a été adapté du roman thaïlandais «Thawiphop » de l’écrivaine Thommayanti.
Le film a ensuite été retenu parmi les premiers films inscrits au patrimoine cinématographique national thaïlandais en 2011, signe de la place qu’il occupe dans le cinéma historique du pays.
Au-delà de son intrigue fantastique, il offre donc aussi une manière originale de découvrir une page essentielle de l’histoire thaïlandaise.
V- Quand le cinéma devient une passerelle entre les cultures
Avec «The Siam Renaissance », le voyage ne se fait pas seulement entre deux époques.
Il se fait également entre deux pays, deux cultures et deux manières de regarder l’histoire
Plus d’un siècle après les événements évoqués dans le film, les relations entre la France et la Thaïlande ont profondément changé.
Mais le cinéma permet justement de revenir sur ce passé pour mieux comprendre les liens qui existent aujourd’hui.
Et si un simple miroir permet à Maneechan de voyager dans le temps, il suffit parfois d’un écran de cinéma pour nous permettre, nous aussi, de franchir les frontières.
ทวิภพ [The Siam Renaissance 2004 #DIRECTER CUT]
Eva SERRA
Du projecteur à l'écran : un voyage à travers le cinéma
Dans notre précédent article, « Lumière… projection ! », Gérard Dorchy nous invitait à découvrir les coulisses d'une séance de cinéma, là où la lumière traverse la pellicule et où, sous le regard attentif du projectionniste, les images prennent vie.
Mais une fois les lumières éteintes et les premières images apparues sur l'écran, un autre voyage commence : celui des histoires que le cinéma nous raconte.
Car le cinéma ne se résume pas à une succession d'images. Il nous transporte à travers les époques et les frontières, nous fait découvrir d'autres cultures, d'autres façons de vivre et de penser.
À travers ses personnages, il nous invite à regarder le monde autrement, à nous interroger, à nous émouvoir et parfois même à nous reconnaître dans des histoires qui, pourtant, ne sont pas les nôtres.
C'est dans cet esprit que nous vous proposons désormais un rendez-vous hebdomadaire autour du septième art. Chaque semaine, nous partirons à la découverte d'un film, d'un univers et des histoires qu'il nous raconte.
Films français, thaïlandais ou venus d'ailleurs : autant d'occasions de voyager, de découvrir et de partager, le temps d'une projection.
Cette semaine, notre voyage commence en Thaïlande
Un film, un regard sur le monde :
« How to Make Millions Before Grandma Dies » : quand l'héritage se mesure en souvenirs.
Et si la richesse ne se trouvait pas dans ce que l'on reçoit, mais dans les moments que l'on partage ?
Sorti en 2024, How to Make Millions Before Grandma Dies (titre original : Lahn Mah), réalisé par Pat Boonnitipat, nous plonge dans le quotidien d'une famille thaïlandaise à travers une histoire aussi simple qu'émouvante.
Derrière ce titre qui tend à laisser croire à une comédie se cache une réflexion profondément humaine sur les liens familiaux, le vieillissement et la valeur du temps passé auprès de ceux que l’on aime
« En résumé, M est un jeune homme qui a abandonné ses études et passe une grande partie de son temps à jouer aux jeux vidéo. Lorsqu'il apprend que sa grand-mère, surnommée Amah, est atteinte d'un cancer, il décide de s'installer chez elle pour s’en occuper.
Mais derrière cette soudaine attention se cache une motivation bien particulière… M espère devenir son héritier et récupérer sa maison après sa mort.
Ce qui commence comme une démarche intéressée se transforme progressivement en une expérience inattendue. À mesure que les jours passent, le jeune homme découvre le quotidien de sa grand-mère, ses habitudes, ses souvenirs et les petites choses auxquelles elle tient.
Entre les repas partagés, les conversations autour des souvenirs et les gestes du quotidien, une relation nouvelle se construit.»
Analyse du film : une ouverture sur la société thaïlandaise :
Au-delà de son histoire familiale, le film nous plonge dans le quotidien d'une famille sino-thaïlandaise, au cœur de Bangkok.
Les scènes de marché, les repas en famille, les traditions et les relations entre les différentes générations nous permettent de découvrir un environnement culturel particulier.
La place accordée aux aînés constitue notamment l'un des thèmes centraux du récit. À travers le personnage d'Amah, le film interroge les responsabilités des enfants envers leurs parents vieillissants, mais aussi les attentes qui peuvent peser sur les relations familiales.
La question de l'héritage révèle également les tensions entre les membres de la famille. Derrière les gestes d'attention se mêlent affection sincère, intérêts personnels et désir de reconnaissance.
Ces interrogations dépassent largement les frontières de la Thaïlande. Qu'il s'agisse de prendre soin d'un parent âgé, de trouver sa place au sein d'une famille ou de concilier ses propres intérêts avec les attentes de ses proches, chacun peut retrouver dans cette histoire une part de son expérience personnelle.
C'est précisément ce qui fait la force du cinéma : nous faire découvrir une culture différente, imaginer une histoire factice tout en nous rappelant que certaines émotions sont universelles et certaines réalités communes.
I- Mise en lumière de l’importance des petits instants : la valeur sentimentale est parfois plus importante que la valeur réelle de certaines choses.
L'une des particularités du film réside dans sa manière de raconter une histoire bouleversante à travers des scènes du quotidien.
Ici, les émotions ne naissent pas nécessairement de grands événements ou de déclarations spectaculaires. Elles se glissent dans un repas préparé, une conversation ordinaire, un silence partagé ou un geste d’attention.
Le réalisateur prend le temps de nous faire entrer dans l'intimité des personnages. Peu à peu, les habitudes d'Amah deviennent familières, ses paroles prennent une autre dimension et les moments passés avec son petit-fils acquièrent une valeur particulière.
Cette simplicité donne au récit toute sa force. Le spectateur n'assiste pas seulement à l'évolution d'une relation familiale, les émotions que procure le film éveillent chez le spectateur des souvenirs, une remise en question de sa propre situation.
II- Et si le véritable héritage était ailleurs ?
À travers l'histoire de M et de sa grand-mère, How to Make Millions Before Grandma Dies nous rappelle que les relations humaines ne se mesurent pas uniquement à ce que l'on possède ou à ce que l'on transmet matériellement.
Le film nous invite à porter un autre regard sur ces moments ordinaires qui, avec le temps, deviennent parfois nos souvenirs les plus précieux.
Un film profondément humain, qui nous fait voyager au cœur de Bangkok tout en nous ramenant à ce que nous avons de plus proche : notre famille et les liens que nous construisons avec ceux qui nous entourent.
Et lorsque les lumières se rallument, une question demeure :
Finalement, le plus bel héritage n’est il pas le temps que nous prenons de partager avec ceux que nous aimons ?
III- Pour terminer, un chiffre révélateur de la réalité dans les relations avec nos ainés
Saviez-vous qu'en Asie-Pacifique, environ 50 % des personnes de 60 ans et plus vivent au sein d'une famille élargie, contre seulement 7 % en Amérique du Nord
Source : Bureau du recensement des États-Unis, rapport de 2022 sur le vieillissement en Asie, reprenant les données du Pew Research Center de 2020.
Ces chiffres illustrent des différences importantes dans l'organisation de la vie familiale et la cohabitation entre les générations. Ils ne traduisent pas nécessairement un attachement plus ou moins fort aux aînés, mais révèlent des manières différentes de vivre et de prendre soin de ses proches.
À travers l'histoire de M et d'Amah, How to Make Millions Before Grandma Dies nous invite ainsi à réfléchir à une question qui dépasse les frontières : quelle place accordons-nous à nos aînés, et comment entretenons-nous les liens qui nous unissent à eux ?
Eva SERRA
Chouette… une rubrique cinéma !
Que dire de ce septième art, sinon qu’il a offert à la société bien plus qu’un simple loisir ? Le cinéma nous fait voyager sans quitter notre fauteuil. Il nous interpelle, nous émeut, nous instruit, nous rassemble. Il crée du lien et façonne des imaginaires collectifs.

Mais derrière la magie des images en mouvement, il y a des femmes et des hommes. Des passionnés. Des métiers souvent invisibles qui, dans l’ombre, rendent possible chaque projection.
Aujourd’hui, nous vous invitons à remonter le temps… à l’époque de l’argentique.
Oui, je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans… ne peuvent peut-être pas connaître ☺️

Le temps des bobines et des gestes précis
Avant chaque séance, il y avait un rituel.
Le projectionniste recevait plusieurs bobines de film à assembler.
Chacune, d’environ vingt centimètres de diamètre, contenait onze minutes de film sonore. Il fallait les « coller » bout à bout, avec minutie, pour les enrouler sur une immense bobine d’un mètre de diamètre.
La pellicule en triacétate de cellulose ou en polyester était recouverte d’une émulsion photographique composée de cristaux d’halogénures d’argent. D’où son nom : l’argentique.
Une fois l’assemblage terminé, le film entier reposait sur cette lourde bobine, pesant plusieurs kilos. Il fallait alors la hisser sur l’axe du projecteur… images tête en bas.

Le labyrinthe mécanique
Commence alors un cheminement fascinant :
La pellicule serpente à travers un enchevêtrement de roulettes, de griffes et de mécanismes, jusqu’à atteindre la fameuse « croix de Malte ».
Cette pièce métallique ingénieuse transforme le mouvement circulaire continu en un mouvement saccadé, à la cadence précise de 24 images par seconde — rythme magique qui crée l’illusion du mouvement.
Avant le démarrage, un détail crucial : former manuellement une boucle de sécurité pour éviter qu’une tension brutale ne déchire la bande au lancement.
Une fois le film déroulé, il s’enroule à l’envers sur une seconde bobine. Il suffira de l’inverser pour la séance suivante.

Lumière… projection !
Mise en route du projecteur.
Allumage de la lampe de 1000 watts.
Et soudain… la lumière traverse la pellicule. Les images apparaissent sur l’écran.
Tic tic tic tic… 24 images à la seconde.
L’œil du spectateur ne perçoit rien d’autre qu’une histoire qui prend vie.Mais le projectionniste, lui, écoute. Le son si particulier de la machine le rassure. Au moindre bruit inhabituel, il sait. Une brûlure. Une cassure. Il faut intervenir vite : couper, recoller, ajuster. Avec l’expérience, ces gestes deviennent réflexes. En quelques minutes, la magie reprend son cours.
Puis vient le démontage : la grande bobine est à nouveau séparée en plusieurs parties. D’un simple glissement entre les doigts, le projectionniste retrouve les points de collage.
Travail terminé… jusqu’à la prochaine séance.
Gérard DORCHY.

